CHAPITRE III. CIRCULATION
Marche du sanjf dans les cavités du cœur. — Le Cœur, placé au centre du système fermé de la circulation, communiquant, d’une part, avec les artères, et, d’autre part, avec les veines, aurait, en se contractant, une tendance à peu près égale à chasser le sang, aussi bien du côté des veines que du côté des artères, s’il n’y avait dans l’intérieur du cœur un appareil valvulaire. Cet appareil valvulaire, ou système de soupapes membraneuses, détermine la direction du courant.
L’appareil valvulaire est aussi complet que possible pour les ventricules. La valvule tricuspide intercepte, en effet, à un certain moment, toute communication entre le ventricule droit et l’oreillette droite; et la valvule mitrale joue exactement le même rôle dans le cœur gauche. Les valvules sigmoïdes, placées aux orifices artériels des deux ventricules, peuvent aussi, dans un autre moment, interrompre la continuité du ventricule gauche avec l’aorte et du ventricule droit avec l’artère pulmonaire.
L’appareil valvulaire des oreillettes est moins complet : leur communication avec les ventricules peut être suspendue par les valvules auriculoventriculaires (valvules tricuspide et mitrale); mais l’orifice des veines dans les oreillettes n’est point pourvu de valvules analogues à celles des orifices artériels des ventricules. La valvule d’Eustache et la valvule coronaire ne ferment qu’incomplétement les veines caves et coronaires, et les veines pulmonaires sont dépourvues de valvules. Mais, en analysant la marche du sang dans le cœur, il est facile de se convaincre que les soupapes complètes dont sont pourvus les ventricules suffisent à déterminer la direction du courant. C’est ce que les développements dans lesquels nous allons entrer feront aisément comprendre.
Le sang afflue dans l’intérieur de l’oreillette droite par la voie des veines caves supérieure et inférieure, et par la voie des veines coronaires. 11 afflue dans l’oreillette gauche par la voie des veines pulmonaires (Voy. fig. 45). Cet afflux a lieu en vertu des lois qui président au cours du sang dans l’arbre veineux (Yov. § 104). L’afflux du sang dans les oreillettes commence aussitôt après que leur contraction a cessé : il dure pendant tout le temps de la systole
Fig. 45.
Cœur dont la paroi supérieure est supposée enlevée. (Figure schématique.)
ventricule gauche.
6, -ventricule droit.
c, oreillette gauche.
d, oreillette droite.
f, artère aorte.
gg, artère pulmonaire.
h , veine cave inférieure.
i, veine cave supérieure.
k, orifice de la veine cave supérieure.
/, orilice de la veine cave inférieure.
m, orifice de la veine coronaire.
o, veines pulmon. gauches.
p, veines pulmon. droites.
r, orifices des veines pulmonaires droites.
s , orifices des veines pulmonaires gauches.
ventriculaire; il continue encore après la systole ventriculaire et pendant l’intervalle de repos du cœur. Lorsque les oreillettes sont remplies par le sang, les parois de ces cavités réagissent, et la systole auriculaire survient; le sang, pressé par l'oreillette contractée, tend à s'échapper par les diverses ouvertures quelle présente. Du côté des orifices auriculo-ventriculaires, le sang ne trouve point d’obstacles : il abaisse les valvules auriculo-ventriculaires, et s’introduit librement dans les ventricules, en ce moment à l’état de repos. Le sang trouve, au contraire, des obstacles de plusieurs sortes, qui empêchent son reflux par les orifices veineux des oreillettes : en premier lieu, le mode de contraction de l’oreillette elle-même. La contraction de l’oreillette, en effet, n'est pas uniforme et ne s’opère pas en même temps dans toute la masse. Elle est en quelque sorte successive, péristaltique ou vermiculaire. Elle s’opère d’abord du côté des orifices veineux, et se propage dans la direction de l’orifice auriculo-ventriculaire : de telle sorte qu’elle chasse devant elle le sang, i\ peu près de la même manière que le bol alimentaire est poussé dans l’intestin. C’est même dans les plans de fibres musculaires qui entourent la portion des veines qui se jettent dans le cœur que débute la contraction auriculaire. En second lieu
(à supposer que le mode de contraction de l’oreillette ne suffise pas à empêcher le retour du sang dans les veines) la colonne sanguine que les veines amènent incessamment aux oreillettes est animée d’une certaine quantité de mouvement; d’où il suit que le flot sanguin qui tendrait à s’engager, par voie de retour, dans les orifices veineux, au moment de la contraction de l’oreillette, rencontre un flot contraire qui lui fait résistance. •
Aussitôt que le sang chassé par la contraction des oreillettes a distendu les ventricules, survient la systole ventriculaire. Le sang, pressé par la contraction des ventricules, tend à s’échapper par les ouvertures de la cavité. Ces ouvertures sont au nombre de deux dans chaque ventricule :
l’orifice auriculo-ventriculaire et l’orifice artériel. La valvule tricuspide et la valvule mitrale se tendent et
d, cloison inter-auriculaire. o, origine de l’artère pulmo- interceptent toute Communication f. oreillette gauche. naire. , . , T , ,
(/, i lambeaux des veines pul- p, ventricule gauehc. avec les OleilletteS. Les Valvules sig-
h. 1 monaires (groupe ant.). g, valvule mitrale avec ses moïdes, placées aUX 01’ificeS de l’ar-
j. | orifice des veines pulmo- deux piliers. . ,,
i, i naircs (groupe post.). origine de l'aorte. tere aorte et de 1 artère pulmonaire,
au contraire, sont soulevées du côté des artères, et livrent passage à l’ondée sanguine.
Au moment où le sang pénètre sous l’influence delà contraction auriculaire dans