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CHAPITRE III. CIRCULATION

les ventricules à l’état de repos, comment se fait-il que ce flot sanguin ne s’engage pas, du même coup , dans les orifices artériels’desventricules? C’est qu’en ce moment (diastole ventriculaire), les valvules sigmoïdes ferment complètement les orifices artériels des ventricules. La colonne de sang, chassée dans les artères par la systole ventriculaire précédente , avait distendu l’arbre artériel. Celui-ci, en vertu de son élasticité, est revenu sur lui-même aussitôt que l’effort qui avait fait pénétrer le sang dans son intérieur a cessé. Le sang, pressé dans l’arbre artériel par l’élasticité des parois artérielles, a repoussé les valvules sigmoïdes, et intercepté toute communication entre les artères aorte et pulmonaire et les ventricules.

Au moment où survient la systole ventriculaire, celle-ci doit, par conséquent, vaincre la résistance des valvules sigmoïdes qui sup.portent la colonne sanguine artérielle, résistance que la contraction auriculaire était impuissante à surmonter. La résistance de la colonne sanguine est vaincue facilement par la contraction ventriculaire. La force avec laquelle se contractent les ventricules l’emporte, en effet, sur l’élasticité artérielle, et la distension des artères va être portée plus loin encore par la contraction ventriculaire elle-même.

La contraction des ventricules chasse. donc le sang dans les artères. Le mode vermiculaire ou successif de la contraction est moins marqué dans les ventricules que dans les oreil- Valvule tricuspide a^ec ses trois piliers (ou

. . , valvule de l’orifice auriculo-ventriculaire

lettes : il y est aussi moins necessaire. Ce- droit), pendant, en observant le cœur avec attention,

on peut remarquer que la contraction se fait de la pointe vers la base, c’est-àdire du cul-de-sac du cœur vers ses orifices, de manière qu’il tend à se débarrasser aussi complètement que possible du liquide qu’il renferme.

Au moment de la contraction ventriculaire, le sang trouve, avons-nous dit, dans les valvules auriculo-ventriculaires, un obstacle à son retour dans les oreillettes. Ces voiles membraneux, fixés au pourtour des orifices auriculo-ventriculaires, ne sont pas flottants, car, s’ils avaient pu être renversés par la poussée du liquide, ils eussent été inutiles. Leurs bords sont fixés par en bas aux parois des ventricules. Chaque valvule représente un triangle dont la base est fixée à l’anneau fibreux qui borde l’orifice auriculo-ventriculaire, et dont le sommet est dirigé par en bas. Le sommet de ces triangles valvulaires est large, multifide, et l'eçoit l’attache des cordons fibreux dont la membrane valvulaire elle-même n’est en quelque sorte que l’expansion. Ces cordons fibreux, ou cordages tendineux, sont les tendons des muscles papillaires qui se détachent des parois intérieures des ventricules et relient les valvules à ces parois. Quand on examine les choses de près, on constate que ces cordages ou tendons sont de divers ordres. Les uns s’insèrent au bord même de la valvule : ce sont les plus délicats ; d’autres s’insèrent à une faible distance du bord libre, sur la face externe de la valvule ; d’autres encore s’insèrent plus loin, et à peu près à la partie moyenne de la face externe de la valvule. 11 résulte de ces dispositions que les valvules ne

peuvent se renverser par en haut au moment de la contraction ventriculaire. De plus, ces attaches multiples ne leur permettent pas non plus d’obturer l’orifice auriculo-ventriculaire , en se redressant horizontalement sous la poussée liquide des ventricules. Au moment de la contraction des ventricules, les valvules auriculo-ventriculaires conservent la forme d’un entonnoir membraneux, à sommet dirigé par en bas. De cette manière, le liquide des ventricules n’est pas refoulé dans les oreillettes. Si les valvules se redressaient horizontalement, on conçoit que toute la colonne sanguine mesurée par la longueur de ces valvules serait, à chaque systole ventriculaire, repoussée dans l’oreillette, et viendrait porter obstacle à la circulation.

La pression du liquide comprimé par la contraction ventriculaire contribue à fermer l’entonnoir membraneux que représentent les valvules auriculo-ventriculaires au moment de la systole des ventricules. Cependant tout n’est pas passif dans cette occlusion. Les liens qui fixent les bords libres des valvules aux parois ventriculaires ne sont pas seulement fibreux; ils ne sont que les tendons des muscles papillaires. Or, au moment de la contraction ventriculaire, les muscles papillaires, qui font d’ailleurs partie du système musculaire des parois du cœur, dont ils ne sont à vrai dire que des portions plus ou moins détachées, ces muscles, dis-je, se contractent comme les autres éléments musculaires du ventricule. Cette contraction contribue activement et efficacement à empêcher le refoulement des valvules du côté des orifices auriculo-ventriculaires. Ajoutons encore que les muscles papillaires représentent dans leur ensemble une masse assez volumineuse. Au moment de la contraction des ventricules, les corps charnus de ces muscles s’emboîtent les uns dans les autres, comblent la cavité ventriculaire, et permettent au ventricule d’expulser plus complètement du côté des artères la masse liquide qu’il contient l.

Lorsque l’orifice auriculo-ventriculaire n’est pas régulièrement obturé, à chaque contraction ventriculaire, par le jeu des valvules auriculo-ventriculaires (cela a lieu dans un certain nombre de cas pathologiques\ une certaine quantité de sang est refoulée dans les oreillettes. Ce reflux est encore augmenté quand un obstacle quelconque empêche le sang de passer par les artères pulmonaires. L’énergie de la contraction ventriculaire est beaucoup plus puissante qu’il ne faut pour vaincre la résistance de la colonne sanguine, qui arrive pendant ce temps dans les oreillettes ; elle arrête par conséquent, pour un instant, le cours du sang dans les veines voisines du cœur. La contraction des ventricules peut même donner au cours du sang une direction rétrogade. Les veines, étant dilatables, augmentent momentanément de diamètre. De là le pouls dit veineux , lequel s’observe quelquefois sur les veines du cou, au moment de la systole ventriculaire ; il indique ordinairement qu’il y a un obstacle quelconque au cours du sang dans les poumons. Le pouls veineux ne s’étend pas loin. Les parois des veines étant très-dilatables (Voy. § 102), il s’ensuit qu’il n’y a que la partie du système veineux la plus voisine du cœur qui se trouve modifiée en ce moment.

1 L’action des muscles papillaires dans le jeu des valvules auriculo-ventriculaires avait été soupçonnée plutôt que démontrée par Harvey et par Haller. MM. Reid, Kürschner, Spring, Surmay, etc., avaient institué des expériences qui tendaient à l’établir. Cependant la doctrine de l'occlusion passive de l'orifice auriculo-ventriculaire par les valvules tricuspide et mitrale sous l'influence de la pression sanguine déterminée par la contraction de la poclie ventriculaire était ii peu près généralement acceptée. Les recherches récentes de M. Marc Sée ont mis hors de toute contestation l'action des muscles papillaires.

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