CHAPITRE III. CIRCULATION
La systole ventriculaire, en faisant pénétrer le sang dans les artères, soulève les valvules sigmoïdes, pousse devant elle la colonne liquide contenue dans le calibre artériel, et distend les parois élastiques de ce système. Aussitôt que la systole ventriculaire a cessé, le système artériel revient sur lui-même; le sang contenu dans son intérieur abaisse les valvules sigmoïdes ; la communication entre les artères et les ventricules se trouve de nouveau interrompue. Il n’y a communication entre les ventricules et les artères qu’au moment de la systole ventriculaire, c’est-à-dire au moment précis où, pour faire pénétrer l’ondée sanguine dans le système des artères, la contraction des ventricules surmonte la tension permanente exercée par la colonne sanguine artérielle sur les valvules sigmoïdes.
Les valvules sigmoïdes opposent donc un obstacle au reteur du sang des artères dans le cœur, à tous les moments de la circulation, sauf le moment de la systole ventriculaire. Les valvules sigmoïdes ne sont pas non plus des membranes llottantes, mais de véritables goussets demi-circulaires, dont l’ouverture regarde du côté des vaisseaux artériels. Ces goussets, au nombre de trois, tiennent appliquées les unes contre les autres les parties voisines de leur bord libre, en vertu de la tension permanente de la colonne sanguine artérielle. Nous avons insisté ailleurs sur ce mécanisme (Voy. § 80). La partie moyenne du bord libre de chaque valvule sigmoïde est pourvue d’un petit renflement (globules d’Arentius), qui a sans doute pour effet de rendre l’occlusion plus parfaite. Ces renflements, du reste, ne paraissent pas nécessaires, car ils manquent chez beaucoup d’animaùx à double circulation.
Bruits du cœur. — Lorsqu’on applique l’oreille sur la poitrine de l’homme, dans la région précordiale, on entend deux bruits qui se succèdent presque sans intervalle; puis survient un intervalle ou un moment de silence; puis, de nouveau, les deux bruits, et ainsi de suite.
Le premier bruit est sourd, profond ; le second bruit est plus clair, il dure un peu moins longtemps que le premier. Ces deux bruits s’entendent surtout dans la région précordiale ; mais on peut les entendre encore dans les autres points de la poitrine, surtout pendant l’inspiration. Ils perdent de leur intensité à mesure qu’on s’éloigne du cœur.
Les deux bruits n’ont pas leur maximum d’intensité aux mêmes points. Le premier bruit a son maximum d’intensité vers le cinquième espace intercostal, du côté gauche, un peu au-dessous et en dehors du mamelon. Le second bruit a son maximum d’intensité dans le troisième espace intercostal, près du bord gauche du sternum. Le maximum d’intensité du premier bruit est donc situé plus bas que le maximum d’intensité du second.
Dans le cas d’ectopie du cœur, on peut appliquer le stéthoscope 1 sur le cœur lui-même. Chez la jeune femme récemment observée parM. Franck, on pouvait s'assurer que le maximum d’intensité du premier bruit correspondait à la région
1 Le stéthoscope est un cylindre de bois léger, évidé à sa partie moyenne et percé d’outre en outre suivant son axe. L’une des extrémités de ce cylindre creux se termine par un orifice légèrement évasé qu’on applique sur le point qu’on veut ausculter. L’autre extrémité de ce cylindre s’étale en une surface légèrement excavée sur laquelle on applique l’oreille.
moyenne des ventricules, tandis que le maximum d’intensité du second bruit était à la base des ventricules, c’est-à-dire plus haut que le premier.
Le premier bruit du cœur coïncide avec le pouls, c’est-à-dire avec la dilatation artérielle, c’est-à-dire, par conséquent (Voy. §§ 90 et 93), avec la systole ventriculaire. Si l’on ouvre un animal vivant, dont on entretient artificiellement la respiration, on s’assure directement que le premier bruit du cœur est simultané avec la systole ventriculaire.
Le second bruit du cœur succède au premier bruit; il suit, par conséquent, la systole ventriculaire. Mais comme à la systole ventriculaire succède, ainsi que nous l’avons vu (§§ 86 et 89), le repos du cœur, le second bruit coïncide, par conséquent, avec le début du moment de repos1.
Le rhythme des bruits du cœur, qu'il ne faut pas confondre avec le rhythme des mouvements , peut être assimilé, avec assez de vérité, à une mesure à trois temps. Le premier bruit correspondrait à un premier temps ; le second bruit, à un second temps ; le troisième temps serait remplacé par un silence. Il est vrai que chacun de ces temps n’est pas rigoureusement égal dans la mesure. Ainsi, le premier temps est sensiblement plus long que le second, et, le second étant très-court, le silence se trouve un peu augmenté. Mais, ces réserves faites, il n’en est pas moins vrai que cette image d’une mesure à trois temps laisse dans l’esprit une notion suffisamment exacte du phénomène.
Il n’y a donc point entre le rhythme des mouvements du cœur et le rhythme des bruits la moindre similitude (Voy. § 89). D’un autre côté, si nous établissons un parallèle entre le moment des contractions du cœur et les bruits du cœur, nous trouvons que le premier bruit correspond à la systole des ventricules ; le second bruit, au repos du cœur; enfin le moment de silence correspond à la fois au repos du cœur et à la systole des oreillettes.
Des deux bruits du cœur, il en est un (le second) qui se passe au moment du repos du cœur. En outre, le silence du cœur a lieu en partie pendant la contraction des oreillettes. Il est donc naturel de penser que les bruits ne sont pas déterminés par les contractions du cœur, et qu’il faut en chercher ailleurs la signification.
Il est vrai que le premier bruit a lieu au moment de la systole ventriculaire, et qu’en ce moment les fibres musculaires du ventricule sont en contraction. Mais la contraction musculaire peut-elle déterminer un semblable bruit? Il est vrai que l’oreille, appliquée sur un muscle qui se contracte, perçoit un frémissement fibrillaire. Mais les muscles les plus considérables, lorsqu’ils se contractent, ne donnent à l'oreille qu’un murmure oscillatoire, qui n’a aucun rapport avec le timbre sourd et énergique du premier bruit du cœur.
On a aussi voulu faire intervenir le frottement du sang contre les parois du ventricule pour expliquer le premier bruit du cœur. Mais cette explication suppose que le premier bruit a lieu au moment où le sang arrive dans le ventricule, c’est-à-dire au moment de la diastole ventriculaire, ce qui n’est pas.
Au moment de la systole ventriculaire, le cœur est projeté en avant contre les parois de la poitrine (Voy. § 87). Est-ce cette projection ou ce choc du cœur contre les parois pectorales qui détermine le premier bruit? Beauconp l’ont soutenu. Mais le slhétoscope, appliqué sur le cœur d’un animal dont on a ouvert
1 Dans ce moment de repos, l’oreillette et le ventricule sont à l’état de relâchement ou de diastole.