‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 105 sur 429 · CHAPITRE HI. CIRCULATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI. CIRCULATION

la poitrine et enlevé les côtes, donne encore manifestement les deux bruits. Le battement du cœur contre la poitrine n’est donc pas non plus la cause essentielle du premier bruit du cœur. Comme le choc du cœur est simultané avec le premier bruit, il est probable cependant qu’il contribue à le renforcer, surtout quand le cœur bat avec force.

La doctrine des bruits du cœur qui nous paraît avoir pour elle les probabilités les plus grandes, est celle qui consiste à en placer le point de départ dans le jeu des valvules. Cette doctrine, émise pour la première fois par M. Rouannet, et parfaitement développée par lui, a aujourd’hui conquis l’assentiment de la plupart des physiologistes.

L’expérience prouve que dans les colonnes liquides en mouvement, alors même qu’elles circulent dans des canaux à parois rigides, les frottements ne donnent naissance qu’à de faibles bruits de souffle, tandis que, au contraire, des bruits énergiques et éclatants se manifestent aussitôt que des obstacles viennent se tendre brusquement entravers.

Toutes les machines dans lesquelles le cours des liquides est réglé par des soupapes ou des clapets donnent à l’oreille appliquée sur elles la sensation de bruits qui ont avec ceux du cœur une frappante analogie.

M. Valentin a fait, à ce sujet, une expérience bien simple et facile à répéter. 11 prend une anse d’intestin, la remplit d’eau, et applique une ligature à chaque extrémité. Il a soin d’appliquer ces ligatures sous l’eau, de manière que l’intestin ne soit rempli que d’une quantité médiocre de liquide, tout en ne contenant pas d’air. Puis il tire au dehors cette anse d’intestin ainsi liée, la pose sur une table, y applique l’oreille par l’intermédiaire d’un stéthoscope, tandis qu’un aide, qui tient une extrémité de cette anse entre ses doigts, refoule rapidement le liquide d’une extrémité vers l’autre. On entend alors très-nettement un bruit qui a la plus grande analogie avec le premier bruit du cœur. L’extrémité contre laquelle vient frapper le liquide peut être assimilée à un plan valvulaire.

Les bruits du cœur sont donc très-vraisemblablement déterminés par le choc dusang contre les valvules. Le premier bruit, coïncidant avec la systole ventriculaire, a lieu au moment de la poussée contre les valvules auriculo-ventriculaires de l’ondée sanguine, qui tend à s’échapper par l’orifice auriculo-ventriculaire. Le second bruit, qui a lieu après le premier, et pendant le moment de repos du cœur, coïncide parfaitement avec le moment où les valvules sigmoïdes, un instant appliquées contre les parois artérielles, pour laisser passer l’ondée chassée par la contraction du ventricule, reviennent fermer l’oriflce artériel, sous la pression en retour de la colonne sanguine. Le premier bruit est sourd, parce que les valvules auriculo-ventriculaires sont fixées à des anneaux profonds, entourés de toutes parts de parois charnues, épaisses ; le second bruit est plus clair, parce que les valvules sigmoïdes sont fixées aux tuniques artérielles, c’està-dire à des parois membraneuses libres. Le maximum du premier bruit s’entend plus bas que le second, et plus en dehors, parce que les valvules tricuspide et mitrale se prolongent dans la direction de l’axe du cœur, et, par en bas, en entonnoir, dans l’intérieur même des ventricules. Le maximum du second bruit s’entend plus haut et plus en dedans, c’est-à-dire au point où correspond précisément l’insertion des valvules sigmoïdes dans les artères aorte et pulmonaire.

Il est difficile d’instituer des expériences pour démontrer directement que le

premier bruit est causé par le jeu des valvules auriculo-ventriculaires. Il faut, pour cela, faire subir au cœur de l’animal des mutilations qui troublent le phénomène, et ne permettent guère d’en tirer des résultats concluants. Mais les difficultés ne sont pas les mêmes pour le second bruit. On peut suspendre à volonté ce bruit sur l’animal vivant; on peut aussi le reproduire sur le cadavre, sans diviser le cœur. M. Hope met à nu le cœur d’un animal : il comprime, dans un point voisin de leur origine, les artères aorte et pulmonaire, et le second bruit du cœur disparaît avec le jeu des valvules sigmoïdes. Le second bruit du cœur disparaît également quand, à l’aide de petites érignes métalliques, on fixe les valvules sigmoïdes contre les parois artérielles : il reparaît quand on détruit ces adhérences artificielles. D’un autre côté, si l’on injecte un liquide dans l’aorte Lhoracique d’un cadavre, en dirigeant le jet du liquide vers le cœur, on entend, au moment de la poussée, un bruit qui rappelle tout à fait le second bruit du cœur. Dans cette expérience, on imite le choc en retour de l’ondée artérielle, et on ferme ainsi brusquement l’orifice aortique du cœur par le rapprochement instantané des valvules sigmoïdes.

Bruits anormaux. — Dans l’état normal, on n’entend que les deux bruits dont nous avons parlé. Dans l’état pathologique, ces bruits sont quelquefois altérés dans leur timbre, et il vient souvent s’y joindre des bruits accessoires.

Lorsque le péricarde est rempli par un épanchement, les bruits du cœur sont moins distincts, ils paraissent plus éloignés ; on les entend encore cependant avec leurs caractères différentiels. Dans le cas dont nous parlons, le liquide qui distend le péricarde ne permet plus au cœur de se mouvoir librement dans la séreuse à chaque contraction ventriculaire, comme il le fait dans l’état normal. Cependant, comme le premier bruit du cœur persiste aussi bien que le second, c’est encore une nouvelle preuve que ce bruit n’a pas son origine dans la propulsion du cœur contre la cage pectorale.

Lorsque l’exsudation plastique a donné lieu à des productions pathologiques sur les parois de la séreuse péricardique, et qu’en même temps l’épanchement est médiocre, ou qu’il a disparu, on entend souvent alors, au moment de la contraction ventriculaire, un bruit anormal causé par le frottement du cœur contre la surface rugueuse du péricarde. On a souvent donné à ce bruit de frottement le nom de bruit de râpe, bruit de cuir neuf, etc. Ce bruit, on le conçoit, peut varier de timbre et d’énergie.

Les bruits anormaux, dont le siège est dans le cœur lui-même, sont déterminés par les lésions qui altèrent le jeu normal des valvules. Dans l’état physiologique, les deux valvules auriculo-ventriculaires interceptent au même moment la communication entre les ventricules et les oreillettes : le jeu simultané de ces deux valvules ne produit qu’un seul son, d’où résulte le premier bruit du cœur. De même, l’abaissement des valvules sigmoïdes de l’artère aorte est simultané avec celui des valvules sigmoïdes de l’artère pulmonaire, et le jeu de ces valvules ne produit qu’un seul son, d’où résulte le second bruit du cœur. Supposons maintenant que, par une cause quelconque (incrustations calcaires, végétations, adhérences anormales, destruction plus ou moins étendue, etc.), l’une des valvules auriculo-ventriculaires ne ferme plus complètement la communication du ventricule avec l’oreillette au moment où le ventricule se contracte, tandis que l’autre valvule auriculo-ventriculaire remplit complètement sa fonction ; il en résultera qu’on entendra, en même temps que le bruit normal, un autre bruit

Page 1