CHAPITRE III. CIRCULATION
de la systole ventriculaire, et le calibre artériel est augmenté. Cet agrandissement périodique de calibre dans les artères est assez difficile à saisir par l’observation, parce qu’il s’opère dans des limites assez restreintes. Il faut, pour le constater, avoir recours à l’expérience. M. Poiseuille a construit à cet effet un petit appareil. Il consiste en une boîte cylindrique percée de deux trous qui se correspondent, et surmontée d’un tube fin et gradué. Cette boîte s’ouvre dans sa largeur en deux parties, au niveau des deux trous. On introduit la partie inférieure de la boîte ouverte sous l’artère carotide d’un animal préalablement mise à nu, et on ferme par-dessus l’autre partie de la boîte. On lute convenablement les jointures et on remplit d’eau la boîte et le tube ; de cette manière, l’artère traverse de part en part un appareil clos. Or, à chaque pulsation du cœur (systole ventriculaire), l’eau monte dans le tube gradué. Le degré d’ascension permet de calculer l’augmentation du diamètre du vaisseau.
Les résultats obtenus par M. Poiseuille sont tout à fait d’accord avec les évaluations antérieures de Borelli et avec les recherches plus récentes de M. Valentin.
L’artère carotide, au moment de sa dilatation, sous l’influence de la systole ventriculaire, sur le chien comme sur le cheval, augmente, en moyenne, de 1/22 de son diamètre.
En enserrant les grosses artères des animaux dans des anneaux ouverts, formés par des ressorts d’acier très doux, on peut constater aussi qu’à chaque dilatation artérielle les extrémités de l’ouverture de l’anneau s’écartent l’une de l’autre d’une petite quantité. Mais cette méthode, excellente comme démonstration du fait lui-même, ne peut pas conduire, comme la précédente, à une évaluation exacte.
Tension du sang dans le système artériel. — Au moment de la systole ventriculaire, les artères élastiques se trouvent distendues par effort excentrique. Quand la systole ventriculaire a cessé , les artères reviennent sur elles-mêmes dans une certaine mesure et font progresser le sang. Mais, à ce moment même, leur tension élastique ne s'épuise pas (c’est-à-dire que l’artère ne revient pas sur ellemême, autant qu’elle le pourrait), parce que le sang circule dans un système fermé et ne s’écoule pas au dehors. Le système artériel est donc bandé d’une manière permanente, et le sang fait constamment effort contre les parois des artères.
En vertu de cette tension permanente, le sang circule d’une manière plus uniforme 1 * * * * dans ses vaisseaux fermés. Cette tension favorise singulièrement aussi la sortie au travers des parois des capillaires de la partie liquide du sang, qui doit nourrir les organes ou fournir les liquides de sécrétion.
On a cherché par des procédés divers à mesurer la tension du sang dans les artères. Haies coupait une artère en travers sur l’animal vivant, il introduisait dans le bout de l’artère correspondant au cœur un long tube de verre recourbé et il mesurait la hauteur à laquelle le liquide s’élevait dans ce tube placé dans la direction verticale. Mais l’une des branches de ce tube en U (celle où se fait
1 Lorsqu’on ouvre un vaisseau artériel, on observe des saccades dans le jet de sang. Ces sacca-
des, indices des contractions intermittentes du cœur, se traduisent, dans la circulation fermée,
par les mouvements du pouls. L’élasticité des artères remplit ici le rôle que jouent les ressorts
dans une foule de machines : elle tend à transformer en mouvement continu le mouvement inter-
mittent communiqué par le cœur.
Béclaud, 7e édition. 1 6
la direction du sang) doit avoir de grandes dimensions (plus de 2 mètres); cet appareil est embarrassant. M. Poiseuille a imaginé nn appareil plus commode, et qui n’est rien autre chose qu’un manomètre à mercure. Il consiste en un tube en U, dont la grande branche n’a pas plus de 25 à 30 centimètres et dont la courte branche recourbée horizontalement porte un ajutage à. son extrémité. Get ajutage, muni d’un robinet, est disposé de manière à pouvoir être mis en rapport avec le calibre artériel. L’artère est liée sur l’ajutage, avec les précautions convenables, puis on ouvre le robinet. Le sang entre dans l’appareil, presse sur le mercure, qui s’élève dans la branche restée libre. L’élévation du mercure indique la tension du sang. La tension du sang fait alors équilibre à une certaine colonne de mercure, et cette colonne de mercure la représente. On appelle indifféremment cet appareil, hémodynamomètre, ou kémomanomèlre l. On a soin, pour s’opposer à la coagulation du sang, de remplir la courte branche de l’appareil, au moment où l’on va s’en servir, d’une dissolution de sulfate ou de carbonate de soude.
L’appareil de M. Poiseuille a été modifié et perfectionné par MM. Ludwig, Spengler et Valentin (Voy. fig. 48). L’hémodynamomètre de M. Poiseuille, ainsi qu’il est aisé de le comprendre, change un peu les conditions normales de la circulation. Quand on a coupé une artère en travers et lié le bout central de cette artère sur l’ajutage, toute la partie périphérique du système artériel avec laquelle était continue l’artère mise en expérience se trouve supprimée.
Le perfectionnement consiste à laisser la circulation s’accomplir en toute liberté dans l’artère mise en expérience. A cet effet, à l’ajutage g (Voy. fig. 48) ont été ajoutées deux petites plaques métalliques d et e. Ces petites plaques sont fixées perpendiculairement à l’extrémité du tube de l’ajutage , et traversées par lui. De plus, ces deux plaques peuvent être rapprochées ou écartées l’une de l’autre au moyen d’une virole à vis. Lorsqu’on veut appliquer l’hémodynamomètre dans une artère, on ne la coupe pas en travers, mais on fait sur ses parois une petite incision longitudinale, ou une sorte de boutonnière par laquelle on fait entrer dans le vaisseau la plaque d qui termine l’ajutage. Puis, à l’aide de la virole à vis k, on serre la plaque e, restée en dehors du vaisseau, contre la plaque d. La paroi artérielle se trouve ainsi comprimée fortement entre les deux plaques, et l’issue du sang n’est plus possible que par le tube de l’appareil. La surface de la colonne mercurielle de l’hémomanomètre reçoit donc la pression telle qu’elle serait exercée sur la paroi artérielle qu’elle remplace. Pendant ce temps, la circulation se fait dans cette artère comme dans toutes les autres.
Mais il faut dire que le perfectionnement apporté à l’hémomanomètre par MM. Ludgwig et Spengler n’a qu’une importance tout à fait secondaire, attendu
1 M. Poiseuille appelait son instrument hémodynamomètre : on l’appelle plus communément aujourd’hui hémomanomètre.
Fig. 48.
a, la courte branche de l'hémomanomètre.
ajutage en cuivre portant un robinet.
d. petite plaque métallique fixée à l’extrémité de l’ajutage. On l'introduit dans l’intérieur du vaisseau.
e, petite plaque métallique, pouvant glisser à frottement sur l’ajutage. Elle reste en dehors du vaisseau.
/c, virole à vis à l’aide de laquelle on peut serrer la plaque e contre la plaque d.
uo, vaisseau ouvert, vu par sa partie intérieure.