CHAPITRE III. CIRCULATION
Ainsi, par exemple, le rayon d’ouverture de l’artère aorte, près du cœur, sur un chien de moyenne taille, étant de 7mm,25,le poids supporté par les valvules sigmoïdes est représenté par une colonne de mercure de 15 centimètres (ou par une colonne de sang de 2ra,2) d’élévation et de 7mm,25 de rayon, c’est-à-dire par une colonne de sang pesant 345 grammes. Sur l’homme, le rayon d’ouverture de l’aorte près du cœur est de 16 millimè tres, le poids supporté par les valvules sigmoïdes est donc représenté par une colonne de mercure de 15 centimètres (ou par une colonne de sang de 2m,2) d’élévation et de 16 millimètres de rayon, c’est-à-dire par une colonne pesant lk,720. L’ouverture de l’aorte, près du cœur, ayant pour rayon 16 millimètres, a pour aire 8 centimètres carrés (l’aire du •cercle est égale au produit de la circonférence par la moitié du rayon); donc, chaque centimètre carré de surface des valvules supporte une pression qui est la huitième partie de 7k,720, c’est-à-dire 215 grammes. La tension étant sensiblement la même dans tous les gros vaisseaux artériels, ainsi que nous venons de le voir, cette pression de 215 grammes s’exerce sur chaque centimètre carré pris à la surface intérieure des artères.
Au moment de la systole ventriculaire, le flot liquide introduit dans l’arbre artériel exagère passagèrement la tension du sang. Sur l’hémomanomètre introduit dans une artère, l’influence de chaque contraction ventriculaire se fait sentir par une élévation intermittente dans e niveau du mercure. Ces mouvements de la colonne mercurielle sont donc isochrones et avec les pulsations du cœur et avec le pouls artériel. A chaque systole ventriculaire, la colonne mercurielle s’élève de 1/2 à un centimètre. Sur les petits animaux, l’élévation systolique du sang dans l’hémomanomètre n’est souvent que de quelques millimètres.
La tension additionnelle due à chaque systole ventriculaire n’est pas uniformément répandue dans tout l’arbre artériel. Cette tension additionnelle qui, en définitive, n’est que la trentième ou la quinzième partie de la tension totale, est plus marquée dans les vaisseaux qui avoisinent le cœur que dans les vaisseaux plus éloignés. L’ondée sanguine projetée dans le tube artériel élastique perd, en effet, une partie de sa puissance, en vertu des résistances diverses qu’elle rencontre (Voy. § 97), et ces résistances s’additionnent les unes aux autres, à mesure qu’on s’éloigne du cœur.
La tension du sang dans l’arbre artériel varie encore dans les mouvements d’inspiration et d’expiration. Ces variations peuvent être constatées à l’aide de l'hémomanomètre, et elles prouvent l’influence qu’exercent les mouvements de la respiration sur la circulation du sang. A l’article de la circulation veineuse, nous montrerons comment, à chaque inspiration, la circulation des troncs veineux qui avoisinent le cœur se trouve accélérée. Il n’est pas question ici des veines, mais des artères. La diminution de tension dans l’arbre artériel , au moment de l’inspiration est déterminée par l’influence que le jeu de soufflet de la poitrine exerce sur l’énergie des contractions ventriculaires du cœur et sur la capacité de l’aorte thoracique. Au moment de l’inspiration, en effet, la tendance au vide qui a lieu dans l’intérieur de la poitrine tend à paralyser les contractions des ventricules, par effort excentrique, en même temps qu’elle tend à augmenter la capacité de l’aorte. Aussi voit-on, dans l’hémomanomètre fixé dans les artères carotides, le niveau du mercure s’abaisser pendant les mouvements d’inspiration et s’élever pendant l’expiration. Ces oscillations ne peuvent être confondues avec -celles dues à la systole ventriculaire. Elles sont lentes comme le flux et le reflux
des mouvements respiratoires, et se produisent seulement 15 ou 18 fois par minute, de même que la respiration elle-même, tandis que les oscillations dues aux contractions du cœur sont saccadées, et se produisent, comme ces contractions, 75 ou 80 fois dans le même espace de temps.
L’oscillation de tension déterminée par les mouvements respiratoires est plus étendue que l’oscillation amenée parla systole du cœur. De plus, l’oscillation de tension due à la respiration diminue rapidement à mesure qu’on s’éloigne de la poitrine, ce qui prouve que sa cause doit être attribuée à l’action du vide thoracique sur la contraction des ventricules du cœur et sur la capacité de l’aorte pectorale. MM. Ludwig et Spengler ont simultanément introduit un hémomanomètre dans l’artère carotide d’un cheval et un hémomanomètre dans l’artère du métatarse du même animal. Or, tandis que l’oscillation respiratoire faisait mouvoir alternativement la colonne mercurielle, dans une étendue de 5 à 6 centimètres dans l'artère carotide ; dans l’artère du métatarse, le chemin parcouru par la colonne mercurielle, pendant les mouvements de la respiration, ne dépassait pas un centimètre L
La tension du sang dans le cercle artériel de la petite circulation est (comme on devait le prévoir) moins considérable que celle de la grande circulation, dont il a été jusqu’ici exclusivement question.
MM. Ludwig et Beutner ont mesuré, sur le chien, le chat et le lapin, la différence de tension du sang dans les deux cercles circulatoires. A cet effet, ils introduisent dans la branche gauche de l’artère pulmonaire de l’animal en expérience le tube d’un hémomanomètre, et dans l’artère carotide du même animal un autre hémomanomètre. De leurs expériences il résulte qu’en moyenne la tension du sang dans l’artère pulmonaire est à la tension du sang dans l’artère carotide : : 1 : 3. Il est vrai que, dans ces expériences, la poitrine était ouverte et qu’on entretenait artificiellement la respiration; or cette opération change peut-être un peu le rapport normal. Il ne ressort pas moins de ces expériences que la différence observée est en relation évidente avec la force inégale du ventricule gauche et du ventricule droit. Rappelons, en effet, que l’origine première de la tension du sang dans les artères réside dans la contraction du cœur; or, la puissance musculaire du ventricule droit est moindre que celle du ventricule gauche (Voy. § 95).
La colonne mercurielle équilibrée par la tension artérielle éprouve, ainsi
1 M. Einbrodt a remarqué que les mouvements respiratoires ordinaires n’ont pas d’influence sensible sur la tension sanguine des artères des membres; que dans les inspirations fortes, il y a diminution de tension au commencement, puis augmentation à la fin ; que dans l’expiration qui suit, il y a augmentation de tension au commencement, puis diminution à la fin. M. Marey a étudié ces phénomènes de plus près, et il a montré que le mode de respiration exerce une influence déterminante sur ces oscillations. Dans la respiration lente et profonde avec la bouche fermée et une seule narine ouverte, l'oscillation de tension du sang des artères (de la radiale) se fait dans le sens indiqué paVM. Ludwig. Lorsqu’au contraire on respire largement et très rapidement avec la bouche et les narines ouvertes, l’oscillation de tension est renversée ; il y a augmentation de tension pendant l'inspiration et diminution pendant l’expiration. M. Marey fait observer que cos effets dépendent des alternatives de pression auxquelles se trouvent soumises, soit l’aorte abdominale, soit l’aorte pectorale, dans les divers modes de respiration. Dans l’inspiration rapide avec la bouche et les narines grandes ouvertes, la pénétration de l’air est facile, il n’y a pour ainsi dire point d’appel dans la poitrine, le diaphragme s’abaisse sur les viscères abdominaux, et l’aorte abdominale comprimée refoule en quelque sorte le sang dans les artères périphériques. Dans l’inspiration laborieuse, la tendance au vide qui a lieu dans la poitrine prédomine sur l’influence comprimante qu’exerce le diaphragme du côté de l’abdomen ; il y a appel de l’àorte pectorale et tepdançe au flux sanguin vers la poitrine.