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CHAPITRE III, CIRCULATION

aux dimensions microscopiques des mailles du réseau sanguin cutané, une aiguille est comme un clou énorme qui traverserait une fine étoffe de gaze, déchirant sur sa route des centaines de capillaires ?

La dimension des vaisseaux capillaires les plus fins est mesurée par le diamètre des globules du sang; il n’y a pas de vaisseaux capillaires dans lesquels ne puissent s’engager les globules du sang. Pour étudier les dimensions des vaisseaux capillaires, il importe de faire les observations soit sur l’animal vivant, soit sur des pièces injectées, parce que le calibre des vaisseaux vides ne représente pas exactement le diamètre des vaisseaux sur le vivant. En vertu de leur élasticité les parois des capillaires reviennent sur elles-mêmes, quand elles ne sont plus distendues par la tension circulatoire. Le diamètre des plus petits vaisseaux capillaires est sensiblement le même que celui des globules du sang : il est cependant quelquefois un peu inférieur . Les globules, étant élastiques, peuvent, en effet, s’allonger un peu pour passer dans les réseaux les plus fins. Les capillaires les plus déliés ont donc 0mm,006 à 0mm,005 de diamètre. Les plus gros vaisseaux capillaires ont environ 0mm,01 de diamètre. Quand nous disons que les plus gros vaisseaux capillaires ont 0mm,01 de diamètre, cela veut dire qu’il y a des organes dans lesquels le réseau intermédiaire aux artères et aux veines ne descend pas au-dessous de 0mro,0i. Tels sont les vaisseaux capillaires des os ; tels sont ceux de la plupart des membranes muqueuses. Les vaisseaux capillaires les plus fins se montrent dans le système nerveux, le poumon, la peau et les muscles.

Quoique la section d’un capillaire en particulier soit très petite, le calibre additionné des capillaires l’emporte considérablement sur le calibre des artères qui leur donnent naissance, et aussi sur le calibre des veines avec lesquelles ils vont se continuer. C’est donc dans le système capillaire que le courant sanguin offrira sa plus grande lenteur1. Pour donner une idée de la richesse du réseau capillaire, il nous suffira de dire qu’il y a des organes dans lesquels les mailles circonscrites par ce réseau ont si peu d’étendue, qu’elles ne dépassent pas en largeur le diamètre même des vaisseaux capillaires : tel est le poumon.

Les vaisseaux capillaires sont élastiques. Il est douteux qu’ils soient contractiles2.

Observation de la circulation capillaire à l’aide du microscope. — Les vaisseaux capillaires ne tombent pas sous la vue ; il faut donc, pour examiner la circulation dans les capillaires, recourir au microscope. On peut observer le

1 M. Vierordt, en comparant la vitesse de la circulation artérielle à la vitesse de la circulation capillaire, estime que l’aire de tous les capillaires de la grande circulation égale huit cents fois celle de l’aorte (V. § 107).

2 Ce qu’on a souvent dit de la contractilité des capillaires doit s’entendre des petits vaisseaux Les artères qui ont de 2 millimètres à 0ram,01 de diamètre sont, en effet, éminemment contractiles, l’anatomie et l’observation de la circulation au microscope le démontrent clairement. Les petites veines, quoique moins contractiles, le sont manifestement aussi. Quant aux vaisseaux capillaires proprement dits, qui ont de 0m"',01 à O"1"1, 005 de diamètre, l’inspection microscopique ne montre plus en eux qu’une tunique transparente amorphe, élastique, sans fibres musculaires distinctes.

Du côté des artères comme du côté des veines, la transition se fait d’une manière insensible.

Au point de vue anatomique , les vrais capillaires ne constituent donc qu’une partie des réseaux qu’on désigne en physiologie sous le nom de réseaux capillaires ; une autre partie de ces réseaux comprend (et en grand nombre) des vaisseaux de transition artériels et veineux, dans lesquels l'élément musculaire, d’abord sous forme d’une simple couche, et ensuite sous forme de deux et de trois couches, vient s’ajouter à la tunique élémentaire des capillaires.

cours du sang, dans les réseaux capillaires, sur les parties transparentes des animaux vivants. A cet effet, on attache convenablement l’animal, on attire au dehors, on place et on fixe sur le porte-objet du microscope la partie sur laquelle doit porter l’observation. Les organes sur lesquels ont été le plus souvent faites les observations sont : le mésentère d’un grand nombre d’animaux (animaux supérieurs aussi bien qu’animaux inférieurs) ; les poumons, la membrane natatoire et la langue de la grenouille, de la salamandre et d’autres batraciens ; les parties transparentes des embryons de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, etc. ; les ailes de la chauve-souris. Mais la grenouille convient surtout, d’abord parce qu’elle est très commune, et ensuite parce que les globules du sang sont très gros *, et qu’il n’est pas besoin d’un fort grossissement pour l’observation.

Il est important, lorsqu’on veut faire ces observations, de ne pas employer un trop fort grossissement. Le champ du microscope, en effet, n’embrasse alors qu’un point très circonscrit de la circulation, auquel il donne une étendue factice, et la vitesse du cours du sang se trouve exagérée en proportion du grossissement. Avec un objectif dont le grossissement est de trois cents diamètres, par exemple, le cours du sang de la grenouille offre à l’œil un torrent d’une rapidité extrême. Un grossissement de soixante à quatre-vingts diamètres suffit amplement : le cours du sang paraît beaucoup moins rapide, et on peut l’observer avec fruit.

On voit alors les globules du sang se mouvoir dans les vaisseaux capillaires, au milieu d’un liquide transparent. Ces globules roulent les uns sur les autres, et se présentent sous toutes les faces, tantôt en long, tantôt en travers, tantôt de face et tantôt de profil. Lorsque les vaisseaux capillaires sont très fins, les globules s’engagent à la file, suivant leur long diamètre; ils s’allongent et s’infléchissent dans les coudes des vaisseaux. Dans les vaisseaux très fins, la circulation est beaucoup plus lente que dans les autres : les globules, comprimés entre les parois, cheminent avec lenteur, et semblent ne se dégager qu’avec peine. Derrière eux, on aperçoit très souvent des colonnes sanguines arrêtées, lesquelles finissent par être entraînées, au bout d’un temps plus ou moins long, comme par une sorte de débâcle. Les vaisseaux capillaires les plus fins ne contiennent, à certains moments, que la partie liquide et transparente du sang; ils se déroberaient à l’observation, si on ne voyait de loin en loin les globules s’engager dans leur intérieur.

Dans les vaisseaux capillaires d’un diamètre moyen, on observe facilement que le liquide coule plus rapidement dans le centre même du vaisseau que le long des parois. Il y a le long des parois une couche qui circule moins vite, à laquelle on a donné le nom de couche adbésive. Elle est surtout constituée par la partie liquide et transparente du sang ou plasma. Les globules qui circulent près de cette zone transparente s’y arrêtent souvent, oscillent sous l’intluenee du courant central, et finissent par être détachés et entraînés.

On constate aussi que les globules incolores 1 2 du sang sont plus particulièrement groupés dans la couche liquide, le long des parois vasculaires; ces glo-

1 Les globules du sang de la grenouille sont des ellipses aplaties. Ils ont 0mm,02 dans leur plus grand diamètre.

2 II y a dans le sang deux sortes de globules : les uns, colorés et aplatis (discoïdes chez les mammifères, elleptiques chez les reptiles, les oiseaux, etc.), ce sont de beaucoup les plus nombreux ; les autres, incolores et sphériques (dit globules blancs), beaucoup moins nombreux (V. § 145).

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