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CHAPITRE III. CIRCULATION

bules circulent moins vite que les globules rouges groupés vers le centre ; ce sont eux surtout qui s’arrêtent le long des parois. Souvent ils éprouvent un mouvement de rotation suivant un axe perpendiculaire à la direction du cours du sang, poussés qu’ils sont, du côté qui regarde le centre du vaisseau, par un courant plus rapide.

On voit souvent encore, dans quelques branches du réseau capillaire, la direction du courant changer. Gela se conçoit aisément ; il y a, en effet, des rameaux capillaires dans lesquels la direction du courant est à peu près indifférente : ce sont tous ceux qui sont perpendiculaires aux branches d’entrée et aux branches de sortie. Le réseau capillaire, en effet, ressemble à un système d’irrigation en damier qui aurait pour affluent une artère, et pour décharge une veine. On conçoit que, dans un système de ce genre, les courants affluents peuvent arriver dans les branches transversales, dans des directions opposées ; et, aussi, que ces directions peuvent être changées, dans quelques branches, par un arrêt quelconque dans les branches voisines. C’est ce qui arrive souvent dans les vaisseaux capillaires, soit à cause de la circulation lente des globules engagés dans les vaisseaux qui les contiennent avec peine, soit à raison du jeu des organes, des compressions extérieures, etc.

Ainsi que nous l’avons déjà fait pressentir (§ 97), le courant sanguin dans les capillaires approche de l’uniformité. Les intermittences du pouls ne s’y font pas sentir d’une manière appréciable. C’est au moins ce qu’on remarque dans les premiers temps de l’observation. Plus tard, le dessèchement de la partie qui a lieu au contact de l’air, le contact de l’air lui-même, ou bien encore l’affaiblissement de l’animal, troublent plus ou moins le cours du sang. On observe très souvent alors un mouvement de progression, par saccades, et isochrone avec les pulsations artérielles.

Pour observer les phénomènes de la circulation capillaire dans leur type normal, il faut donc préférer la membrane natatoire de la grenouille, c’est-àdire la membrane étendue entre les doigts de la patte. Cette membrane est naturellement transparente, et l’on n’a besoin de faire subir à l’animal aucune mutilation.

La membrane natatoire de la grenouille étant placée sous le microscope, on peut, à l’aide de certains agents, mettre en évidence la contractilité des petits vaisseaux. Si l’on met de l’eau froide sur cette membrane, on constate que le calibre de ces vaisseaux peut diminuer de moitié, ou môme des trois quarts. La glace aies mêmes effets, mais le phénomène se complique bientôt de l’arrêt du sang.

Quelques physiologistes parlent de la contractilité rythmique des petits vaisseaux ; il ne nous a jamais été donné de l’apercevoir. Lorsqu’on excite la membrane natatoire à l’aide d’excitants divers, la diminution de calibre des petits vaisseaux est d’autant plus marquée que l’excitant est plus énergique, et les vaisseaux de petit calibre se contractent plus fort et plus vite que les autres. La diminution du calibre des vaisseaux n’a pas lieu d’une manière instantanée. Il faut quelque temps pour que le phénomène se produise. Nous avons manifestement ici affaire à des contractions analogues à celles des tissus musculaires de la vie organique. Une fois la contraction opérée, elle dure quelque temps : huit minutes, dix minutes. Elle s’est produite lentement; elle disparaît lentement aussi. Le sel de cuisine produit les mêmes effets que l’eau froide. A cette

diminution succède une augmentation de calibre qui dure plus ou moins longtemps. La contractilité des petits vaisseaux peut encore être mise en évidence à l’aide des irritations mécaniques, à l’aide des solutions acides et alcalines très étendues, etc. Lorsqu’on se sert comme excitant d’une solution de 1 gramme de carbonate d’ammoniaque, pour dix grammes d’eau, la contraction des vaisseaux peut durer une heure (Pick). Au bout de ce temps survient une dilatation des vaisseaux accompagnée d’une tuméfaction de la membrane natatoire qui devient moins transparente. Il faut plusieurs jours pour que les parties reprennent leurs caractères tout à fait normaux.

L’eau chaude et l’alcool paralysent la contractilité des vaisseaux; ils se laissent alors distendre d’emblée par le sang, et leur diamètre augmente peu à peu. Il en est de même lorsqu’on dépose sur la membrane natatoire de la grenouille du carbonate d’ammoniaque en substance : les petites artères et les petites veines se dilatent d’emblée, la circulation se ralentit, puis elle s’arrête ; les globules se détruisent et les tissus se mortifient.

Malgré les recherches de MM. Stricker, Giovanni, etc., il n’est pas démontré que les vaisseaux capillaires du plus petit volume, c’est-à-dire les capillaires dont la paroi n’est représentée que par une gaine proto-plasmique, doublée d’une couche endothéliale, puissent se contracter. Les modifications profondes qu’entraînent dans les circulations locales les augmentations ou les diminutions de capacité du réseau sanguin périphérique portent donc sur les petits vaisseaux (petites artères ou petites veines) pourvus de fibres musculaires.

Les actions mécaniques ou traumatiques , agissent à la manière des excitants. Un léger traumatisme agit comme les excitants faibles, produit la contraction des petits vaisseaux et fait pâlir l’endroit irrité; la dilatation ne parvient qu’ensuite, et sa durée est proportionnée à celle de la contraction qui l’a précédée. Un traumatisme fort agit comme les excitants énergiques, abolit la contractilité et amène, d’emblée, la dilatation des vaisseaux sur les points qui le subissent.

Cours du sangr dans les capillaires. — A chaque instant, en vertu de la force d’impulsion du cœur et de la réaction élastique des parois artérielles, les artères apportent le sang à l’entrée du réseau capillaire. Le sang s’engage et circule dans ces vaisseaux, en vertu de la force dont il est animé. Mais, en même temps, il parcourt des tubes à dimensions capillaires , et, de plus, ces tubes sont élastiques ; examinons donc la part des capillaires dans les phénomènes circulatoires.

Dans des recherches expérimentales sur le mouvement des liquides dans des tubes de très petit diamètre, M. Poiseuille a démontré que : les quantités d'eau écoulées dans un même temps , sous une même pression , à une même température , à travers des tubes capillaires d’un même diamètre , diminuent proportionnellement à la longueur des tubes.

M. Poiseuille a encore posé la loi suivante : Les quantités d’eau écoulées dans un même temps , sous une même pression, à une même température , à travers des tubes capillaires d'une même longueur, sont entre elles comme les quatrièmes puissances des

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