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CHAPITRE III. CIRCULATION

diamètres de ces tubes. Les quantités d’eau écoulées diminuent, par conséquent, d’une manière très rapide avec les diamètres des tubes l.

Nous tirerons des résultats de M. Poiseuille les deux conclusions suivantes :

1° l’étendue du réseau capillaire, ou, si l’on veut, la longueur du chemin capillaire que parcourt le sang pour passer des artères afférentes dans les veines efférentes, a de l’influence sur la rapidité des circulations locales. Il est vrai que ce chemin est difficile à mesurer, d’une manière môme approximative, dans les divers organes, mais il n’en résulte pas moins qu’il y a des organes beaucoup plus rapidement traversés par le sang que d’autres organes, et cela en proportion de la distance que doit parcourir le sang pour passer des artères dans les veines ; 2° le degré de rapidité du sang, suivant les organes, est influencé d’une manière beaucoup plus marquée par les différences de diamètre. Comparons, sous ce rapport, les capillaires de la muqueuse digestive, qui ont en moyenne un diamètre de 0mm,01, et les capillaires des poumons, qui ont à peu près un diamètre moitié moindre (0mm,006). Si l’écoulement du sang dans ces deux ordres de capillaires varie comme la quatrième puissance de leur diamètre, il en résulte qu’à égalité de longueur, la quantité de liquide qui coulerait par les capillaires de la muqueuse digestive serait trente-deux fois plus considérable que la quantité qui coulerait, dans le même temps, par les capillaires pulmonaires. Il est vrai qu’il faut tenir compte aussi du nombre des capillaires; car, si les capillaires pulmonaires sont plus abondants que ceux de la membrane muqueuse digestive, l’équilibre tend à se rétablir. Si le nombre des capillaires pulmonaires était plus de trente-deux fois plus considérable que celui des capillaires de la muqueuse digestive, l’excès du courant se prononcerait en sens inverse.

Il ne faut donc pas exagérer les applications des recherches mécaniques de M. Poiseuille. Il faudrait, pour qu’elles fussent rigoureusement applicables, que la longueur , le nombre et le diamètre de tous les capillaires des organes fussent déterminés d’une manière absolue, ce qui est à peu près impossible. Mais il n’en est pas moins vrai que, si ces divers éléments (longueur, nombre, diamètre) ne sont pas les mêmes dans tous les organes, et s’ils ne se compensent pas l’un par l’autre, ce qui est plus que vraisemblable, il en doit résulter des modifications locales de circulation, en rapport sans doute avec la nutrition et les sécrétions.

Il suffit de jeter les yeux sur les figures 56, 57 et 58 pour constater que la disposition des vaisseaux capillaires est très variable dans les divers organes.

Le faible calibre des vaisseaux capillaires, comparé à celui des veines et des artères, fait qu’une même quantité de sang rencontre dans les capillaires des surfaces d’adhésion bien plus étendues que dans les autres ordres de vaisseaux.

i Exemples numériques. — Première loi. Soit un tube de 1/10 de millimètre do diamètre, ayant 1 centimètre de longueur ; si ce tube donnait passage, sous une pression équivalente à une colonne do 76 centimètres de mercure et pour une température de 15 degrés centigrades, à 4 grammes d’eau par minute, un tube de même diamètre, à la même pression, à la môme température, mais de 2 centimètres de longueur, ne donnerait passage qu’à 2 grammes du liquide.

Seconde loi. Soit un tube de 1 centimètre de longueur et do 1/10 de millimètre de diamètre ; si si ce tube donnait passage, sous une pression de 76 centimètres de mercure et pour une température de 15 degrés centigrades, à 4 grammes d’eau par minute, un tube de même longueur, à la môme pression, à la même température, mais de 1/20 de millimètre de diamètre , ne donnerait passage qu’à la trente-deuxième partie de 4 grammes, c’est-à-dire à 125 milligrammes de liquide.

Béclard, 7e édition. 1 8

Les frottements y sont donc bien plus multipliés. En outre, le calibre additionné des capillaires l’emporte sur celui de l’arbre artériel ; il l’emporte aussi sur celui de l’arbre veineux 1. Dans les capillaires, le sang se meut donc dans un espace plus large, sa vitesse est moindre que dans les artères et dans les veines. On peut démontrer le fait par l’observation microscopique. On tend, à cet effet, dans le microscope, deux fds, dont l’écartement est calculé par avance, et on compte le temps que met le sang à passer d’un fil sous l’autre fil. MM. Weber et Yalentin ont ainsi trouvé, dans la larve de grenouille et dans la membrane natatoire du même animal, que le sang se meut dans les capillaires avec une vitesse bien moindre que dans les grands vaisseaux de cet animal. Sur les mammifères, nous verrons aussi (§ 107) que le sang emploie un temps beaucoup

Fig. 56.

Disposition (lu réseau vasculaire sanguin (artères et veines) dans les villosités intestinales.

Fig. 57.

Disposition du réseau capillaire du mésentère et des membranes séreuses en général.

Fig. 58.

Disposition du réseau capillaire des poumons de . l'homme.

plus considérable pour traverser le réseau capillaire que pour parcourir un trajet équivalent dans les gros vaisseaux.

La quantité de sang qui passe, en un temps donné, dans un département quelconque du système capillaire, est subordonnée à une autre condition qui rend l’analyse du phénomène très complexe : nous voulons parler de la contractilité des artères de petit calibre qui précèdent immédiatement le réseau capillaire, contractilité qui, augmentant ou diminuant le calibre des affluents, peut modifier la vitesse de l’ondée sanguine afférente. La contraction du ventricule et l’élasticité de l’arbre artériel chassent, il est vrai, à chaque instant, au travers du système capillaire, et vers le système veineux, une quantité de sang équivalente à celle qui entre dans l’aorte; en d’autres termes, la quantité de

1 Le calibre additionné des artères, nous l’avons vu, va toujours en augmentant des troncs vers les branches ; d’un autre côté, le calibre additionné des veines va toujours en diminuant des branches vers les troncs. Le système capillaire, qui résulte de la division des branches artérielles et des branches veineuses, l’emporte de beaucoup en capacité sur les troncs artériels et sur les troncs veineux (Voy. §§ Ü9 et 107).

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