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DE QUELQUES PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE LA CIRCULATION

Vitesse de la circulation. — Lorsque le ‘cœur se contracte, il chasse en même temps le sang dans l’artère pulmonaire et dans l’artère aorte, car la contraction des deux ventricules est simultanée. Il est évident que la quantité de sang envoyée par le cœur droit dans le poumon, et la quantité de sang envoyée par le cœur gauche dans les organes, sont sensiblement égales. La chose est difficile à démontrer expérimentalement, mais il est facile de concevoir que, si le cœur droit envoyait plus de sang au poumon que le cœur gauche n’en reçoit du poumon dans le même temps, le poumon serait bientôt rempli.

S’il passe, dans un temps donné, la même quantité de sang dans le cœur droit et dans le cœur gauche, la vitesse du cours du sang dans le grand et le petit cercle de la circulation est la même, c’est-à-dire, en d’autres termes, que le sang franchit, en moyenne, en un même espace de temps, une même distance. Mais comme la carrière de la grande circulation est plus longue que la carrière de la petite, il est évident que, quoique animé d’une même vitesse moyenne, le sang a besoin d’un temps plus long pour parcourir le cercle de la grande circulation que pour parcourir le cercle delà petite.

Avec quelle vitesse le sang se meut-il dans les vaisseaux? La vitesse du sang résulte de la différence qui existe entre la force qui pousse chaque molécule liquide et celle que cette molécule rencontre devant elle à titre d’obstacle à son mouvement : d’où il résulte que le temps qu’emploie une tranche de liquide prise en un certain point du système circulatoire, pour franchir un certain nombre de centimètres, n’est pas le même dans tous les points. Le liquide sanguin, en effet, ne coule pas d’une manière uniforme dans toutes les divisions du système vasculaire. Le sang qui se meut dans les artères circule dans des espaces d’une capacité moindre que le sang qui circule dans les veines. De plus, la capacité artérielle va sans cesse en augmentant, à mesure qu’on s’approche des capillaires. Les capillaires constituent, ainsi que nous l’avons dit, la partie la plus spacieuse de la carrière sanguine : enfin, la capacité du sys-

tème veineux va sans cesse en diminuant, à. mesure qu’on s’approche du cœur L En somme, et d’une manière générale, on peut dire que la capacité du système circulatoire va sans cesse en augmentant dans les artères, à partir du cœur vers les organes, et sans cesse en diminuant dans les veines, à partir des organes vers le cœur; donc on peut dire, d’une manière générale aussi, que le sang, animé d’une certaine vitesse à sa sortie du cœur, perd sans cesse de sa vitesse jusqu’aux capillaires, et qu’il gagne sans cesse en vitesse à partir des capillaires jusqu’au cœur. Lorsqu’on demande quelle est la vitesse du sang dans le système circulatoire, il faut donc distinguer s’il s’agit de la vitesse moyenne du sang dans le système circulatoire envisagé dans son entier, ou s’il s’agit de la vitesse du sang dans un département quelconque du système. C’est pour n’avoir pas tenu compte de cette distinction, que les évaluations les plus diverses et les plus contradictoires ont été souvent proposées.

Pour déterminer la vitesse du cours du sang par expérience, M. Volkmann a imaginé un instrument, auquel il a donné le nom d 'hémodromometre (de otï^a, sang, 8pop.oç, cours). Cet instrument (Voy. fig. 59) consiste en un tube de verre recourbé, fixé sur une boîte en cuivre. Quand on veut faire une expérience, on commence par remplir d’eau le tube de verre bc. Les robinets e, f sont tournés de telle façon qu’ils interceptent toute communication entre le tube de verre bc et les orifices a et d (Voy. fig. 60). On fait alors la section du vaisseau sur lequel doit porter l’expérience, on lie sur la canule g (Voy. fig. 59) un des bouts du vaisseau, et sur la canule h l’autre bout du vaisseau. Après quoi, on entre à frottement les canules g et h sur les pièces a et d. Quand cela est fait, les aides qui comprimaient le vaisseau au-dessus et au-dessous de la section cessent leur compression, et le sang passe au travers de l’appareil. Comme les robinets e, f sont fermés (fig. 60), le sang ne peut pas s’introduire dans le tube bc , et il continue son trajet directement de a en d. Alors l’opérateur tourne brusquement le robinet f (qui entraîne avec lui le robinet e), la communication directe de a en d se trouve fermée (Voy. fig. 61), et le sang, pour passer de a en d , est obligé de parcourir le tube de verre bc de l’hémodromomètre (lig. 59). Le temps qu’emploie le sang à parcourir la longueur du tube de verre bc représente le temps qu’il aurait mis à parcourir une étendue correspondante du vaisseau en expérience l 2.

M. Volkmann et M. Lenz ont principalement étudié la vitesse du cours du sang dans l’artère carotide. Les expériences de M. Volkmann ont été faites sur

1 La mécanique nous apprend encore que les diverses molécules d’une même tranche liquide ne se meuvent pas avec des vitesses égales ; celles qui avoisinent les parois marchent moins vite que celles qui occupent l’axe du vaisseau : cela est surtout applicable à la circulation des capillaires.

2 L’expérience dont nous parlons demande certaines précautions. Le temps employé par le sang pour franchir le tube étant très-court (ce tube ne peut avoir qu’une petite longueur, pour ne pas modifier sensiblement la circulation), il faut recourir à des mesures chronométriques qui exigent une certaine habitude. En outre, comme c’est la couleur du sang qui sert à évaluer la rapidité de l’ondée sanguine d’un point à un autre, et comme le tube que cette ondée doit traverser est rempli d’eau, il se fait à la limite de séparation des deux liquides un mélange qui rend cette limite moins tranchée. Cependant la différence de densité des deux liquides, et surtout la rapidité de l’expérience, atténuent cette dernière difficulté, et il n’en résulte que des erreurs de peu d’importance. Enfin, pour que la vitesse du sang dans l’instrument représente la vitesse du sang dans le vaisseau en expérience, il faut encore que le calibre du tube bc soit exactement le même que celui du vaisseau en expérience, ou, s’il n’est pas le même, il faut, tenant compte des différences de diamètre, ramener par le calcul la vitesse observée dans l’appareil à la vitesse qui lui correspondrait dans le vaisseau.

le chien, la chèvre, le mouton, le cheval, le veau ; celles de M. Lenz ont porté sur le veau. Sur le chien, la vitesse moyenne a été de 29 centimètres par seconde; sur la chèvre, de 29 centimètres; sur le mouton, de 28; sur le cheval, de 22 (Volkmann) ; sur le veau, de 20 centimètres (Lenz). On peut donc établir en moyenne que la vitesse du cours du sang vers l’origine du système artériel est de 1/4 de mètre par seconde, et qu’elle est à peu près la même dans tous les grands mammifères.

a, orifice d'entrée.

b, branche ascendante du tube de l’iiéniodromomètre.

c, branche descendante.

d, orifice de sortie.

e, robinet permettant ou empêchant l'entrée du sang

dans la branche ascendante b.

f , robinet lié au robinet e par une roue dentée placée

derrière la figure.

g, h, canules pouvant entrer à frottement sur les

pièces a et d.

Fig. 60.

Coupe représentant les robinets e,f fermés. Dans cette position des robinets, le cours du liquide a lieu de a en d.

Fig. 61.

Coupe représentant les robinets e,f ouverts. Dans cette position des robinets, le cours du liquide a lieu suivant a,b,c,d.

M. Volkmann, à l’aide de son instrument, a trouvé, ainsi qu’on devait s’y attendre, que la vitesse du cours du sang diminue, dans le système artériel, à mesure qu’on s’éloigne du cœur, c’est-à-dire à mesure que la capacité du système augmente. Ainsi, la vitesse était de 22 centimètres par seconde dans la carotide du cheval, et seulement de 16 centimètres dans l’artère faciale. MM. Bidder et Lenz ont constaté, sur le chien, que la vitesse du cours du sang dans l’artère carotide est double de ce qu’elle est dans l’artère crurale.

M. Vierordt a imaginé de on côté, pour mesurer la vitesse du sang, un instru-

Béclard, 7e édition. 19

ment basé sur le principe du pendule hydromélrique. Son instrument, auquel il donne le nom de hèmotachom'etre (aîfxa, sang, tk^oç, vitesse), consiste en une petite caisse à parois de verre, qui porte à ses deux extrémités des orifices en forme de canules destinés à être adaptés aux deux bouts du vaisseau divisé. Cette petite caisse, traversée parle courant sanguin, renferme un petit pendule qui peut être dévié de la verticale par l’ondée liquide, et suivant la vitesse avec laquelle elle se meut. L’extrémité opposée du pendule met en mouvement une aiguille qui se meut sur un cercle gradué et qui indique, à chaque moment de l’expérience, le degré de déviation du pendule l. L’hémotachomètre est gradué

par avance à l’aide de liquides dont la densité et les qualités physiques sont analogues à celles du sang, et qu’on fait arriver dans l’appareil avec des vitesses connues.

M. Yierordt est arrivé, en ce qui concerne la vitesse du cours du sang dans les artères, à des résultats analogues à ceux de M. Yolkmann : cette vitesse moyenne est estimée par lui à 26 centimètres par seconde.

L’hémodromomètre de M. Chauveau est basé sur le même principe que celui de M. Yierordt. Il est représenté figure 62. On peut prolonger la partie libre de l’aiguille en un levier long et léger, qui trace ses mouvements sur un cylindre enregistreur (flg. 62).

M. Lortet a publié une série de recherches sur la vitesse du cours du sang chez le cheval à l’aide d’un hémodromomètre analogue à celui de M. Chauveau. L’instrument, lié à un

3, représente la fenetre du tube par laquelle l'aiguille appareil enregistreur, a été désigné

plonge dans le sang. 1 x . 1 °

4, représente cette fenêtre fermée par un manchon de pour Cette raison par l’auteur SOUS le

caoutchouc. Ce manchon est traversé par l'aiguille nom hémodromOm'fin/lP 2 plate et mince qui fait office de pendule. U Ue urnog? apftt .

M. Marey a plus récemment imaginé, pour mesurer la vitesse du sang, un hémodromographe d’une grande sensibilité. Cet instrument est basé sur le principe des tubes de Pitot. Deux tubes coudés étant placés dans un liquide en mouvement, de telle sorte que l’un présente l’ouverture de sa branche horizontale contre le courant, et l’autre dans le sens même du courant, le liquide s’élève toujours plus haut dans la branche ver-

1 On peut aussi annexer à l'appareil un cylindre enregistreur. Dans ce cas, le pendule met en mouvement un pinceau ou un crayon au-devant duquel tourne d’un mouvement circulaire uniforme un cylindre entouré d’une bande de papier. L’hémotachomètre devient alors un hémotachographe.

2 Dans ses expériences M. Lortet a constaté directement l’induence de la respiration sur le cours du sang artériel, et par conséquent sur les contractions ventriculaires (Voyez plus haut). 11 y avait accélération de vitesse pendant l’expiration, et ralentissement pendant l’inspiration. Ces deux effets n influent pas sur la vitesse générale du sang artériel, attendu qu’ils se détruisent.

Hémodromomètre à aiguille (de Chauveau).

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