CHAPITRE III. CIRCULATION
celle du sang artériel. Chez l’homme, d’ailleurs, le vaisseau dans lequel on pratiquera l’injection devant toujours être une veine, le sang traversera forcément l’appareil respiratoire, c’est-à-dire le poumon; de sorte qu’avant d’être envoyé aux organes, il sera préalablement soumis à l’hématose.
Il faut se mettre en garde contre l' introduction de l'air dans le vaisseau veineux dans lequel se fait la transfusion. Mais l’introduction accidentelle de quelques bulles d’air, chassées dans la veine par les appareils à injection, ne constitue pas, comme on l’a cru longtemps, le véritable danger de la transfusion. Sans doute une grande quantité d’air pourrait être dangereuse, mais une petite proportion d’air est peu à redouter, surtout dans un vaisseau aussi éloigné du cœur et des centres nerveux qu’une veine du bras (Voyez plus haut). La difficulté, il faut le répéter, tient à peu près exclusivement à la fâcheuse rapidité de la coagulation du sang.
Lorsqu’on se propose de pratiquer la tranfusion du sang sur l’homme, on commence par placer la personne qui doit donner le sang dans le voisinage de celle qui doit le recevoir. On pratique alors une saignée à l’une des veines du bras de la personne saine, suivant la méthode ordinaire, et on reçoit ce liquide dans un appareil dont la canule a été par avance introduite dans le bout central d’une veine de l’un des membres du patient.
L’appareil doit remplir cette double condition ; d’une part, il faut qu’il soit échauffé à la température du sang (38° centig.) ; d’autre part, il faut que le sang qui passe de la personne saine à la personne transfusée lui arrive inaltéré, que par conséquent il ne fasse que traverser cet appareil, en sorte qu’il entre dans la veine du patient au fur et à mesure qu’il sort de la veine de celui qui le donne.
Beaucoup d’appareils, qui réalisent plus ou moins cette dernière indication, ont été construits ou proposés par MM. Aveling, Fryer, Howe, Morton, Albini, Postempsky, Mosler, Braune, Gesellius, Rauteinberg, Richardson, Leiter, Sehlies, Traube, Kiister, Casse, Sotteau, Moncoq, Mathieu, Marmonnier, Collin, Behier, etc.
L’appareil le plus généralement employé est celui qui a été proposé par M. Sotteau et successivement modifié par MM. Moncoq, Mathieu, Behier et Collin. Il consiste essentiellement en un large entonnoir métallique A, dans lequel on reçoit le sang qui coule de la veine ( Voyez fig. 63). Au-dessous est un ballon de caoutchouc en communication directe avec l’entonnoir. Le sang qui coule dans le corps de pompe en verre F, qui fait suite à ce ballon, emprisonne à la partie supérieure du cylindre une certaine quantité d’air.
Grâce à une soupape convenablement disposée (qui s’oppose au reflux du côté de l’entonnoir), la compression du ballon D augmente le ressort élastique de la petite masse d’air emprisonnée et chasse le liquide par le tube de caoutchouc H dans la veine du patient.
La canule K, préalablement introduite et maintenue dans la veine du transfusé, suivant la direction centripète, ne reçoit à frottement la canule effilée qui termine le tube H, que quand on a chassé l’air que contient la portion G et H du tube en remplissant de sang ces portions du tube par la compression préalable du ballon D.
Quand le cylindre de verre contient une quantité de sang suffisante, et que le tube H est en communication avec la canule K, l’opérateur exécute des
pressions modérées et alternatives sur le ballon D, de manière à se mettre, autant que possible, dans les conditions normales de la tension sanguine. Gomme l’entonnoir continue à recevoir le sang de la saignée pendant lout. leffemps que
dure l’opération , l’expérimentateur peut s’assurer que cette condition est remplie en maintenant le liquide, dans l’entonnoirÀ, à un niveau sensiblement constant. En procédant convenablement, il faut à peu près 2 ou 3 minutes pour faire passer 2S0 grammes de sang de la personne saine au patient. Mais on comprend que si l’opération dure ce temps, relativement assez long, chaque portion du sang ne reste que peu d’instant en dehors des vaisseaux, puisque ce liquide passe d’une manière successiveetcontinue dansl’appareil, et ne fait en réalité que le transverser.
M. Roussel (de Genève) a proposé un appareil un peu différent, qui se rapproche davantage du tube de Lower, et à l’aide duquel la transfusion serait plus immédiate encore. La saignée faite sur la personne qui fournit le sang est pratiquée par une ventouse dans laquelle on fait préalablement le vide. Ce vide est d’abord comblé avec de l’eau par un tube d’aspiration. C’est sous l’eau que le vaisseau est ouvert. L’appareil est disposé de telle sorte que le sang d’abord mélangé d’eau est versé au dehors par un tube de dérivation, quand le sang pur apparaît par le tube de sortie, on ferme un robinet et on en ouvre un autre qui dirige le sang dans la canule placée dans la veine du transfusé. L’appareil tout entier est en caoutchouc ; les canules et la ventouse sont en corne. Il y a d’ailleurs vers la partie
Appareil à transfusion.
A, entonnoir destiné à recevoir le sang de la saignée.
B, cylindre de verre.
F, règle graduée permettant d'apprécier la quantité de liquide chassée dans la direction GH (c’est-à-dire dans la veine du patient) par la compression du ballon D.
H, tube en caoutchouc terminé par une canule qui entre à frottement dans la canule K.
K; canule introduite dans le vaisseau veineux du patient.