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CHAPITRE III. CIRCULATION

logues à celles des muscles volontaires : c’est un muscle dans lequel des périodes très courtes de contraction et de repos alternent d’une manière continue et permanente.

Si nous comparons les conditions dans lesquelles se contractent le cœur d’une part, et les muscles des membres d’autre part, voici donc ce que nous remarquons : 1° le cœur, de môme que les muscles des membres, présente la propriété contractile commune à toutes les fibres charnues. La contractilité, propriété commune à tous les muscles, peut être mise en jeu par des excitants variés, elle se manifeste alors même que les muscles sont séparés du système nerveux, et elle persiste à un degré plus ou moins prononcé jusqu’à l’établissement de la rigidité cadavérique; cette contractilité paraît être inhérente à la fibre musculaire elle-même et constituer une véritable propriété de tissu (Voy. § 222). 2° Nous observons, d’une autre part, que, sur l’animal vivant, l 'excitant de la contraction musculaire des muscles volontaires est la volonté transmise par les nerfs, c’est-à-dire le système nerveux; il est, dès lors, au moins probable que les contractions rhythmiques du cœur, quoique soustraites à la volonté, sont néanmoins aussi sous l’empire du système nerveux. Ces contractions rhythmiques persistent, il est vrai, à s’exécuter spontanément pendant un certain temps dans le cœur séparé du corps de l’animal vivant; mais il ne faut pas perdre de vue que le cœur emporte avec lui, dans l’épaisseur de son tissu, des éléments nerveux dont l’action ne s’épuise que peu à peu.

Le cœur reçoit des filets nerveux de deux sources, du pneumo-gastrique et du grand sympathique. Le système ganglionnaire du grand sympathique tirant son origine multiple de toute l’étendue de la moelle épinière, il s’ensuit que l’action exercée sur les mouvements du cœur par ces deux nerfs procède de la moelle par le nerf grand sympathique, et du bulbe rachidien par le nerf pneumogastrique. De cette manière, l’influence nerveuse qui se fait sentir sur le cœur est puisée dans une grande étendue du système nerveux central, et elle peut persister encore dans des mutilations qui comprennent des segments plus ou moins considérables de la moelle. La plupart des muscles de la vie de relation, tels que les muscles des membres, reçoivent au contraire leurs nerfs d’un point spécial des centres et l’influence nerveuse se trouve suspendue, pour ces muscles, lorsque les conducteurs centraux sont divisés sur un point de leur trajet. Le cœur, relié par ses nerfs à presque toute l’étendue du système nerveux central, se trouve moins exposé aux causes de paralysie que les muscles de la vie animale.

Legallois, se basant sur des expériences devenues célèbres, a cru pouvoir localiser le principe de l’action du cœur dans la moelle épinière. 11 avait observé que la destruction d’une partie de la moelle affaiblit la circulation, et que l’affaiblissement est d’autant plus prononcé que la destruction comprend des segments plus considérables de la moelle épinière. Il avait cru remarquer, d’autre part, que la destruction de la totalité de la moelle, y compris le bulbe, est subitement mortelle. Mais on sait aujourd’hui que si les mouvements du cœur sont affaiblis par la destruction de la moelle et du bulbe, ils sont loin d’être suspendus lorsqu’on a le soin d’entretenir la respiration artificielle de l’animal, en un mot, quand on s’oppose à l’asphyxie mécanique qui est la conséquence de la destruction du bulbe (Voy. § 367). Les jeunes animaux peuvent ainsi vivre encore pendant des heures.

D’un autre côté, des expériences nombreuses ont appris que sur les animaux décapités , chez lesquels on entretient une respiration artificielle, le cœur continue de battre encore pendant deux heures au moins, quand ils sont très jeunes. Nous parions des animaux à sang chaud, et non des animaux à sang froid, lesquels résistent beaucoup plus longtemps encore à la décapitation. Enfin, on peut, à l’exemple de M. Flourens, enlever à de jeunes chiens à la fois l’encéphale, la moelle et la moelle allongée, et voir persister les contractions du cœur pendant une heure, quand on entretient une respiration artificielle b Ainsi donc, on ne peut pas dire que le cœur tire immédiatement et instantanément son principe d’action de la moelle allongée ou de l’encéphale.

Mais il serait inexact de conclure des expériences précédentes que le cœur est indépendant du système nerveux central, système qui tient partout sous sa dépendance les organes contractiles. Si la circulation persiste après les mutilations dont nous parlons, cette persistance, hâtons-nous de l’ajouter, n’est que temporaire, et la circulation ne tarde pas à s’affaiblir et à se suspendre.

Dans les expériences dont nous venons de parler, expériences qui ont consisté à enlever tout le système nerveux central, le grand sympathique n’a pas été atteint, et c’est en effet à ce système qu’il faut rattacher la persistance momentanée des mouvements rhythmés de l’organe central de la circulation.

Nous invoquerons tout d’abord les faits tératologiques, d’où il résulte que la circulation du sang peut s’effectuer de la manière ordinaire, avec absence complète de l’encéphale et de la moelle (Morgagni, Ruysch, Lallemand, etc.). Les fœtus amyélencéphales dont nous parlons n’auraient pu arriver à terme, ou presque à terme, si le cœur ne s’était pas contracté pour imprimer le mouvement au sang.

Il est donc constant que le cœur, séparé de ses communications avec la moelle et avec le bulbe, peut encore continuer à battre longtemps. Aussi Prochaska, et après lui M. Brachet (de Lyon), ont-ils cru pouvoir localiser dans les ganglions cervicaux et dans le ganglion extra-cardiaque placés près de la base du cœur (ganglions dépendant du système du grand sympathique), la force nerveuse qui entretiendrait les mouvements rhythmés du cœur. Mais il est aisé de voir que le cœur, séparé de ces divers ganglions, continue encore à battre spontanément. De nombreuses expériences, faites récemment sur ce point, montrent qu’il faut pénétrer plus profondément dans le cœur lui-même pour saisir les éléments nerveux qui président à ses mouvements.

Rappelons en peu de mots la distribution nerveuse dans le cœur. Les nerfs cardiaques , avons-nous dit, procèdent des nerfs pneumogastriques et du grand sympathique. Ceux qui viennent des nerfs pneumogastriques se détachent soit directement du tronc de ces nerfs, à la région cervicale et à la région pectorale, soit indirectement des nerfs laryngés inférieurs ou récurrents ; ceux qui viennent du grand sympathique se détachent des ganglions cervicaux supérieurs, moyens et inférieurs. Ainsi constitués, les nerfs cardiaques forment un plexus ( plexus cardiaque) placé dans la concavité de la crosse de l’aorte en avant de la bifurcation de la trachée. Ce plexus, qui présente à son centre un ganglion rougeâtre de la grosseur d’une petite lentille, envoie des filets au

i MM. Wilson Philip, Nasse, Wedemeyer, avaient déjà, même avant M. Flourens, enlevé aux grenouilles tout l’axe nerveux cérébro-spinal et constaté que le cœur continuait longtemps encore à battre spontanément.

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