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CHAPITRE IV. RESPIRATION

chaque mouvement d’inspiration, on voit, au travers de la plèvre transparente, le poumon descendre le long de la paroi pectorale. Le poumon suit, en effet, les mouvements du diaphragme qui s’abaisse; et, en second lieu, son mouvement de descente paraît plus considérable qu’il ne l’est en réalité, parce que les côtes, en se soulevant, se meuvent sur lui. Au moment de l’expiration, le poumon, qui reprend sa place, exécute un mouvement en sens contraire : il remonte le long de la paroi thoracique. Dans les expériences dont nous parlons, on constate également que le poumon est intérieurement appliqué contre la plèvre pariétale, et qu’il remplit complètement la cavité pectorale. Le mouvement de glissement du poumon, proportionné à l’étendue du mouvement d’inspiration, favorisé dans l’état normal par le poli des surfaces et la sérosité qui les humecte, s’accomplit sans bruit. Lorsque, à la suite des pleurésies, il s’est formé des brides, de fausses membranes ou des produits solides à la surface ou dans l’épaisseur de la séreuse, ce glissement se traduit souvent, à l’oreille appliquée sur la poitrine, par des bruits de frottement plus ou moins distincts.

Sur des chiens dont on a dénudé complètement les espaces intercostaux, en conservant la plèvre pariétale, on constate que dans les inspirations ordinaires le poumon ne descend pas au-dessous de la septième côte. Lorsque l’animal fait une respiration exagérée, le poumon peut descendre jusqu’à la dixième. Ce qui prouve encore que les excursions du diaphragme, c’est-à-dire l’agrandissement du diamètre vertical (antéro-postérieur chez les animaux) de la poitrine peut varier dans des limites étendues l.

Béance des voies parcourues par l’air. — Au moment de l’inspiration, l’air remplit, à mesure qu’il se produit, le vide virtuel déterminé par la dilatation de la poitrine. L’air qui s’introduit dans le poumon entre par les fosses nasales et par la bouche, ou par les fosses nasales seules, traverse le pharynx, le larynx, la trachée, et s’engage ainsi jusqu’aux extrémités les plus reculées des bronches, en vertu de la pression atmosphérique. Si les conduits qui donnent passage à l’air atmosphérique n’étaient pas maintenus béants, soit par la rigidité des parois, soit par l’adhérence à des parties rigides ; si leurs parois, en un mot, étaient purement membraneuses et libres, ces parois tendraient, en vertu de la pression exercée contre elles, à se déprimer et à opposer à l’entrée de l’air un obstacle mesuré par cette pression elle-même.

La béance continuelle des conduits respiratoires est évidente dans les bronches, dans la trachée, dans le larynx, où elle est maintenue par des cerceaux cartilagineux de formes diverses, qui entrent dans la constitution des parois ; elle est évidente aussi à l’entrée des fosses nasales, dont les ailes mobiles sont doublées de cartilages. Dans l’intérieur des fosses nasales, le conduit est formé par des parois osseuses. La béance n’est pas moins évidente dans le pharynx,

1 On peut répéter ces expériences sur le cadavre de l'homme, ainsi que l’a fait M. Donders. On dénude les espaces intercostaux, en ayant soin de ne point léser la plèvre pariétale, et on remplace la contraction du diaphragme par l’insufflation trachéale. On voit ainsi, au travers de la plèvre, que le poumon descend quand on l’insuffle, en refoulant par en bas le diaphragme; on constate que la descente peut atteindre le niveau de la dixième côte, quand l’insufflation est trèsénergique.

conduit commun aux organes de la digestion et à ceux de la respiration. Ce conduit, suspendu en quelque sorte à l’apophyse basilaire, est maintenu ouvert par des plans aponévrotiques résistants ; il ne revient activement sur lui-même qu’au moment de la déglutition, et les mouvements rapides, et pour ainsi dire convulsifs de la déglutition, ne suspendent le passage de l’air que pendant un temps très-court.

Les ailes du nez, qui sont mobiles, se dilatent activement au moment de l’inspiration, sous l’influence de leurs muscles dilatateurs (élévateurs de l’aile du nez et myrtiformes). Leurs mouvements de dilatation sont surtout marqués dans les inspirations énergiques et rapides. Alors, en effet, l’air extérieur pressant brusquement contre elles, à cause de la tendance au vide qui a lieu dans les poumons, la pression extérieure les déprimerait contre la cloison, si les muscles dilatateurs ne luttaient pour en maintenir l’écartement.

La dilatation active des narines est si intimement associée avec les mouvements de l’inspiration, qu’elle se manifeste encore, alors même qu’elle est devenue inutile. On remarque, en effet, sur les animaux auxquels on a coupé la trachée en travers, et chez lesquels les fosses nasales ne font plus partie des voies que doit traverser l’air, on remarque, dis-je, une dilatation concomitante des naseaux à chaque mouvement d’inspiration. On a signalé le même fait chez des hommes qui s’étaient coupé la gorge (c’est-à-dire la trachée). Il suffit, d’ailleurs, de se placer devant une glace et de faire une profonde inspiration, la bouche largement ouverte, pour constater que les ailes du nez s’écartent activement, bien que, dans ces conditions, les fosses nasales ne donnent point passage à l’air inspiré.

Ce qui a lieu à l’orifice extérieur des fosses nasales se reproduit également aux lèvres de la glotte. L’air qui s’introduit de haut en bas dans le larynx, au moment de l’inspiration, aurait de la tendance à déprimer les lèvres de la glotte et à fermer ainsi le passage de l’air, si cette ouverture n’était pas maintenue dilatée en ce moment, d’une manière active, par les muscles dilatateurs. 11 suit de là que la paralysie de ces muscles entraîne souvent l’asphyxie; c’est ce qn’on observe fréquemment sur les animaux en expérience auxquels on coupe les nerfs pneumogastriques l. Le cornage des chevaux est déterminé par la dilatation incomplète des lèvres de la glotte au moment de l’inspiration. La cause doit en être recherchée, soit dans une altération des muscles dilatateurs de la glotte, soit dans une altération des nerfs laryngiens qui les animent.

§ 121 bis.

Actes préparatoires à l’absorption de l’air. — Les éléments gazeux qui constituent par leur mélange l’air atmosphérique sont directement absorbables par le poumon, et n’ont point à subir de véritable préparation à la manière des aliments. Toutefois, dans l’espèce humaine, et dans les espèces animales qui respirent par des poumons, l’air, lorsqu’il arrive aux extrémités des bronches dans les cellules pulmonaires, a été modifié dans ses propriétés physi-

1 C’est pour cette raison que, sur les animaux auxquels on pratique la section des pneumogastriques et qu’on veut conserver vivants, on a soin de pratiquer en même temps une ouverture à la trachée, au-dessous du larynx, pour assurer le maintien des phénomènes mécaniques de la respiration.

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