M/COL £ T
Fig. 3.
Muscles abaisseurs de la mâchoire inférieure. , mâchoire inférieure. f, thyro-hvoïdien.
, faisceau antérieur du y, sterno-thyroïdien.
digastrique.
, génio-hyoïdien.
. mylo-hyoïdien.
A, hi/o-y fosse, j, scalènes.
au corps de l’os hyoïde, et de l’autre à la ligne mylo-hyoïdienne du maxillaire inférieur.
Dansles mouvements d'abaissementpeu prononcés de la mâchoire, l’os hyoïde, sur lequel les muscles abaisseurs de la mâchoire prennent leur point fixe, est simplement fixé par les muscles sous-hyoïdiens. Quand l’abaissement est porté très-loin, l’os hyoïde est attiré en bas d’une manière très-manifeste par le raccourcissement des muscles sous-hyoïdiens, c’est-à-dire du sterno-hyoïdien, du stemo-thyroïdien. et de Yomoplato hyoïdien.
Le muscle ptérygoïdien externe (Voy. fig. 6 et 7, page 48) agit aussi dans les mouvements d’abaissement de la mâchoire inférieure, ainsi que nous l’avons dit, en tirant en avant le condylc articulaire et le cartilage interarticulaire.
Quant aux puissances qui agissent sur la tête pour la faire fléchir légèrement en arrière sur le cou, en même temps que la mâchoire inférieure s’abaisse, il est probable que ce léger mouvement n’est pas produit par les muscles de la région postérieure du cou, tels que le splénius, les complexus, les grands et petits droits postérieurs de la tète. Ce mouvement est produit très-vraisemblablement par le ventre postérieur 1 du muscle digastrique, qui prend en ce moment son point fixe, comme les muscles abaisseurs de la mâchoire inférieure, sur l’os hyoïde. On objectera que le muscle digastrique est un muscle bien faible, en comparaison des muscles extenseurs de la tète ; on dira aussi qu'il s’insère à peine à 1 centimètre en arrière de la ligne qui passe par le centre des condyles de l’occipital, ou, en d’autres termes, que le bras de levier par lequel il peut agir sur la tête pour la mouvoir dans l’articulation oceipito-atloïdienne est trèscourt. Mais cette objection perd beaucoup de sa valeur, quand on réfléchit que la tête est sensiblement en équilibre sur la colonne vertébrale, et qu’il suffit d’une force même très-faible pour la fléchir en avant ou en arrière.
Le ventre antérieur du muscle digastrique est, par excellence, le muscle abaisseur de la mâchoire inférieure ; il est placé le plus favorablement à cet effet, c’est-à-dire le plus loin du centre du mouvement; il agit presque seul dans les mouvements peu prononcés d’abaissement, comme le sont la plupart des mouvements de la mastication. 11 est permis de penser que l’autre partie du muscle, c’est-à-dire son ventre postérieur, conspire également au même but, c’est-à-dire à l’ouverture de la bouche. C’est en effet dans les mouvements modérés de la mastication que le mouvement de la tète en arrière est le plus prononcé.
Les muscles élévateurs de la mâchoire sont beaucoup p us puissants que les abaisseurs. Les abaisseurs n’ont qu’une faillie résistance à vaincre pour entraîner par en bas la mâchoire, qui, abandonnée à son propre poids, a une tendance naturelle à s’écarter de la mâchoire supérieure. Les élévateurs, au contraire, doivent non-seulement élever la mâchoire, mais encore l’appliquer avec force contre la mâchoire supérieure, et vaincre des résistances souvent considérables. Les muscles élévateurs de la mâchoire inférieure sont : le masséter, le temporal , le ptérygoïdien interne.
Le masséter (Voy. fig. 4) s’insère en haut au bord inférieur et à la face interne de l’apophyse zygomatique, ainsi qu’au bord inférieur de l’os de la pommette, et en bas à la face externe du maxillaire inférieur, depuis l’angle jusqu’à lapar-
' Le ventre postérieur du muscle digastrique s'insère d’une part à l’os hyoïde, et de l’autre dans la rainure digastrique de l’apophyse mastoïde.
CHAI*. 1. DIGESTION
tic* moyenne de la branche horizontale de cet os. — Le temporal (Yoy. iig. 5) s’insère en haut dans tonte l’étendue de la fosse temporale et en bas à l’apophyse coronoïde du maxillaire inférieur. — Le ptérygoïdien interne (Yoy. tig. 6
Fig. 4.
Muscles de la face et de la tète.
fl, orbiculaire des paupières.
b, orbiculaire des lèvres.
c , grand zygomatique.
( 1, élévateur commun de l’aile du nez et de la lèvre supérieure.
/’, peaucier.
g, masséter.
//, buccinateur.
;, sterno-cléido-mastoïdien.
le, splénius et angulaire de l’omoplate.
l. trapèze.
m, frontal, w, occipital.
o, auriculaire supérieur.
p, auriculaire postérieur.
Fig
Muscles profonds de la
«, temporal.
b, sirrcilier.
c, élévateur commun de l’aile du nez et de la lèvre supérieure.
d, triangulaire du nez.
/’, élévateur propre de la lèvre supérieure.
g, canin.
h, orbiculaire des lèvres.
j, buccinateur.
le, carré du menton.
face et muscles du cou.
/, mylo-hyoïdien.
7/1, hyo-giosse.
ii, digastrique.
o, sterno-cleido-mastoïdien.
p, groupe musculaire : splénius, angulaire, complexus et scalènes.
q, trapeze.
r, thvro-hyoïdien.
s, faisceau hyoïdien de boni opl a to- h yoï dieu.
t, sterno-hypïdien.
et 7, page 48) s’insère en haut dans la fosse ptérygoïde, et en bas à la face interne du maxillaire inférieur, dans le voisinage de l’angle de cet os.
Dans les efforts de la mastication, ces muscles, ainsi qu’il est facile de le voir, agissent la plupart du temps assez loin de la résistance qu’ils doivent vaincre. Lorsque des corps résistants sont placés entre les incisives, par exemple, le bras de levier de la résistance est représenté par la distance qui séparerait deux verticales menées l’une par les incisives, l’autre par le point cl’appui l, c’est-à-dire par l’articulation temporo-maxillaire. Ce bras de levier a une assez grande longueur. Le bras de levier de la puissance, compris entre le point d’application de la force (insertion des muscles élévateurs sur l’os maxillaire inférieur) et 1 c point d’ appui, ne mesure que la distance qui séparerait deux verticales dont l’une passerait à 2 centimètres environ en avant de l’angle de la mâchoire inférieure, et l’autre
1 Nous venons de dire que le centre des mouvements de la mâchoire inférieure était reporté autour d’un axe fictif qui traverserait vers leur partie moyenne les portions montantes de l'os maxillaire inférieur. Mais le point d’appui du levier, représenté par l’os maxillaire inférieur, n’en est pas moins toujours au point où le condylc s’appuie sur la surface résistante de l’os temporal ; seulement, la position du point d’appui est à chaque instant variable , à cause du mouvement en avant des condyles.
parl’articulation temporo-maxillaire. Le bras de la puissance est par conséquent moins grand que celui de la résistance. C’est là une disposition assez défavorable sous le rapport mécanique. La puissance considérable des muscles élévateurs de la mâchoire inférieure en atténue les effets. Lorsque nous voulons briser entre nos dents des corps solides, nous les introduisons aussi loin que possible entre les dents molaires, afin de diminuer le bras de la résistance et d’augmenter ainsi les effets de la force.
Les muscles éléva teurs de la mâchoire inférieure, le temporal, le masséter et le ptérygoïdien interne, sont des muscles épais, qui, eu égard à leur longueur,
Fig. 0. Fig. 7.
Coupe antéro-postérieure de la tète, pour montrer les «. muscles ptérygoïcliens internes. Celui de droite est muscles ptérygoïdiens. coupé, on a conservé ki portion supérieure du muscle
a, ptérygoïdien interne. qui s’insère dans la fosse ptérygoïde, et la portion in-
b, ptérygoïdien externe. • férieure qui s’insère à l’angle interne de la mâchoire
pj<r « inférieure.
„ . . . . . b. muscles ptérvgoïdiens externes. On voit celui de
Coupe transversale de la tete (vue par derrière) pour droite dans toute sou étendue, montrer les muscles pterygoidiens.
comprennent un grand nombre de libres charnues L Leur contraction est assez énergique pour que nous puissions, à l’aide des mâchoires serrées les unes contre les autres, soulever des corps pesants, et briser des substances extrêmement résistantes. Certains hommes présentent parfois, sous ce rapport, une puissance extraordinaire.
Indépendamment des mouvements d’élévation et des mouvements d’abaissement, la mâchoire inférieure exécute encore des mouvements latéraux , des mouvements d 'arrière en avant et d'avant en arrière.
Les mouvements latéraux de la mâchoire inférieure, chez l’homme, sont assez bornés. Le maxillaire inférieur n’est pas, comme chez quelques animaux herbivores, porté tout d’une pièce à droite et à gauche. L’articulation temporomaxillaire de l’homme ne permet pas au condyle d’un côté de se porter en dedans, tandis que le condyle du côté opposé se porterait en dehors. La forme de la cavité glénoïde s’oppose à ce mode de déplacement. Voici comment ce mouvement s’exécute. Lorsque l’arcade dentaire inférieure se porte d’un côté, le condyle du côté opposé est tiré en avant par la contraction de son muscle ptérygoïdien externe. Le condyle du côté où se porte la mâchoire est à peu près
1 La force des muscles est subordonnée à leur volume, c'cst-à-dire au nombre de leurs fibres, chacune d’elles ayant sa force propre, qui est. une partie de la force totale.
CHAP. I. DIGESTION
immobile dans sa cavité articulaire. Dans ce mouvement de latéralité de la mâchoire, l’os maxillaire inférieur décrit par conséquent un arc de cercle autour de l’un des condyles, comme centre. Ajoutons que le condyle autour duquel s’opère le mouvement de révolution est très-légèrement porté en dehors. Les muscles ptérygoïdiens externes sont les agents par excellence des mouvements de latéralité, et ils agissent alternativement dans les mouvements à droite et à gauche L Le muscle ptérygoïdien interne, vu la direction oblique de ses fibres (Voy. fig. 6 et 7), agit aussi, mais plus faiblement, dans le mouvement de latéralité, en se contractant du même côté que le ptérygoïdien externe.
Dans le mouvement en avant de la mâchoire inférieure, l’arcade dentaire inférieure, placée normalement un peu en arrière de la supérieure, se met de niveau avec elle, ou peut même la dépasser en avant. La contraction simultanée des deux muscles ptérygoïdiens externes détermine ce mouvement. La contraction simultanée des deux ptérygoïdiens internes y contribue également. La mâchoire, préalablement portée en avant, est replacée dans sa position naturelle, et par conséquent ramenée en arrière par la cessation d’action des puissances musculaires qui l’avaient portée en avant, et aussi par les fibres postérieures des muscles temporaux et par la couche profonde des muscles masséters.
Les divers mouvements de la mâchoire, déterminés par le jeu des muscles, sont subordonnés, par l’intermédiaire des agents musculaires, à l’influence des nerfs. Les muscles temporaux, les masséters, les ptérygoïdiens internes et externes, le muscle digastrique (le ventre antérieur), le muscle mylo-hyoïdien, sopt animés par le nerf maxillaire inférieur. Les recherches anatomiques et les vivisections ont prouvé que la partie du nerf maxillaire inférieur qui va se répandre dans les muscles correspond à la racine non ganglionnaire, ou racine motrice du nerf de la cinquième paire ou trijumeau ; c’est pour cette raison que la racine non ganglionnaire du nerf de la cinquième paire, ainsi que la portion correspondante du nerf maxillaire inférieur qui se rend aux muscles, est quelquefois désignée sous le nom de nerf masticateur .
Le muscle génio-liyoïdien reçoit ses filets nerveux du nerf hypoglosse qui est aussi un nerf de mouvement. C’est aussi un nerf de mouvement, le nerf de la septième paire ou nerf facial, qui anime le ventre postérieur du muscle digastrique. Enfin, les muscles sous-hyoïdiens reçoivent leurs rameaux nerveux du plexus cervical.
Rôle des joues, des lèvres et de la langue. — Les muscles des lèvres et des
joues , qui comprennent une grande partie des muscles de la face, agissent en même temps que les mâchoires dans les divers mouvements de la mastication, et replacent sans cesse sous les arcades dentaires les parcelles alimentaires que la pression des dents fait déborder dans la gouttière demi-circulaire qu’elles circonscrivent. Les lèvres agissent aussi, nous l’avons vu, dans les divers modes de préhension des aliments solides et liquides. Les lèvres sont pourvues à cet effet d’un muscle orbiculaire destiné à fermer l’ouverture de la bouche, et de
1 Le muscle ptérygoïdien externe (fig. 6 et 7) s’insère d’une part sur la face externe de l’aile externe de l’apophyse ptérygoïde et sur la partie inférieure de la face latérale du sphénoïde, et d’autre part à la partie antérieure du col du condyle du maxillaire inférieur et au libro-cartilage interarticulaire de l’articulation temporo-maxillaire.
BÉci.Anp, 7' édition. 4
muscles insérés comme des rayons sur les divers points de la circonférence de l’ouverture buccale, et qui agrandissent cette ouverture. Ces divers muscles, en agissant simultanément, ou tour à tour, peuvent aussi donner à l’ouverture de la bouche les formes les plus variées.
La langue , qui sert à l’articulation des sons, à la préhension des aliments et aux actes mécaniques de la déglutition, ne reste pas inactive dans les mouvements de la mastication : elle en est en quelque sorte le régulateur. C’est elle qui place les aliments sous les arcades dentaires, qui va les chercher dans les diverses parties de la bouche et les ramène à chaque instant sous les mâchoires ; c’est elle qui rassemble les parcelles alimentaires éparses en une petite masse disposée à la déglutition. Elle écrase aussi contre la voûte palatine les substances d’une faible consistance, préalablement ramollies par la salive.
Les mouvements de la langue sont des plus variés, et en rapport avec les muscles nombreux qui entrent dans sa composition. Indépendamment des muscles gémo-glosses, hyo-glosses et slylo-glosses , qui ont des points d’insertion fixes aux os et qui forment une grande partie de ses fibres longitudinales et transversales, la langue a encore des fibres propres dirigées longitudinalement, transversalement et obliquement, qui prennent leur point d’insertion fixe soit au derme muqueux, soit au plan fibro-cartilagineux médian, placé perpendiculai • rement dans la partie centrale de la langue. A l’aide de ces muscles diversement dirigés, et qui parcourent toute l’étendue de la langue ou seulement des fractions de la langue, celle-ci peut être portée en avant, en arrière, en haut, en bas, sur les côtés; elle peut éprouver, dans les diamètres verticaux, longitudinaux, horizontaux, des changements considérables, soit de totalité, soit partiels. La langue, liée à l’os hyoïde par le muscle hyo-glosse, peut aussi être entraînée dans sa totalité, et d’une petite quantité, par les mouvements de cet os.
Les mouvements des muscles des lèvres et des joues sont sous la dépendance du nerf de la septième paire, ou nerf facial, par l’intermédiaire des rameaux sous-orbilaires, buccaux et mentonniers. La membrane muqueuse qui tapisse la face interne des lèvres et des joues reçoit ses filets sensitifs de la cinquième paire de nerfs, ou trijumeaux, par l’intermédiaire de la branche maxillaire supérieure (lèvre supérieure) et de la branche maxillaire inférieure (joues et lèvre inférieure). La paralysie du mouvement des lèvres et des joues n’entrave pas d’une manière absolue la mastication, mais elle la rend plus difficile. La paralysie du sentiment, ou l’abolition de la sensibilité de ces mêmes parties, entraîne des effets analogues. L’aliment n’étant plus senti par les joues, celles-ci remplissent mal leurs fonctions et se présentent parfois sous les dents, quand celles-ci s’appliquent les unes contre les autres.
Les mouvements de la langue sont sous l’influence du nerf hypoglosse, lequel épuise ses filets nerveux dans les fibres musculaires de cet organe. La section de ce nerf entraîne la perte des mouvements de la langue. La sensibilité de la langue, en rapport, dans sa portion libre, avec le nerf lingual, branche de la cinquième paire, joue aussi son rôle dans la mastication. La langue, qui va chercher dans toutes les parties de la bouche les parcelles alimentaires pour les placer sous les surfaces triturantes des dents, doit sentir ces parcelles pour les diriger convenablement et assurer ainsi l’accomplissement régulier de la fonction. Sa sensibilité la préserve également contre la rencontre des arcades dentaires.
CHAP. I. DIGESTION
Déglutition. — Les aliments, divisés par les dents et humectés parla salive, passent delà bouche dans le pharynx, du pharynx dans l’œsophage et de l’œsophage dans l’estomac. C’est à la succession des actes musculaires qui ont pour but le transport de l'aliment de la bouche dans l’estomac qu’on donne le nom de déglutition.
La déglutition peut s’exercer sur les solides et sur les liquides. Les aliments solides sont d’ailleurs, la plupart du temps, réduits en une pâte demi-liquide, susceptible de se mouler sur le canal à parcourir. Par les mouvements de déglutition, on peut encore faire parvenir de petites quantités d’air dans l’œsophage et jusque dans l’estomac. La salive, mélangée aux aliments et avalée avec eux, l’eau et les boissons diverses dont nous faisons usage, et la plupart des aliments, contiennent aussi de petites proportions d’air ou d’autres gaz.
Les divers mouvements en vertu desquels l’aliment est avalé s’enchaînent et se succèdent avec une grande rapidité. Afin de les mieux saisir, il n’est pas inutile d’introduire dans leur étude quelques divisions artificielles. Dans un premier temps, l’aliment parcourt la cavité de la bouche et s’avance jusqu’à ses limites postérieures, c’est-à-dire jusqu’à l’isthme du gosier, borné en bas par la base de la langue, et sur les côtés par les piliers antérieurs du voile du palais. Dans un second temps, l’aliment, à sa sortie de la bouche, parcourt le pharynx, qui s’avance au-devant de lui pour le recevoir. Dans un troisième temps, l’aliment parcourt l'œsophage jusqu’à l’estomac.
Le premier temps de la déglutition est seul soumis à l’influence de la volonté. Les deux autres temps sont involontaires, et le bol alimentaire chemine sous ce rapport dans le pharynx et dans l’œsophage, comme il chemine dans toutes les parties du tube digestif. L’aliment, une fois parvenu à l’isthme du gosier, est saisi par le pharynx par une sorte de mouvement convulsif ou spasmodique, et l'aliment traverse celte cavité presque instantanément. 11 résulte de cette instantanéité que le conduit toujours béant du pharynx (conduit commun à l’appareil de la digestion et à l’appareil respiratoire) se trouve libre entre chaque effort de déglutition et peut livrer passage à l’air inspiré. Dans l’œsophage, le mouvement de l’aliment, involontaire aussi, est beaucoup plus lent que dans le pharynx.
Premier temps. — L’aliment, divisé par les dents et insalivé, est ramené des divers points de la cavité de la bouche, à l’aide de la langue, des lèvres et des joues, sur la face dorsale de la langue. Alors la bouche se ferme, et la langue s’applique successivement de sa pointe vers sa base sur la voûte palatine, contre laquelle elle presse le bol alimentaire. Pour employer une expression vulgaire, la langue fait gros dos d’avant en arrière, et le bol alimentaire se trouve ainsi chassé de proche en proche jusqu’à l’isthme du gosier.
Pour que le premier temps de la déglutition s’accomplisse régulièrement, il faut nécessairement que la langue, qui en est l’organe essentiel, ne soit pas paralysée. Il faut aussi qu’elle existe, car on a vu l’absence congénitale de la langue. Dans ces divers cas, il devient souvent nécessaire de pousser le bol alimentaire avec le doigt jusqu’à l’isthme du gosier, où les mouvements involontaires du pharynx s’en emparent. Il faut aussi que la voûte palatine, contre laquelle presse la langue, ne présente point de solution de continuité, car alors les
aliments passeraient dans les fosses nasales. Lorsqu’il existe une perforation de la voûte palatine, on remédie à ce grave inconvénient par l’application d’un obturateur.
Dans le premier temps de la déglutition, l’aliment est donc pressé entre la face dorsale de la langue et la voûte palatine. Mais la voûte palatine n’est osseuse que dans la partie antérieure de la bouche ; elle est membraneuse en arrière et constituée par le voile du palais ; or, cette portion membraneuse de la voûte palatine ne peut offrir à la langue, qui s’applique contre elle, une résistance suffisante qu’à la condition d'être tendue par les muscles périsiaphylins externes, et en même temps tirée par en bas par la contraction des muscles placés dans l’épaisseur des piliers antérieurs du voile du palais, ou glosso-staphylins. Les muscles glosso-staphylins se réunissent supérieurement sur le voile du palais, en se fixant sur la membrane fibreuse qui forme la charpente du voile du palais. En bas, ils se perdent sur les côtés de la langue, au milieu des fibres des muscles stylo-glosses.
L’aliment est parvenu à l’isthme du gosier, mais il n’est pas encore dans le pharynx. Il survient alors dans le plancher charnu de la bouche sous-jacent à la langue, principalement constitué par les mylo -hyoïdiens, une contraction énergique, qui, agissant à la manière d’une sangle, applique avec plus d’énergie la base de la langue contre la voûte du palais, et détermine le départ du bol alimentaire, ou son entrée dans le pharynx (Voy. fig. 8). Ce mouvement, parfaitement décrit par M. Bérard, est des plus manifestes, et facile à sentir sur soi-même. Il faut ajouter que, quand la contraction du plancher inférieur de la bouche survient pour faire passer le bol alimentaire dans le pharynx, les mouvements de celui ci ont lieu d’une manière simultanée : il s’élève et il accommode son canal au passage de l’aliment.
Deuxieme temps. — L’aliment parcourt le pharynx avec une grande rapidité. Préalablement élevé par les muscles qui s’insèrent autour de lui, le pharynx représente, au moment où il reçoit l’aliment, un canal très-court, dont tous les orifices, autres que celui de l’œsophage par en bas, sont fermés. Aussitôt que par la contraction de la base de la langue et du plancher inférieur de la bouche, l’aliment est parvenu dans le canal pharyngien, les forces musculaires qui avaient élevé le pharynx cessent d’agir, celui-ci reprend sa position et ses dimensions verticales. Le bol alimentaire, en quelque sorte saisi, et comme aspiré par la partie inférieure du pharynx, venue au-devant de lui, se trouve ainsi à l’entrée de l’œsophage lorsque le pharynx retombe, et le second temps de la déglutition est terminé.
Quel est le mécanisme de l’élévation du pharynx pendant le second temps de la déglutition? Gomment les orifices du larynx et des fosses nasales, que le bol alimentaire doit éviter, se trouvent-ils fermés sur son passage? Examinons ces divers points.
Le pharynx n’est pas élevé , dans l’acception rigoureuse du mot; car ce canal, fixé par en haut à l’apophyse basilaire, n’est pas susceptible d’être déplacé dans sa totalité. Quand on dit que le pharynx s'élève, cela veut dire que son
Fig. 8.
Muscles du plancher inférieur de la bouche, ou mylo-hyoïdicns.
a, mâchoire inférieure.
(/, d , les deux muscles mylo-hvoïdiens, unis ensemble par un raphé médian.
CHAP. I. DIGESTION
extrémité inférieure, mobile, est soulevée, et qu’elle tend à se rapprocher de son extrémité supérieure, immobile. On pourrait dire tout aussi justement qu’il se raccourcit dans le sens de sa longueur.
Le pharynx, intimement lié aux cartilages du larynx et à l’os hyoïde par ses muscles constricteurs inférieurs et constricteurs moyens, se trouve soulevé par l’action des muscles qui entraînent par en haut l’os hyoïde et le larynx. Le mouvement des cartilages du larynx est facile à apprécier, en plaçant le doigt sur le bord saillant du cartilage thyroïde (pomme d'Adam). Ce mouvement étant l’indice du soulèvement de l’extrémité inférieure du pharynx, il est aisé de constater sur soi-même que ce soulèvement est très-prononcé dans les mouvements de déglutition.
Les mouvements du pharynx sont facilités en arrière, sur la partie antérieure de la colonne cervicale, par un tissu conjonctif filamenteux très-lâche, dépourvu de tissu adipeux. La peau du cou, sous laquelle glissent en avant l’os hyoïde et les cartilages du larynx, est doublée par un tissu conjonctif de même nature.
Le pharynx, avons-nous dit, est principalement élevé par les muscles qui élèvent l’os hyoïde et le cartilage thyroïde. Ces muscles sont les digastriques (ventre antérieur), les génio-hyoïdiens , les mylo-hyoïdiens1 , les stylo-hyoïdiens 2, les thyrohyoïdiens 3 4. Les muscles stylo-pharyngiens 4 agissent aussi directement sur le pharynx dans ce but. Les muscles intrinsèques du pharynx ( constricteurs ), en prenant leur point d’insertion fixe sur le raphé médian postérieur et en tendant à ramener leurs libres obliques à la direction horizontale, contribuent aussi au raccourcissement du conduit.
L’ouverture du larynx (Voy. fig. 10, page 54), toujours béante dans le pharynx pour le passage de l’air, se trouve fermée au moment du passage du bol alimentaire. L’agent de cette occlusion est l’épiglotte. Au moment où le pharynx est soulevé pour la déglutition, le larynx, soulevé aussi, est porté en même temps en avant. L’épiglotte rencontre la base de la langue, gonflée en ce moment, et cette lame cartilagineuse se renverse en arrière sur l’ouverture supérieure du larynx par un véritable mouvement de bascule.
L’ouverture des voies respiratoires ne se trouve pas seulement garantie par l’épiglotte, il y a en même temps dans l’intérieur même du larynx, comme l’expérience sur les animaux l’a démontré, occlusion des lèvres de la glotte. Cette occlusion des lèvres de la glotte, coïncidant avec les mouvements de déglutition, est une barrière, la plupart du temps inutile; car ni les aliments ni les boissons ne pénètrent ordinairement dans les parties supérieures du larynx 5. Lorsque par hasard cette introduction anormale a lieu, l’occlusion momentanée des lèvres
1 Les muscles digastriques (ventre anterieur), les génio-hyoïdiens et les mylo-hyoïdiens, ainsi que nous l'avons vu, sont abaisseurs de la mâchoire inférieure quand ils . prennent leur point fixe sur l’os hyoïde. Ils sont élévateurs de l’os hyoïde, au contraire, quand ils prennent leur point fixe sur la mâchoire inférieure.
2 Le muscle stylo-hyoïdien s’insère d’une part à la partie postérieure de l’apophyse styloïde du temporal, et de l’autre au corps de l’os hyoïde.
3 Le muscle thyro-hyoïdien s’insère d’une part sur la portion externe et sur la grande corne de l’os hyoïde, et d’autre part à la ligne oblique du cartilage thyroïde.
4 Le muscle stylo-pharyngien s’insère d'une part à la base de l’apophyse styloïde du temporal, et de l’autre il s’épanouit sur la paroi musculaire du pharynx, entre les constricteurs moyen et inférieur et la membrane muqueuse du pharynx.
5 II est question ici de cette portion du larynx comprise entre les cordes vocales et l’ouverture supérieure du larynx, bordée par les replis aryténo-épiglottiques. C’est cette portion du larynx qu’on désigne souvent sous le nom de vestibule sus-glottique.
de la glotte empêche le bol alimentaire de pénétrer plus loin, et il est expulsé par des efforts de toux b
M. Magendie, ayant enlevé l’épiglotte à des chiens, a remarqué que le bol alimentaire ne pénètre que rarement par déglutition dans les voies aériennes.
Fig. 9.
Tète osseuse vue par sa partie inférieure. On y voit, de haut en bas, le trou occipital, la surface basilaire, i'orifice postérieur des fosses nasales, la voûte palatine, et l’arcade dentaire supérieure.
Fig. 10. — Le pharynx.
a. la paroi postérieure du pharynx, renversée en dehors, après avoir été divisée sur la ligne moyenne, pour permettre de voir l'intérieur du pharynx.
b. ouverture postérieure des fosses nasales.
c . le voile du palais vu par sa face postérieure.
d, la luette.
f , la base de la langue.
g , l’ouverture supérieure du larynx, snrmontée de l’épiglotte.
h, portion de l’œsophage correspondant à la paroi postérieure du larynx.
I, l’œsophage ouvert.
Le fait se conçoit aisément, attendu que le larynx, dans les mouvements de la déglutition, s’engage profondément sous la base de la langue, qui, de son côté, se projette en arrière. De cette manière, l’ouverture des voies aériennes se trouve alors protégée assez efficacement. Cette protection n’est cependant tout à fait efficace qu’autant que l’épiglotte vient la compléter. Chez les chiens privés d’épiglotte, s’il est vrai que les aliments solides ne s’engagent qti’exceptionnellement dans les voies respiratoires, il n’en est pas de même des boissons, qui y pénètrent alors facilement.
1 Quels sont les agents de l’occlusion de la glotte au moment de la déglutition ? M. Longet supposait que cette occlusion était produite par d'autres muscles que ceux qui meuvent les lèvres de la glotte pendant les phénomènes de la phonation ou de la respiration. Il attribuait ce rôle aux muscles constricteurs inférieurs du pharynx qui s'insèrent, comme on le sait, de chaque côté, sur le cartilage thyroïde. Mais les phénomènes qui accompagnent, chez les animaux, la section des nerfs qui président aux mouvements des muscles du larynx (laryngés inférieurs, pneumogastriques) sont trop souvent suivis de l’introduction dans la trachée, des aliments liquides et des parcelles alimentaires qu’ils tiennent en suspension, pour qu’on puisse accepter cette interprétation. L’occlusion de la glotte, au moment de la déglutition, est sous la dépendance de ses muscles constricteurs, notamment des muscles ary-aryténoïdiens, ainsi que l’ont prouvé les expériences] de M. Ludwig.
L’ouverture des voies aériennes est donc triplement protégée contre 1 introduction des aliments. La base gonflée de la langue (sous laquelle vient se cacher l’ouverture supérieure du larynx dans son mouvement en haut et en avant), forme une espèce de plan incliné qui éloigne le bol alimentaire du trajet respiratoire. L’épiglotte agit comme obturateur par excellence du larynx. La glotte enfin vient suppléer l’épiglotte, quand celle-ci se soulève dans des actes intempestifs de respiration ou de phonation.
Le voile du palais (fig. 10) joue, à l’ouverture postérieure des fosses nasales (fig. 9 et 10), le même rôle que l’épiglotte à l’ouverture supérieure du larynx. C’est lui qui oppose un obstacle au retour des aliments par l’ouverture postérieure des cavités nasales. Ce n’est point toutefois par un mécanisme analogue à celui de l’épiglotte qu’il atteint ce but, c’est-à-dire qu’il ne s’applique point directement sur les ouvertures postérieures des fosses nasales ; ses insertions ne lui permettent pas de se renverser ainsi. Il remplit son rôle en se tendant à peu près horizontalement, tandis que la paroi postérieure du pharynx s’avance vers lui et l’embrasse. De cette manière, le pharynx se trouve séparé en deux parties, qui ne communiquent point entre elles. L’une, susjacente au voile du palais, correspond aux fosses nasales (portion nasale du pharynx ou sous-basilaire); l’autre, sous-jacente au voile du palais, ou portion buccale, se termine par en bas à l’œsophage. Cette dernière partie du pharynx est seule parcourue par les aliments.
Le rôle que joue le voile du palais comme obturateur des fosses nasales en arrière est mis en évidence par la paralysie du voile du palais. Cette paralysie entraîne le reflux par le nez des aliments et des boissons au moment de la déglutition.
Les mouvements du voile du palais, pendant le deuxième temps de la déglutition, peuvent être observés en partie sur soi-même, à l'aide d’une glace. Comme il faut, pour voir au fond de la bouche, déprimer la langue avec son doigt, les conditions de la déglutition sont un peu changées ; on peut acquérir ainsi, il est vrai, quelques notions assez satisfaisantes, mais elles ne sont ni complètes ni rigoureusement exactes.
Le mouvement de tension du voile du palais au moment du deuxième temps de la déglutition est en partie révélé par une expérience de M. Debrou qui consiste à introduire dans le nez et à laisser reposer sur le plancher des fosses nasales, un stylet qu’on a poussé jusqu’au niveau de la partie moyenne du voile du palais. Dans les mouvements de déglutition, la partie libre du stylet éprouve un mouvement qui accuse la contraction brusque du voile du palais. Une autre expérience de M. Debrou montre qu’en même temps que le voile du palais est tendu, et qu’il est légèrement tiré en bas par la contraction des pharyngostaphylins, la paroi postérieure du pharynx en se rapprochant du bord libre du voile du palais détermine l’occlusion complète de la portion naso-phciryngienne du pharynx. Introduisez dans une narine un tube coudé en verre, qui plonge par l’autre bout dans un vase rempli d’eau, serrez fortement les ailes du nez sur le tube de manière que les fosses nasales ne communiquent plus avec le dehors que par le tube, et exécutez alors un mouvement de déglutition. L’eau s’élève aussitôt dans le tube, d’où il résulte : 1° que l’occlusion entre la partie naso-pharyngienne et la partie pharyngo-œsophagienne du pharynx est complète ; 2° que l’air a été raréfié, dans la partie naso-pharyngienne, par un
léger abaissement du voile du palais sous l’influence des pharyngo-staphylins.
Les recherches plus récentes de M. Garlet et de M. Toussaint sur la tension de l’air dans les fosses nasales, au moment de la déglutition, prouvent également que le pharynx est partout fermé, quand l'aliment le parcourt, sauf à son orifice œsophagien.
Le rapprochement de la paroi postérieure du pharynx ne peut pas être observé chez l’homme, dans les conditions normales. Mais des observations rigoureuses et qui ne laissent rien à désirer, ont été faites sous ce rapport par MM. Bidder et Kobelt. Sur un jeune homme de vingt-deux ans, qui avait perdu l’os maxillaire supérieur d’un côté, ainsi que l’os jugal, et dont on pouvait voir le voile du palais par sa face supérieure, M. Bidder a constaté qu’à chaque mouvement de déglutition, le voile du palais se rapprochait du plan horizontal. On pouvait voir aussi chez ce jeune homme la paroi postérieure du pharynx s’avancer à la rencontre du voile du palais. M. Kobelt a vu également ce mouvement de la paroi postérieure du pharynx chez un soldat qui avait reçu au cou un profond coup de sabre. Dernièrement enfin M. Fiaux a institué des expériences sur les animaux vivants, et il a noté sur les chiens un mode d’occlusion analogue.
Dans le mouvement d’occlusion en vertu duquel le voile du palais et le pharynx forment ainsi un plancher musculo-membraneux, pour empêcher l’aliment de pénétrer dans la partie nasale du pharynx et de là dans les fosses nasales, il faut remarquer encore le rôle que jouent les muscles contenus dans les piliers postérieurs du voile du palais, ou muscles pharyngo-staphylins L Les mouvements de ces muscles, sur lesquels Dzondi a fixé l’attention des physiologistes, sont des plus remarquables. En même temps que le voile du palais se tend, les deux muscles pharyngo-staphylins, en se contractant, marchent à la rencontre l’un de l’autre, de manière à diminuer beaucoup l’espace qui existe entre eux. C’est ce qu’il est facile de constater dans un miroir. Ces muscles, par conséquent, contribuent aussi, pour leur part, à séparer la partie nasale du pharynx, de sa partie buccale. La paroi poslérieure du pharynx qui s’avance en avant pour concourir à cette occlusion, n’a plus, pour la compléter, qu’à s’appliquer contre l’espace resté libre entre les deux piliers postérieurs.
Le bol alimentaire passe donc, dans l’acte de la déglutition, dans l’espace compris entre les deux piliers antérieurs (isthme du gosier) ; mais il ne passe point entre les faux piliers postérieurs. Ceux-ci, qui font partie à la fois du voile du palais et du pharynx, contribuent à la formation du plancher musculo-membraneux sous lequel glisse l’aliment pour s’engager dans le pharynx.
Le voile du palais exécute les mouvements dont nous venons de parler à l’aide des muscles membraneux qui entrent dans sa composition. Son mouvement de tension est déterminé parla contraction des péristaphylins externes 1 2, à l’aide de leurs tendons réfléchis sur le crochet de l’aile interne de l’apophyse ptéry-
1 Les muscles pharyngo-staptiglins ou staphylo-pharyngiens, se fixent par en haut sur la membrane fibreuse qui forme la charpente du voile du palais. Leurs fibres se portent en bas sur les côtés du pharynx, suriequel elles s’épanouissent; on peut les suivre jusqu’au bord postérieur du cartilage thyroïde.
* Le muscle péristaphylin externe s'insère en haut à la fossette scaphoide de l’aileron interne de l’apophyse ptérygoïde et à la grande aile du sphénoïde; en bas il se réfléchit sur le crochet de l’aile interne de l’apophyse ptérygoïde. Devenu horizontal, il se perd sur la membrane fibreuse du voile du palais.