CHAPITRE IV. RESPIRATION
proportion est dans un état d’oscillation perpétuelle. L’ingestion de boissons abondantes peut en moditier les proportions, surtout quand on recueille le sang pour l’analyser dans les vaisseaux par lesquels l’eau s’introduit dans l’économie (la veine-porte par exemple). L'inlluence se fait sentir aussi dans la circulation générale, mais elle y est circonscrite dans des limites plus étroites. D’une part, l’introduction de l’eau se fait peu à peu, et, d’autre part, le sang se débarrasse de cet excès, d’une manière continue, par la sécrétion urinaire, l’évaporation pulmonaire et cutanée et au besoin par la sueur.
La question de savoir si l’eau du sang, et d’une manière générale si l’eau qu’on rencontre dans l’économie, peut se former par oxydation des matières hydrogénées, n’est pas expérimentalement démontrée.- On admet qn’il s’engendre de l’eau chez les animaux, parce que cette formation paraît une conséquence nécessaire des divers processus chimiques dont les Lissus sont le siège. Mais nulle part il n’est possible de trouver de l’eau qu’on puisse regarder comme le résultat d’une oxydation de l’hydrogène par l’oxygène: dans le diabète, maladie dans laquelle les malades rendent parfois une quantité énorme d’urine, il a semblé aux médecins que la quantité d’eau expulsée était plus grande que la quantité d’eau ingérée. Mais toutes les fois que la question a été examinée de près, on a constaté que la dernière était toujours au moins égale à la première, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de ’polyurie sans polydipsie. On sait d’ailleurs que l’eau des sécrétions est empruntée au sang et qu’elle n’est pas formée dans les glandes.
Le sang de l’homme et celui de la femme, en prenant, bien entendu, les moyennes d’un grand nombre d’analyses, paraît différer mais dans des limites peu étendues. Les différences qui ont été signalées ne portent guère que sur les globules. Le sang de la femme en contient un peu moins que celui de l’homme. Les dernières périodes de la gestation sont caractérisées par une diminution dans la proportion des globules du sang de la femme ; ceci nous explique l’état de fatigue et d’épuisement dans lequel tombent les femmes, dans les dernières semaines qui précèdent l’accouchement. Les troubles qui surviennent alors ont été quelquefois attribués à un état pléthorique; mais', bien loin de là, ils sont plutôt analogues à ceux qui surviennent chez les individus affaiblis par les saignées ou l’abstinence.
Des gaz ilu sang. — Etat «le i’aeiile carbonique et «le l’oxygène dans le
sang. — Le sang renferme encore des gaz : ces gaz sont contenus dans le sang, en partie à l’état de dissolution, à peu près comme l’air atmosphérique l’est dans l’eau ordinaire, et en partie à l’état de combinaison faible avec les éléments du sang. Les gaz du sang sont au nombre de trois : l 'oxygène, Yacide carbonique , et Yazote.
On a constaté l’existence des gaz dans le sang soit en plaçant ce liquide au moment où il venait d’être extrait des vaisseaux, sous le vide de la machine pneumatique, soit en le faisant traverser par un courant d’hydrogène qui agit par déplacement. L’existence des gaz dans le sang a été signalée d’abord par MM. Vogel, Brande, Stevens, etc. ; elle a été mise hors de doute par les expériences de M. Magnus et par celles de M. Bischoff.
Les procédés à l’aide desquels on extrait les gaz du sang ont été perfectionnés depuis quelques années. A l’hydrogène on a substitué l’oxyde de carbone comme gaz déplaçant. M. Bernard et après lui MM. Lothar Meyer et Nawrocki ont montré qu’à l’aide du procédé par déplacement, exécuté avec le gaz oxyde de carbone, on obtient toujours une proportion d’acide carbonique supérieure à cellequ’on retire dusang àl’aide duprocédé parlevide. La proportion d’oxygène obtenue est sensiblement la même dans les expériences comparatives faites sur un même échantillon de sang à l’aide du procédé par le vide et à l’aide du procédé par déplacement. Dernièrement MM. Schutzenberger et Risler ont proposé de substituer aces deux procédés, pour la détermination de l’oxygène dusang, l’emploi de l’hydrosuMite de soude. Ce procédé pour ainsi dire instantané aurait l’avantage de fournir des proportions de gaz oxygène un peu supérieures aux autres méthodes L
D’une autre part, M. Fernet a montré qu’une dissolution de phosphate de soude prend pour chaque atome d’acide phosphorique deux atomes d’acide carbonique, liés au composé par une faible affinité. Cette portion d’acide carbonique abandonne en grande partie le phosphate de soude lorsque le liquide est soumis au vide. La faible liaison chimique de l’acide carbonique avec les phosphates alcalins du sang est d’ailleurs assez variable ; les expériences de MM. Heidenhain et L. Meyer ont en effet montré que la proportion d’acide carbonique fixé varie avec la concentration de la dissolution saline.
M. Ludwig a construit un instrument àl’aide duquel M. Setschenow est, l’un des premiers, parvenu à extraire la totalité ou tout au moins la presque totalité des gaz contenus dans le sang. M. Ludwig a donné à son instrument le nom de pompe-gaz. Dans le procédé de MM. Ludwig et Setschenow le sang est reçu dans le vide, sur le mercure, et défibriné par son agitation avec le métal. Sur le récipient dans lequel est contenu le sang, sont branchés plusieurs tubes présentant un certain nombre de renflements séparés par des étranglements. Ces tubes servent à analyser les gaz suivant la méthode de M. Bunsen. L’opération se compose de trois temps. Dans le premier temps, on recueille d’abord le gaz qui se sépare de lui-même du sang, en vertu du vide, puis on l’analyse. Dans un second temps, le sang, déjà épuisé par le vide, est soumis, dans l’appareil clos qui le contient, à l’action d’une chaleur douce. On chauffe (40° a 50° au plus),et à diverses reprises, jusqu’à ce que le sang ne donne plus rien ; puis on analyse le mélange gazeux ainsi obtenu. Dans un troisième temps, la masse sanguine, déjà soumise au vide et à la chaleur, est traitée, toujours en vase clos, par l’acide acétique. Le gaz qui s’échappe du sang en vertu de ce dernier traitement n’est composé que d’acide carbonique 1 2.
Ajoutons enfin que les erreurs d’analyse sont d’autant moins à craindre qu’on agit sur de petites proportions de liquide : 30 centimètres cubes de sang suffisent.
1 Pendant l’opération un peu lonçjue qui consiste à extraire l’oxygène du sang par la pompegaz, le sang qui continue h. vivre consomme une petite partie de l’oxygène condensé dans les globules.
2 C’est à cette dernière portion gazeuse que MM. Ludwig et Setschenow ont donné le nom d'acide carbonique lié.
L’oxygène et l’azote sont entièrement extraits du sang par les deux premiers traitements. La plus grande partie de l’acide carbonique s’échappe aussi par l’action du vide et de la chaleur. (Voy. §,141, le résultat des analyses de M. Setschenow.)