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CHAPITRE IV. RESPIRATION

fait de même si nous considérons le sang veineux en lui-même. Le sang veineux, envisagé dans certains ordres de vaisseaux, présente des différences assez remarquables avec le sang veineux général. D’une part, c’est par le sang veineux que sont introduits dans l’organisme une grande partie des produits de la digestion. Nous avons précédemment insisté sur ce point; je ne fais que rappeler ici le transport, par la veine porte, d’une partie des matières albuminoïdes, des matières sucrées et des boissons. Nous verrons plus loin que le sang qui sort de la rate, que celui qui sort du foie, a éprouvé des modifications remarquables dans sa composition 1. 11 est d’ailleurs évident que le sang qui sort parles veines d’une glande qui sécrète, n’est pas identique avec celui que l’organe a reçu par ses artères, car il a abandonné dans la glande les éléments de la sécrétion.

Les produits divers de la digestion qui s’introduisent dans le sang par la veine porte et les chylifères et qui sont portés par les veines caves vers le poumon, et de là, par les artères, dans tous les organes, ne disparaissent pas en un instant. On retrouve dans le sang les produits de la digestion, et cela pendant plusieurs heures (Yoy. §§ 64, 63, 66). Nous avons noté la présence des matières grasses de l’alimentation dans le sang pendant la période digestive de la graisse. M. Speck a examiné le sang d’un homme chargé d’embonpoint, pendant la période d’amaigrissement. Le caillot de la saignée était surmonté d'une couche blanchâtre et comme crémeuse. Soumis à l’analyse, le sang de cet homme contenait 12 grammes de graisse pour 100 grammes de sang.

§ 147 bis.

»c ïa coagulation du sang. — Lorsque le sang de l’homme est extrait hors de ses vaisseaux, au bout de une minute et demie ou deux minutes, on commence à apercevoir les premiers signes de la coagulation. Le sang s’attache, en quelque sorte, au vase qui le contient, et une pellicule se dessine à sa surface. Au bout d’un temps, qui varie de cinq à quinze minutes, la masse entière est absolument coagulée. Dès ce moment survient une sorte de retrait de la masse qui était prise dans son entier, et le sérum se sépare du caillot. Au bout de vingtquatre heures, cette séparation est complète, et le sang est désormais composé de deux parties : l’une, rouge, demi-solide, contenant les globules emprisonnés dans la fibrine solidifiée (le caillot ); l’autre, liquide, citrine, transparente, contenant l’eau, l’albumine, les matières extractives et les sels (le sérum).

Le sang de tous les vertébrés présente le même phénomène. La coagulation est plus rapide encore, dans quelques espèces animales, notamment chez les oiseaux. On peut ranger les animaux dans l’ordre suivant, en commençant par ceux dont la coagulation du sang est la plus prompte : les oiseaux, les chiens, le lapin, l’homme, le cheval 2. Chez les invertébrés, la coagulation du sang est plus lente, et le caillot généralement peu consistant.

i Ainsi, sur le chien, qui ne présente, par exemple, dans le sang veineux général (voir plus haut), que moins d’un gramme de sucre pour 1,000, on trouve dans les veines sus-hépatiques de 2 à 3 grammes de sucre pour 1 ,000.

s Le sang du cheval se coagule assez lentement pour que, placé dans une longue éprouvette à pied, et suffisamment refroidi , il se sépare en trois couches : une couche inférieure où s’accumulent les hématies, une couche intermédiaire de très peu de hauteur, renfermant les leucocytes mélangés d’hématies, une couche supérieure composée de plasma isolément coagulé. (Voyez plus haut.)

On ne connaît pas très bien les circonstances qui favorisent la coagulation du sang. On connaît mieux les circonstances qui la retardent : tels sont le froid (la température de 0) et diverses solutions salines à base de soude ou d’ammoniaque, les solutions de sucre, etc.

C’est à la solidification de la fibrine qu’est due la coagulation du sang. L’expérience de J. Miiller, qui consiste à filtrer le sang de grenouille 1 sur un filtre de laboratoire placé dans un entonnoir entouré de glace (pour en retarder la coagulation) et à séparer ainsi le plasma des globules, a prouvé depuis longtemps que la partie coagulable du sang est contenue dans le plasma. Ce plasma privé des globules, se coagule absolument comme le sang lui-même. L’expérience qui consiste à recevoir le sang du cheval dans une longue éprouvette entourée de glace et à se procurer ainsi une certaine quantité de plasma débarrassé de globules et néanmoins coagulable ; celle qui consiste à imprimer au sang, placé dans un vase allongé et refroidi, un mouvement centrifuge qui accumule à l’extrémité périphérique du vase les globules (dont la pesanteur spécifique l’emporte sur celle du plasma), et à l’extrémité centrale le plasma qui peut s’y coaguler isolément, le prouvent également.

Lorsqu’on demande pourquoi le sang se coagule, ou plutôt quelle est la cause de la coagulation du sang, la question se réduit donc à celle-ci: quelle estla cause de la solidification de la fibrine, substance à l’état liquide dans le sang vivant?

Beaucoup de tentatives ont été faites pour répondre à cette question : mais on peut dire qu’elle n’est pas encore complètement résolue.

En présence de cette coagulabilité inévitable du sang, on peut tout d’abord se poser cette autre question : pourquoi le sang reste-t-il fluide dans les vaisseaux où il circule? Ce n’est certes pas le mouvement du sang qui entretient sa fluidité, car le sang agité après sa sortie des vaisseaux se coagule aussi vite, si ce n’est plus vite, que quand on le maintient au repos 2.

La paroi des vaisseaux joue dans le maintien de la fluidité du sang un rôle que les recherches de M. Glénard ont bien mis en lumière. Si on comprend un segment de vaisseau (d’artère, par exemple) entre deux ligatures, sur un animal vivant, le sang s’y conserve liquide très longtemps. D’un autre côté, si on procède de la même manière et si on excise le segment de vaisseau contenant du sang, ce sang, emprisonné dans le vaisseau et séparé du corps, est encore liquide au bout de douze heures ; il n’a cependant point perdu la propriété de se coaguler, car, si on lui donne issue au dehors, il se coagule en quelques minutes. M. Glénard isole un long segment de carotide sur un âne et, à l’aide de trois ligatures, établit dans ce segment deux compartiments isolés dans lesquels le sang se trouve emprisonné. 11 excise ce segment et, après avoir traversé l’un des compartiments, à l’aide d’une aiguille métallique qui y reste fixée à demeure, il suspend le tout à l’air libre. Au bout de douze heures, le sangest complètement coagulédans lecompartiment traversépar l’aiguille ; il estresté liquide dans l’autre 3.

1 Les globules du sang de grenouille sont assez volumineux pour rester sur le filtre.

2 Lorsque le sang, à sa sortie du vaisseau, est placé dans un flacon bouché et à demi rempli, qu’on l’agite vivement et d’une manière continue, il semble rester à l’état liquide, parce que la fibrine qui se coagule se trouve fractionnée par le mouvement. Elle ne se présente plus en masse sous forme de caillot, mais sous forme de parcelles fibrineuses et de filaments de fibrine qui nagent dans le liquide. On obtient un résultat analogue à celui qu’on obtient par le battage du sang à l’aide d’un petit balai d’osier, c’est-à-dire la défibrination du sang.

3 M. Glénard a répété ses expériences dans l’air, l’oxygène, l'acide carbonique, l’acide sulfliydrique : les résultats ont été les mêmes.

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