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CHAPITRE IV. RESPIRATION

peu d’oxyde de carbone peut devenir dangereuse pour les animaux et pour l’homme quand ils y séjournent longtemps.

Le sang, par sa partie liquide (plasma), qui s’échappe incessamment au travers des parois des vaisseaux capillaires se met donc en contact immédiat avec les éléments organiques de nos tissus, et on en peut dire autant de l’oxygène transporté par les globules. D’un autre côté, le sang se trouve en contact médiat avec le milieu extérieur dans lequel il puise ses matériaux d’aclivité et auquel il rend les produits impropres à la vie, soit gazeux, soit liquides, au moyen d’un certain nombre d’organes spéciaux.

Le sang, pour nous servir d’une heureuse expression de M. Cl. Bernard, constitue un véritable milieu organique intermédiaire entre le monde extérieur et les molécules vivantes. Par l’appareil respiratoire l’animal puise l’oxygène, par l’appareil de l’absorption digestive les éléments de la nourriture des tissus. Dans le milieu sanguin, les tissus trouvent les matières azotées, les matières hydro-carbonées, les matières minérales ainsi que l’oxygène à l’aide desquelles ils les transforment pour les besoins de l’activité vivante : et c’est aussi dans ce milieu que sont rejetés tous les produits de décomposition. On ne peut pas dire que le sang forme les organes, car ceux-ci existent dans l’embryon avant lui. Le sang remplit pour ainsi dire un rôle passif, il donne ce que les organes lui empruntent, ce sont les organes qui jouent un rôle actif et s’approprient, à leur manière, les éléments du sang. Le sang est fait pour les organes et par les organes.

Comment se développent les globules rouges? D’où procèdent-ils? Naissentils spontanément dans le plasma sanguin? Ne sont-ils que des leucocytes transformés dont ils représenteraient la phase complète du développement? ou bien représentent-ils des organites spéciaux et sans relation avec les leucocytes?

La génération spontanée des éléments figurés au sein du plasma sanguin n’a jamais été scientifiquement établie, et cette doctrine ne compte plus qu’un petit nombre de défenseurs de plus en plus rares.

La question plus abordable et aujourd’hui encore i\ l’étude, est celle de savoir si les globules rouges ou hématies naissent des globules blancs ou leucocytes dont ils représenteraient les formes vieillies, ou bien au contraire si les hématies ont une individualité distincte; s’ils naissent, se développent et disparaissent sans passer par la forme transitoire de leucocytes.

Ce qui n’est pas contestable, c’est que, pendant la période embryonnaire , les hématies ou globules rouges du sang se développent dans l’aire vasculaire (ce qu’on appelle le feuillet moyen du blastoderme) en même temps qu’apparaissent les vaisseaux, et que, dès l’origine, chaque hématie présente, avec la coloration qui lui est propre, une paroi distincte et un noyau. M. Leboucq, qui a dernièrement étudié ce développement parallèle sur les embryons des mammifères, a vu que les globules rouges naissent en même temps, et au même lieu, que les parois des vaisseaux, par segmentation, des noyaux des cellules vasoformatrices de M. Ranvier.

M. Kôlliker, M. de Recklingshausen, M. Rouget, auraient, en observant pendant longtemps (pendant des journées entières) du sang maintenu liquide dans des étuves humides à la température du corps de l’animal, assisté à la transformation des leucocytes en hématies. Voici quelle serait la série de ces transformations : 1° apparition dans le leucocyte d’un noyau distinct 1 ; 2° apparition

1 Lorsqu'on examine les leucocytes normaux, il faut traiter la préparation par l’acide acétique ou par l’eau pour faire apparaître les noyaux.

de matière colorante sous forme de granulations colorées; 3° la matière colorante se répand uniformément dans la masse; 4° le noyau disparaît. Il faut dire que ces recherches ont été faites sur les têtards et sur les embryons de lapins, c’est-à-dire pendant la période embryonnaire .

Sur l’homme et les animaux adultes les recherches de cette nature n’ont jamais abouti L L’argument, souvent invoqué, à savoir que les leucocytes (Yoy. plus loin) sans cesse engendrés et sans cesse versés dans le sang n'augmentent pas de nombre (au moins dans l’état normal), et que par conséquent ils se transforment en globules rouges, n’a aucune valeur, car il faudrait démontrer d’abord que les globules blancs ou leucocytes ne peuvent pas disparaître autrement qu’en se transformant, ce qui est la question.

D’après des recherches récentes, M. G. Poucbet admet que les hématies se développent parallèlement aux leucocytes; que ces deux sortes de globules ont une parenté d’origine, mais qu’ils ne procèdent pas les uns des autres. Des trois espèces d’éléments, hématies, leucocytes, globulins (les globulins sont les granulations de Schultze, les hématoblastes de Hayem) que renferme le sang, c’est aux globulins ou noyaux que M. G. Pouchet fait jouer le principal rôle. Lorsque son évolution est complète, le noyau engendre l’hématie : si l’évolution est incomplète, il s’arrête à un état imparfait qui est le leucocyte, lequel continue à vivre sous cette forme. D’après M. Pouchet, c’est le leucocyte qui engendre les noyaux par gemmation, et c’est lui qui est par conséquent le générateur des éléments figurés du sang.

D’après M. Hayem, il n’y aurait point de parenté, même d’origine, entre les leucocytes et les hématies. Les hématies procèdent des globulins ou hématoblastes, etces formes élémentaires ne peuventdonnernaissance qu’aux hématies. M. Hayem décrit les phases de transition. Les hémoblastes, d’abord sphériques, présentent bientôt, en se développant, l’aspect discoïde. Déjà colorés dans leurs formes primitives, ils le deviennent davantage à mesure qu’ils s'accroissent, et il y a un moment où ce sont de véritables globules rouges, moins la taille 1 2.

Y a-t-il quelque part dans l’économie certains organes où s’engendrent les hématies? ou bien cette production s’accomplit-elle indifféremment dans toutes les parties du trajet circulatoire indistinctement? C’est encore une de ces questions à laquelle il n’est pas possible de répondre aujourd’hui d’une manière précise. Ce n’est pas que des expériences n’aient été tentées pour la résoudre : telles sont en particulier celles de M. J. Moleschott. Ces recherches ont été faites sur des grenouilles; les unes étaient conservées à l’état sain, à d’autres on enlevait le foie, à d’autres encore on coupait les deux membres postérieurs pour déterminer une hémorrhagie abondante : on procédait ensuite à la numération comparée des globules rouges et des globules blancs, dans ces conditions spéciales. Il résulte de ces recherches, que l’excision du foie appauvrit le sang en globules rouges beaucoup plus que la perte de sang la plus abondante. M. Moleschott en conclut que le foie exerce une inlluence décisive sur la forma-

1 Dans un travail récent entrepris sous la direction de M. Al. Schmidt, M. Semmer aurait constaté les formes de passage entre les globules blancs et les globules rouges dans le sang du cheval, sang dont on peut retarder assez longtemps la coagulation par le refroidissement; ces formes seraient caractérisées par des leucocytes dans lesquels les granulations présenteraient une coloration jaunâtre. Ces résultats, donnés d’ailleurs sous forme dubitative, sont des plus vagues.

2 M. Hayem ne se prononce pas sur l’origine des hématoblastes : sont-ce des noyaux engendrés parles leucocytes, comme le pense M. G. Pouchet, ou procèdent-ils des hématies?

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