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CHAPITRE IV. RESPIRATION

la protubérance annulaire, ont été successivement enlevés, continue encore à exécuter des mouvements respiratoires. Si, sur un animal ainsi mutilé, on continue à enlever, de haut en bas, des rondelles nerveuses sur le bulbe rachidien, l’animal tombe comme frappé de la foudre quand on est parvenu au point du bulbe correspondant à l’origine des nerfs pneumogastriques. On est donc en droit de placer, par exclusion, le siège du besoin de respirer (autrement dit, le principe ou la source des mouvements respiratoires) dans le bulbe, ou, pour parler plus rigoureusement, dans la portion du bulbe qui correspond (vers le calamus scriptorius) à l’origine profonde des nerfs pneumogastrique et spinal. C’est à cet endroit qu’on a donné le nom de nœud vital. Cette portion du bulbe peut être atteinte par l’espace qui sépare la première vertèbre cervicale de l’occipital. Aussi, lorsqu’on veut faire périr instantanément un animal, c’est là qu’on fait pénétrer l’instrument tranchant (Voyez pour plus de détails, § 367).

La fonction respiratoire envisagée en elle-même peut donc être considérée comme un acte réflexe , dont le centre nerveux se trouve dans le bulbe, dont le point de départ esta la surface intérieure du poumon, et très vraisemblablement aussi dans les parties sensibles de l’enveloppe tégumentaire, acte réflexe dont les nerfs centripètes sont les nerfs pneumogastriques et les nerfs sensitifs cutanés, et dont les nerfs centrifuges sont tous les nerfs qui se distribuent aux muscles de la respiration L

La section des nerfs pneumogastriques, nous venons de le dire, peut entraîner des accidents asphyxiques promptement mortels. Ces accidents, bien décrits par Legallois, se montrent sur les jeunes animaux; ils sont dus à l’oblitération de la glotte par suite de la paralysie des muscles du larynx. Les animaux adultes survivent à cette double section, parce que leur larynx plus rigide ne cède plus sous la pression de l’air inspiré et ne permet pas le rapprochement complet des cordes vocales paralysées. Ils périssent plus tard, il est vrai, mais à la suite d’altérations lentes du poumon (Voy. § 359).

Lorsqu’on excite à l’aide d’un courant induit le bout central 1 2 d’un nerf pneumogastrique coupé, la respiration s’arrête. Si on prolonge l'excitation les mouvements repiratoires reparaissent néanmoins, même pendant l’application du courant, mais affaiblis 3. Ces faits ont été observés d’abord parM. Traube.

M. Rosenthal, à l’aide d’un instrument qu’il appelle le phrénographe , et qui consiste en une sorte de levier coudé terminé en dedans par une plaque qui s’applique sur le diaphragme, et au dehors par un style enregistreur, a étudié avec beaucoup de soin l’influence des excitations du bout central des nerfs pneumogastriques sur les contractions du diaphragme. Pour une excitation électrique faible on obtient simplementune accélération des mouvements respi-

1 Un acte réflexe complet suppose un nerf qui conduit une impression, un centre nerveux qui la perçoit, et un nerf qui conduit une incitation motrice.

Les nerfs centripètes sont les nerfs qui conduisent les impressions sensitives qui vont des parties sensibles vers les contres nerveux. Les nerfs centrifuges sont les nerfs qui viennent des centres nerveux et qui conduisent vers les parties contractiles (c’est-ii-dire les muscles) les incitations motrices (Voyez Innervation).

2 Le bout central d'un nerf coupe est le bout de la portion du nerf qui tient aux centres nerveux. Le bout périphérique d’un nerf coupé est le bout de la portion du nerf qui tient aux organes (muscles, peau, glande, etc.).

3 Le meme résultat se produit quand on excite à l’aide du courant induit un nerf pneumogastrique intact. L’action peut en effet se propager librement aussi dans le sens centripète. Ce résultat ne se produit pas quand l’excitation porte sur le bout périphérique du nerf coupé.

ratoires. C’est seulement à la suite d’une excitation forte qu’on suspend la respiration par la contraction soutenue (tétanique) du diaphragme.

Parmi les (ilets du nerf pneumogastrique, quelques-uns ont paru à M Rosenthal avoir une action centripète spéciale. Leur excitation ne solliciterait pas l’action des muscles de l’inspiration (le diaphragme est l’inspirateur par excellence), mais au contraire celle des expirateurs. M. Rosenthal aurait observé que Y excitation forte du bout central du nerf laryngé supérieur (branche du pneumogastrique) arrête, c’est-à-dire tétanise par une contraction durable les muscles de l' expiration, le diaphragme étant dans le relâchement.

Les expériences relatives aux laryngés supérieurs, que nous avons souvent cherché à reproduire, ne nous ont donné que des résultats douteux. Tantôt ils nous ont paru arrêter la respiration en expiration, tantôt en inspiration, aussi sommes-nous disposés à conclure avec M. Bert et M, Franck que leur excitation arrête temporairement la mécanique respiratoire dans la phase qui correspond au moment de l’excitation.

Ce qui est démontré, c’est que les excitations faibles des nerfs pneumogastriques accélèrent les mouvements respiratoires et que les excitations fortes les ralentissent ou peuvent les suspendre temporairement L Cette suspension a lieu à quelque moment de la phase respiratoire qu’ait lieu l’excitation, et l’arrêt respiratoire se produit par une sorte de contraction tétanique des muscles.

La nature des excitants appliqués aux bouts centraux des nerfs pneumogastriques coupés n’est pas indifférente. 11 y a avantage à substituer aux courants d’induction les excitants mécaniques, thermiques ou chimiques. On peut ainsi, plus aisément, et à volonté, accélérer, ralentir, ou suspendre temporairement les mouvements respiratoires, suivant le degré de l’excitation.

Il résulte)également des recherches de MM. Schiff, P. Bert, Langendorf, Franck, etc., que toute excitation forte portée sur une partie périphérique sensible, ou sur un nerf de sensibilité générale, retentit sur le mécanisme respiratoire aussi bien que sur les mouvements du cœur (voy. page 321). On obtient, en déterminant une vive douleur sur un animal, les mêmes effets qu’entraîne l’excitation forte des nerfs pneumogastriques, c’est-à-dire l’arrêt temporaire des mouvements respiratoires.

M. Franck a encore constaté que l’arrêt momentané des mouvements respiratoires peut avoir son point de départ initial à la surface interne du cœur. Lorsqu’on injecte rapidement dans la veine jugulaire d’un animal une solution concentrée de chloral, que la circulation veineuse entraîne dans les cavités droites du cœur, l’arrêt de la respiration se produit presque instantanément en inspiration , par l’intermédiaire des nerfs phréniques et probablement de tous les autres nerfs de l’inspiration, éveillés par action réflexe.

Dans les conditions normales les blets nerveux des pneumogastriques qui se distribuent dans les poumons transmettent donc vers les centres nerveux, c’està-dire dans le sens centripète , les impressions sensitives vagues de la surface pulmonaire, qui engendrent le besoin de respirer. Ces blets transmettent au bulbe (où se trouve le centre des mouvements respiratoires) une incitation qui met en jeu l’ensemble associé des puissances musculaires de la respiration.

Dans le tronc commun du nerf pneumogastrique y a-t-il (et ce serait les plus

1 On obtient ces résultats soit qu'on excite les nerfs pneumogastriques intacts, soit qu’on excite leurs bouts centraux, après la section.

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