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CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE

lapins ou des cochons d’Inde dans une enceinte entourée de toute part par un mélange réfrigérant , les animaux succombent quand leur température intérieure est descendue à -f- 22 ou -f- 20°. Lorsque l’expérience est suspendue alors que la température intérieure de l’animal est encore à -j- 25° il peut être assez facilement rappelé à la vie. Mais lorsque l’expérience a été continuée jusqu’à ce que la température intérieure soit descendue à 20°, on a beau chercher à rappeler à la vie l’animal expirant, il a perdu la propriété de se réchauffer. Cependant, quand au lieu de refroidir trop rapidement l’animal on le place, à l’exemple de M. Horwath, dans une enceinte entourée de neige et que le refroidissement est lent, alors même que sa température intérieure est descendue à -J- 20° on peut encore le rappeler à la vie. Au-dessous de 20° la mort de l’animal est inévitable.

Quand un animal a été placé dans un milieu très froid et que sa température n’est plus que de 20° environ, il ne peut être rappelé à la vie que si on le place dans un autre milieu à une température à peu près analogue à la sienne. Lorsqu’un animal, dont la température propre a été abaissée à 20°, se trouve placé dans un milieu dont la température n’est pas supérieure à 20°, il a perdu la faculté de reconstituer sa température première. En peu de temps, il se refroidit encore, et il ne tarde pas à périr.

Un animal refroidi artificiellement, et à la limite inférieure de température qui doit entraîner la mort, ne peut plus se tenir sur ses pieds ; les pulsations du cœur tombent à 20 ou même à 15 battements par minute. La respiration se ralentit peu à peu ou, si les mouvements respiratoires s’accélèrent, ce qui arrive parfois, ces mouvements précipités sont très faibles. C’est par la cessation de la respiration que succombent les animaux1.

Ces faits trouvent tout naturellement leur application dans ces cas, si fréquents dans les pays froids, heureusement plus rares dans nos climats, dans lesquels des malheureux saisis par la tourmente et ensevelis dans la neige sont relevés à l'état de mort apparente. Tant que la température, prise dans les cavités naturelles, ne sera pas inférieure à -f- 20°, tout espoir de les rappeler à la vie ne doit pas être abandonné.

Ajoutons que si l’homme résiste victorieusement à des abaissements considérables de température (dans les voyages aux régions polaires il a pu supporter sans périr des températures de — 50°, — 60°, — 70°), c’est qu’il ne s’y expose pas désarmé, et qu’il met tout en œuvre pour en triompher. Les aliments qu’il consomme, les vêtements dont il se couvre, l’exercice forcé auquel il se livre, les abris dans lesquels il se réfugie et le feu qu’il y allume, tels sont ses moyens de défense. Les mammifères et les oiseaux observés dans ces régions (par les capitaines Parry, Ross, Back, etc.), tels que l’ours blanc, le renard arctique, le lagopède, etc., se distinguent par un pelage d’une extrême épaisseur, par la rapidité des mouvements, par la voracité et par l’industrie avec laquelle ils se construisent des refuges dans lesquels ils s’entassent 2.

1 M. Waltlier a remarqué, en effet, qu’un animal arrivé à la limite inférieure de température peut être rappelé à la vie et à sa température normale, lorsqu’on pratique sur lui la respiration artificielle, même avec do l’air plus froid que l’animal, même avec de l’air plus froid que le milieu dans lequel il serait mort nécessairement si on l’avait abandonné à lui-même. Ce que la respiration naturelle trop affaiblie n’avàit plus le pouvoir de faire, la respiration artificielle l’accomplit en rétablissant le travail des oxydations de nutrition, c’est-à-dire les sources de la chaleur, et, secondairement, l'activité suffisante des muscles de la respiration.

- Le degré minimum auque l peut descendre la température intérieure d’un animal mammifère,

La perte de 15 à 18 degrés de température au-dessous de leur température propre, c’est-à-dire un abaissement qui réduit leur température propre à -f- 20°, telle est aussi la limite extrême au-dessous de laquelle la chaleur des animaux mammilères s’abaisse avant leur mort, lorsqu’ils périssent par inanition (Voy. §§ 212 et 213), ou à la suite des maladies.

La température de l’homme est sensiblement égale à tous les âges de la vie. Si les enfants nouveau-nés se refroidissent facilement, et ont besoin de vêLements appropriés, cela tient à leur masse peu considérable (Yoy. §166), mais iln’en est pas moins vrai qu’ils possèdent une température égale à celle des adultes, c est-à-dire de -{- 37° en moyenne. C’est ce qui résulte des recherches de M.Chisholm, et aussi des expériences nombreuses de M. Roger et de M. Mignot, qui ont pris la température, l’un d’un grand nombre d’enfants âgés de 1 à 7 jours ; le second, d’un grand nombre d’enfants âgés de 3 à 7 jours. La différence entre les vieillards et les adultes est également insignifiante. D’après les recherches de J. Davy et celles de M. Roger confirmées depuis par celles d’un grand nombre d'observateurs, la température moyenne d'individus âgés de 72 à 95 ans ne diffère que de quelques dixièmes de degré en moins l.

L’influence sexuelle n’est pas rigoureusement déterminée. Il faudrait, pour l’établir, des masses d’observations. Tout ce qu’on peut dire, c’est que, si la femme a une température moins élevée que celle de l’homme, cette différence est très minime et ne porte que sur des fractions de degré.

L’état de maigreur ou l’état d’embonpoint, la stature du corps et la constitution, entraînent peut-être aussi des différences du même genre dans la température animale ; mais cela n’est pas nettement établi. Il estpossible, d’ailleurs, et j’ajoute il est probable (les faits que nous exposerons plus loin tendent à le dé-

sans périr, n’est plus le même quand il est question de certaines espèces supérieures qui présentent pendant la saison froide cet engourdissement singulier qu’on désigne sous le nom de sommeil d’hiver ou de sommeil hivernal. Le type de ces animaux, dits hivernants, c’est la Marmotte. Pendant cette période passagère de leur existence ces animaux présentent une frappante analogie avec les animaux à sang froid.

A l’état normal, et dans la belle saison, la marmotte, do même que la plupart des mammifères, a une température intérieure moyenne de 37° environ. Sur une marmotte engourdie du sommeil d'hiver, la température extérieure étant de + 2°, le thermomètre introduit dans le rectum donne également + 2" seulement (Horwath).

Lorsqu’un animal hivernant est profondément endormi de son sommeil d’hiver, on peut le refroidir fortement. Tandis qu’à l’état ordinaire de veille onnepouvait pas abaisser sa température propre au-dessous de -f- 20°, on peut, dans cos conditions nouvelles, faire descendre sa température intérieure jusqu’à -f- 6°, + 5°, + 4°, 3° sans le faire périr. M. Horwath a pu ramener à la

vie, par réchauffement gradué, une marmotte dont la température propre intérieure avait etc abaissée à + 1°,8.

Lorsqu’une marmotte endormie du sommeil d'hiver va se réveiller et reprendre sa vie normale, voici ce qu’a observé M. Horwath. La température extérieure étant de -)- 8° et la température d’une marmotte prise dans le rectum étant sensiblement la même, il n’a fallu à l’animal que trois heures pour reprendre sa température de 37°. Le réchauffement spontané s’est accompli de la manière suivante: pendant les premiers moments, la température de l’animal a monté très lentement; au bout d'une heure cette ascension n’était que de 2°; pendant la deuxième heure l'animal avait gagné 5 degrés en sus; dans la demi-heure suivante 15°; enfin l’animal avait recouvré sa température normale à la fin de la troisième heure.

1 M. Horwath a fait, sous le rapport de l’âge, une observation très intéressante, au point de vue pratique.

Les animaux adultes, nous l’avons vu, ne supportent pas, sans périr, un refroidissement qui abaisse leur température propre au-dessous de + 20°. Les très jeunes mammifères (pendant les heures qui suivent leur naissance) peuvent supporter des portes do chaleur beaucoup plus grandes. Alors môme que leur chaleur est descendue à + 12°, + 10°, -f- 8°, on peut encore les rappeler à la vie. La porte de la chaleur propre qui entraîne fatalement la mort lui a semblé être de -f- 5".

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