CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
montrer) que la production de chaleur se règle dans une certaine mesure sur les quantités de chaleur perdue. Les individus, par exemple, qui portent sous la peau une couche épaisse de tissu aqueux, couche mauvaise conductrice de la chaleur, produisent probablement moins de chaleur en un temps donné que les individus très maigres, et l’équilibre de température se trouve ainsi maintenu.
11 est certain qu’en général les individus maigres ont l’appétit plus développé que les individus très gras, et introduisent ainsi dans leur intérieur une masse plus considérable de matériaux combustibles, ou thermogènes.
Le régime exerce une influence très importante sur la température animale, on le conçoit aisément, puisqu’il introduit dans l’économie les matériaux de la combustion. La privation partielle ou absolue des aliments entraîne, sous ce rapport, des abaissements considérables de chaleur (Yoy. § 212).
Dans les maladies , l’élévation de la température du corps peut atteindre 4, o, 6, 7 degrés au-dessus de la température moyenne, mais elle ne dépasse pas ce terme. Nous avons vu plus haut que c’est aussi la limite d’échauffement du corps au delà de laquelle l’animal succombe lorsqu’il est longtemps exposé à une température supérieure à la sienne. Dans les maladies, les sensations subjectives de chaleur ou de froid ne sont pas toujours des indices de l’élévation ou de l’abaissement de la température du corps. M. Martine avait déjà noté que, dans le frisson de la fièvre intermittente, la chaleur, loin d’être diminuée, est, au contraire, augmentée, et de nombreuses observations ont établi que l’élévation de la température pouvait être portée, pendant cette période, jusqu’à 3 ou 4 degrés au-dessus de la température normale. L’élévation de température de la fièvre peut commencer peu après le début du frisson. Son maximum peut correspondre, soit à la fin du frisson, soit à la période de la chaleur, soit même au début de la période de sueur1.
Lorsque l’homme succombe, la respiration et la circulation s’abaissent peu à peu, et avec elles la température. Les parties les plus éloignées du centre circulatoire, telles que les pieds, les mains, le nez, les oreilles, etc., se refroidissent les premières. Lorsque l’homme a succombé, son cadavre se refroidit peu à peu. La source de chaleur étant supprimée, le refroidissement rentre complètement dans l’ordre des phénomènes physiques. La promptitude du refroidissement dépend alors et de la température extérieure et de la conductibilité des tissus animaux pour le calorique, et des substances qui environnent le cadavre, et de l’état d’embonpoint ou d’émaciation, etc. Lorsque les parties superficielles sontà peu près arrivées à l’équilibre de température avec les corps environnants, les parties profondes conservent longtemps encore un certain degré de chaleur ; les tissus animaux sont, en effet, de mauvais conducteurs du calorique 2.
On a cru longtemps (on discutait encore sérieusement cette question au début de nos études médicales) que, dans des conditions particulières, la tem-
1 Ces différences dépendent très vraisemblablement de l’intensité et de la duree des frissons (Voy. g 165 bis).
2 II arrive souvent que dans les instants qui précèdent la mort, et aussi après la mort, la température s’élève un peu. Cet effet passager tient à la suppression do la circulation de l’air dans les poumons, et par conséquent à la suppression d’une source de refroidissement. Il tient aussi à la suppression de la circulation sanguine superficielle ; le sang, stagnant dans ses foyers intérieurs, se refroidit un peu moins vite que dans les instants qui ont précédé. L’élévation de la température du corps post mortem peut encore tenir à une autre cause, sur laquelle nous reviendrons (Voy. g 165 bis).
pérature propre de l’homme pouvait s’élever au point de déterminer spontanément dans ses tissus une combustion vive, analogue à celle de nos foyers. Certains cas de mort accompagnés d’une carbonisation plus ou moins étendue et plus ou moins profonde des tissus, alors que tout foyer extérieur de combustion paraissait faire défaut autour de la victime, ont fait supposer que la chose était possible. Mais, s’il est bien certain que des matières organiques (surtout végétales), accumulées en masse, s’échauffent parfois jusqu’à 90 et 100 degrés, et que leur échauffement peut être exceptionnellement porté jusqu’à l’inflammation spontanée, l’homme et les animaux vivants ne se trouvent point dans des conditions de ce genre. Bien loin de pouvoir s’élever au degré de la combustion vive, ou même seulement à 100 degrés, leur température, nous venons de le voir, ne peut varier que dans des limites très restreintes. Ce quia contribué à entretenir l’erreur des combustions dites spontanées, c’est que le point de départ de la combustion disparaît parfois sans laisser de traces derrière lui : c’est ce qui arrive notamment lorsque le feu est communiqué aux pièces du vêtement par la flamme d’une lumière, ou par des allumettes chimiques. 11 faut remarquer que ces faits de combustion se montrent surtout chez les personnes recouvertes d’une couche abondante de graisse sous-cutanée, ou sur des individus accoutumés aux excès alcooliques, et dans le moment même où les tissus sont imprégnés d’alcool. Des sources faibles de combustion, qui, en tout autre temps et dans d’autres conditions, eussent été insuffisantes à brûler les tissus, ont trouvé alors un aliment à leur activité.
sources «le la chaleur animale. — Toutes les combustions chimiques qui s’accomplissent sous nos yeux donnent naissance à un dégagement de chaleur. Tantôt ce dégagement est rapide et le phénomène est saisissant, comme, par exemple, lorsque du bois ou du charbon se consument dans un foyer. Tantôt, au contraire, la combustion est lente, et la chaleur développée, se dissipant au fur à mesure par rayonnemenL et par contact, ne frappe pas aussi directement les sens. C’est ce qui arrive, par exemple, toutes les fois qu’un bâton de phosphore se combine, par combustion lente, avec l’oxygène, ou lorsque des amas de substances végétales en fermentation absorbent l’oxygène de l’air. Mais dans ces derniers exemples, tout aussi bien que dans le premier, la quantité absolue de chaleur produite est proportionnelle à la réaction.
La production de la chaleur animale peut être comparée, d’une manière assez exacte, à ces combustions ou oxydations lentes. L’ingénieuse comparaison formulée à la fin du siècle passé par Lavoisier : « la respiration est une combustion lente, dans laquelle la substance de l’animal fournit le combustible et l’oxygène de l’air l’élément comburant », est toujours absolument exacte, dans son énoncé général. .
11 y a incessamment de l’oxygène introduit dans l’organisme par la respiration ; il y a incessamment aussi de l’acide carbonique et de l’eau produits. Or, cette combinaison de l’oxygène avec les éléments carbonés et hydrogénés de nos tissus, dont l’acide carbonique et l’eau sont les termes ultimes, constitue en définitive une véritable combustion, et toute combustion est accompagnée de chaleur. L’acide carbonique et l’eau ne sont pas, d’ailleurs, les seuls termes