CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
définitifs des oxydations animales. Il s’échappe encore, par diverses voies de sécrétion, desproduits d’oxydations incomplètes, qui dégagent aussi de la chaleur; tels sont par exemple l’urée et l’acide urique qui s’échappent avec l’urine ; les taurocholates et glycocholates de la bile, plus oumoins modifiés dans l’intestin, qui s’échappent avec les matières fécales, etc.
La source de la chaleur animale devant être recherchée dans les actions chimiques qui s’accomplissent dans les tissus sous l’influence de l’oxygène absorbé, la respiration et la chaleur animale se trouvent unies ensemble par les liens les plus étroits. Les oxydations complètesd’où résultentla formation de l’acide carbonique et celle de l’eau sont les deux sources principales de la chaleur animale ; mais le processus successif des actes chimiques de la sécrétion, ainsi que les oxydations incomplètes en vertu desquelles se forment les divers produits de sécrétion, y ont aussi leur part.
La chaleur ne se développe donc pas en un point particulier de l’économie pour se répandre. de là dans toutes les parties comme on l’a cru autrefois. Il est impossible de ne pas reconnaître (les faits rapportés au § 150 ne laissent aucun doute à cet égard) que la chaleur a des foyers multiples et qu’elle s’engendre partout où s’accomplissent les métamorphoses de la nutrition L C’est donc là où les matériaux de la nutrition sont apportés par les vaisseaux artériels, là où les produits de métamorphose sont emportés par les vaisseaux veineux, c’est-à-dire au sein des tissus, traversés et arrosés par le réseau capillaire, qu’il faut en chercherl’origine. Voilà pourquoi le sang, sans êtrele véritablefoyer de la chaleur en est en quelque sorte le messager ; et comment, analogue à une sorte de calorifère à circulation continue, il reçoit et transporte la chaleur partout où il pénètre.
Bien que le problème de la chaleur animale nJait pas été expérimentalement résolu dans toutes ses parties, on peut dire que partout où il a été étudié il a donné les mêmes résultats, c’est à-dire que la chaleur produite s’est toujours montrée en rapport avec le travail chimique des tissus et proportionnelle à ce travail. Les tissus très riches en vaisseaux et dans lesquels les échanges de la nutrition sont très actifs, les muscles et les glandes, parexemple, paraissent être ceux qui engendrent le plus de chaleur. Le système nerveux envisagé dans ses parties centrales (encéphale et moelle) et dans ses parties périphériques (nerfs) joue aussi dans les phénomènes de la calorification une action sur la nature de laquelle on s’est quelquefois mépris, mais qui n’en est pas moins importante.
Le rôle que jouent les muscles dans la production de la chaleur est sans contredit le premier. Nous l’examinerons en détail dans le paragraphe suivant (165 bis).
Les actes qui s’accomplissent dans les glandes aux dépens du sang qui les
1 Lavoisier avait cru que le foyer de la chaleur était le poumon. Lagrange avait combattu cette manière de voir en faisant remarquer que le poumon, s’il était l'unique foyer de la chaleur, ne pourrait résister à, une pareille température. L’opposition de Lagrange était fondée; son raisonnement était faux. M. Berthelot a montré, par le calcul, qu’en supposant que tout l’acide carbonique produit par la respiration fût engendré exclusivement dans le poumon, la température de cet organe ne s’élèverait que de quelques degrés au-dessus de la température générale du corps. Ce sont les expériences de Spallanzani, et aussi les recherches de Magnus et de ses successeurs, qui ont nettement établi le rôle du poumon. Le poumon est le lieu de l’introduction de l’oxygène. Mais il est plutôt le siège d’une déperdition de chaleur par suite du courant d’air de la respiration qui lui enlève plus de chaleur que les métamorphoses de nutrition dont il est le théâtre (de même que tout organe qui se nourrit) n’en produisent.
traverse sont, ou peuvent être, de deux sortes : ce sont des actes nutritifs et des actes sécrétoires. Les premiers s’accomplissent comme dans tous les tissus vivants, d’une manière uniforme, ou tout au moins continue. Les seconds qui viennent se joindre aux premiers, soit d’une manière continue, soit d’après les modes intermittents ou rémittents, semblent prédominer quand ils entrent en jeu. C’est au moins la conclusion qu’il est permis de tirer de la coloration du sang veineux qui sort des glandes. Quand elles sont dans toute leur activité sécrétoire, le sang qui les a traversées ne présente pas les qualités ordinaires du sang veineux ; il n’en a pas la couleur foncée comme celui qui revient des autres parties et notamment des muscles, et il diffère peu, pour la couleur, de celui qui aborde à la glande par les artères (Voy. § 172 bis). Le sang veineux est même d’autant plus rouge, que la glande sécrète davantage. Dans la période de sécrétion la quantité de sang qui la traverse est aussi très augmentée par suite des modifications qui surviennent dans le calibre des vaisseaux; en même temps la température de la glande s'élève , et cette élévation de température n’est pas seulement la conséquence de la masse plus considérable de sang qui la traverse. Ce qui le prouve, c’est que la température prise dans le sang qui sort de la glande est supérieure à celle du sang qui arrive par l’artère. On peut constater directement cette différence en introduisant simultanément deux aiguilles thermo-électriques dont les soudures médianes répondent au centre du calibre, l’une de l’artère rénale, l’autre de la veine rénale, et en introduisant ces deux aiguilles dans un circuit galvanométrique. L’excès de température du sang veineux, et par conséquent de la soudure plongée dans la veine rénale, s’accuse par une déviation de l’aiguille du galvanomètre généralement équivalente à 2 ou 3 dixièmes de degrés. Si au lieu d’interroger le rein dont la sécrétion est sensiblement continue, ou tente l’expérience sur le foie, on trouve pareillement (Voyez les analyses de M. Cl. Bernard, § 163) que la température du sang qui sort du foie par les veines sus-hépatiques est plus élevée que celle du sang qui aborde à la glande par la veine porte. Si au lieu de faire porter la recherche sur une glande comme le rein dont l’activité sécrétoire est sensiblement continue ou sur le foie qui présente le mode rémittent, on s’adresse à des glandes dont la sécrétion appartient plutôt au type intermittent comme la glande sousmaxillaire par exemple, la différence de température entre le sang que reçoit la glande et le sang qui en sort ne peut guère être constatée que quand on sollicite son activité sécrétoire (soit par action réflexe à l’aide de l’excitation de la muqueuse buccale, soit par excitation des nerfs qui s’y rendent).
M. Cl. Bernard qui, le premier, a mis ces faits en lumière, n’a pas seulement fait porter son examen sur la couleur et sur la température du sang qui sort d’une glande qui sécrète ; il a montré aussi que ces deux facteurs sont liés à un troisième, je veux parler de la proportion comparée d’oxygène contenue dans le sang veineux d’une glande au repos et d’une glande en activité. En recueillant sur un chien une certaine quantité de sang artériel pris dans l’artère principale de la glande sous-maxillaire et une égale quantité de sang veineux pris dans la veine principale de la même glande, on trouve, par exemple, quand la glande est à l'état de repos, 9CC,80 d'oxygène dans le sang artériel et 3CC,92 dans le sang veineux 1 ; et quand la glande est à l'état d'activité on trouve 6CC,01
1 La glande étant îi l’état de repos le sang veineux a les caractères ordinaires du sang veineux, il est brun foncé.