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CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE

d’oxygène dans le sang veineux pour 9CC, 80 d’oxygène dans le sang artériel.

La proportion d’oxygène contenue dans le sang veineux d’une glande qui sécrète l’emporte donc sur la quantité d’oxygène qu’il contient quand il sort d’une glande à l’état de repos ; et ceci explique la couleur moins foncée du sang veineux qui sort d'une glande en activité. Mais il ne faudrait pas conclure de ces analyses que les réactions chimiques qui s’accomplissent au sein d’une glande qui sécrète se sont ralenties ni que les proportions d’oxvgène consommé ont diminué. Il ne faut pas oublier, en effet, que pendant la période d’activité, la glande sous-maxillaire était traversée, ainsi que l’a établi par expérience M. Cl. Bernard, par cinq fois plus de sang environ que pendant la période du repos. Si la glande, à l’état de repos, consommait 9CC,80 — 3CC,92, c’est-à-dire occ,88 d’oxygène; pendant la période d’activité, elle consommait, dans le môme temps, 9CC,80 — 6CC,01, c’est-à-dire 3CC,79 d’oxygène qu'il faut multiplier par cinq, c’est-à-dire I8CC,95 : ce qui explique clairement l’élévation de température.

11 n’est pas inutile de remarquer ici que cette augmentation dans la production de chaleur, qui correspond à une consommation d’oxygène, et par conséquent à ce qu’on appelle une oxydation, représente un travail chimique différent de celui qui accompagne les actes de nutrition proprement dits, de celui qui s’accomplit dans les glandes au repos, de celui qui a lieu au sein des muscles ; en un mot, de celui qui se traduit par la production de l’acide carbonique et la vénosité du sang. Ce n’est donc pas seulement une combustion de carbone et d’hydrogène, mais une série de réactions plus complexes qui s’accomplissent à l’aide de l’oxygène au contact des éléments histologiques des glandes l.

Dans les premières années du siècle (entre 1811 et 1820), il y eut une sorte de réaction contre la doctrine chimique de la chaleur animale et on crut avoir trouvé dans le systèmenerveux central le véritable foyer de la chaleur. M. Brodie, qui s’était constitué le principal défenseur de cette doctrine, avait tiré de ses expériences les conclusions suivantes : 1° chez un animal auquel on a enlevé l’encéphale en le décapitant, et dont on entretient la vie à l’aide d’une respiration artificielle, le refroidissement arrive promptement, quoique les phénomènes chimiques de la respiration continuent à s’accomplir ; 2° un pareil animal (décapité et soumis à une respiration artificielle) se refroidit plus vite qu’un animal mort, non décapité, et qu’on abandonne à lui-même.

Examinons d’abord la première conclusion. Gomment M. Brodie constatait-il que les phénomènes chimiques de la respiration continuaient à s’accomplir sur l’animal en expérience? Sur ce simple indice, que le sang artériel continuait à être rouge. Évidemment, ce caractère ne saurait suffire ; du sang veineux extrait du corps de l’animal devient rouge et rutilant quand on l’agite avec de l’air, en vertu de l’action de l’oxygène sur les globules; mais de là aux réactions chimiques de l’oxygène sur les tissus, il y a loin. Ce dont il eût fallu tenir comple, ce qu’il eût fallu rigoureusement apprécier, c’était, d’une part, la quantité d’oxygène consommée par l’animal, et d’autre part, la quantité d’acide carbonique produite. La seconde conclusion de M. Brodie est d’ailleurs tout à fait inexacte. Un animal décapité dont on entretient artificiellement et convenablement la res-

1 Aux expériences qui ont porté sur les reins, sur le foie, sur les glandes salivaires, il faut joindre les recherches récentes de M. Hankel sur les glandes sudoripares. A l’aide de plaques thermo-électriques, M. Hankel a constaté une élévation de température dans les parties de la peau qui sécrètent, élévation qui dure aussi longtemps que la sécrétion.

Béclard, édition.

piration vit assez longtemps, et sa température baisse beaucoup moins rapidement que celle d’un animal mort qu’on abandonne à lui-même. Les expériences de Wilson Philips, celles de Hastings étaient déjà démonstratives à cette époque et elles sont aujourd’hui, on peut le dire, monnaie courante dans tous les laboratoires de physiologie. Oui, si le courant d’air qu’on fait passer au travers des poumons est trop précipité , il contribue au moins autant à refroidir l’animal qu’à lui fournir l’élément comburant. Aussi faut-il avoir soin, dans ces expériences, de conduire avec lenteur les mouvements respiratoires en se rapprochant autant que possible du rythme normal. Du reste, il faut observer que des animaux qu’on a décapités ou auxquels on a fait subir des lésions étendues du système nerveux central, ne vivent qu’un temps limité et que leur température s’abaisse peu à peu; mais il faut remarquer aussi que la quantité d’oxygène absorbé et que la quantité d’acide carbonique exhalé diminuent en même temps. Toutes les lésions graves du système nerveux, en effet, retentissent sur les phénomènes circulatoires en modifiant les mouvements du cœur et aussi la circulation périphérique.

Tandis que M. Brodie croyait pouvoir tirer de ses expériences la conclusion que la source de la chaleur animale est dans le système nerveux céphalo-rachidien, M. Chossat de son côté (1820) plaçait le foyer de la chaleur animale dans le système nerveux du grand sympathique. Les expériences sur lesquelles s’appuyait M. Chossat sont si peu probantes et si singulièrement interprétées que nous ne nous arrêterons pas à les réfuter.

Mais, si le système nerveux ne possède pas la propriété qu’on a cherché à lui attribuer d’être le grand et unique producteur du calorique, il n’en est pas moins, de même que tous les tissus, le siège d’actes nutritifs, c’est-à-dire de phénomènes d’oxydation; et par conséquent générateur de chaleur. Mais là ne se borne pas son rôle. Son action la plus importante s’exerce par l’intermédiaire du système circulatoire dont il tient l’élément contractile sous sa dépendance, et à l’aide duquel il peut, par l’intermédiaire de l’irrigation sanguine, modifier profondément la température des parties. S’il n’est par lui-même, et comme tissu vivant, qu’un producteur de chaleur analogue aux autres, il joue indirectement, à l’aide de l’appareil vasculaire, un rôle de distributeur et de répartiteur du plus grand intérêt.

Le dégagement de chaleur auquel donne lieu l’activité des organes nerveux périphériques (nerfs) avait d’abord échappé aux recherches des expérimentateurs, et en particulier de M. Helmholtz. Il est assez faible en effet, pour qu’il soit à peu près impossible de le constater sur un animal h sang chaud, parce que l’élévation de température qu’il apporte à la température propre de l’animal est à peine sensible. Pour le constater il faut se placer dans des conditions parliculières, c’est-à-dire opérer soit sur un animal à sang froid, soit sur un animal à sang chaud qu’on a refroidi , c’est-à-dire dont on a artificiellement abaissé la température d’une dizaine de degrés (voyez page 522) en le maintenant pendant un temps convenable dans un mélange réfrigérant.

Voici comment on peut procéder : on refroidit un lapin, on désarticule la cuisse, puis on découvre le nerf sciatique, en conservant les muscles de la jambe. Le nerf n’a point perdu son excitabilité.

Les choses étant dans cet état, on constate à l’aide de deux aiguilles thermoélectriques introduites dans le circuit galvanométrique, et dont on applique

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