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CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE

les soudures sur divers points de la surface du nerf, que celui-ci à la même température dans toute son étendue dénudée. Si alors on excite un point du nerf qui correspond à l’une des soudures, cette soudure accuse une élévation de température qui correspond au point excité. Il s’agit bien là d’une élévation de température due à l’action nerveuse, et par conséquent d’un phénomène physiologique, car, ainsi que l’a remarqué M. Schiff, cette production de chaleur adéquate à l’action nerveuse va en diminuant à mesure que celle-ci s’affaiblit, et disparaît au moment où l’animal va mourir 1.

La chaleur engendrée dans le système nerveux central est plus aisée à constater. D’une part, les recherches relatives à la température du sang ont appris que le sang qui sort de l’encéphale est plus chaud dans les sinus veineux intra-craniens qu’il ne l’est dans l’artère carotide qui se dirige vers le cerveau. Et la différence est d’autant plus marquée que le système nerveux central a été plus fortement excité soit par l’éveil de la sensibilité, soit par des stimulations directes. Les recherches de M. P. Bert sur la respiration des tissus (voyez § 165 bis) ont d’ailleurs appris qu’après les muscles la substance nerveuse est celle qui consomme le plus d’oxygène en un temps donné.

L’action qu’exerce le système nerveux sur la température des parties par l’intermédiaire du système vasculaire sera plus tard l’objet d’une étude spéciale. Nous nous bornerons à montrer ici quelles sont l’importance, l'étendue et la complexité de cette action. Lorsqu’on divise les nerfs qui vont se rendre à la tunique vasculaire des vaisseaux il se produit un effet qu’on n’avait pas attendu tout d’abord, mais qui s’explique aisément : la température des parties qui reçoivent les vaisseaux paralysés ne tarde pas hs'élever. Serait-ce par une exagération du travail nutritif et par une production exagérée de la chaleur locale ? Nullement. Cet effet est dù à l’agrandissement du calibre des vaisseaux, c’est-à-dire à l’agrandissement de la carrière sanguine.

Supposons par exemple que les nerfs qui ont été coupés se rendent aux vaisseaux de l'oreille. Les deux oreilles, celle du côté de la lésion et celle du côté sain, sont exposées aux mêmes causes de refroidissement, mais l’oreille du côté correspondant à la section nerveuse étant traversée dans le même temps par une masse de liquide échauffé (sang1 plus abondante, il en résulte que sa température l’emporte sur celle du côté opposé.

Lorsqu’on plonge pendant quelque temps le coude dans de l’eau à la glace, l’action du froid se fait sentir sur un gros nerf relativement superficiel, le nerf cubital, et il en résulte un effet de paralysie momentané sur les filets de ce nerf qui vont aux vaisseaux correspondants à la distribution périphérique du nerf : de là une augmentation dans le calibre des vaisseaux, et, comme conséquence, une élévation de température du doigt annulaire et du petit doigt. Ce résultat est tout à fait analogue à celui de l’oreille.

Si au lieu d’une cause paralysante, comme l’est une section nerveuse ou comme l’est l’action du froid, il s’agissait au contraire d’une cause excitante, l’effet opposé pourrait se produire, c’est-à-dire une diminution dans le calibre des vaisseaux. Ainsi, à la suite de contusions des nerfs du bras on a quelquefois observé (M. Terrillon appelait dernièrement l’attention sur ce point) un abaissement remarquable de la température des doigts placés dans le terri-

1 M. O. Funke a constaté que les nerfs ont généralement une réaction neutre au papier de tournesol ; lorsqu'on les a longtemps excités cette réaction devient acide.

toire sanguin innervé par les nerfs confus ; la contusion et le travail morbide qui en est la conséquence agissent dans ces conditions comme une sorte d’excitant permanent qui dure autant que la lésion 1 .

Quand la cause, soit excitante, soit paralysante, agit non pas sur un point circonscrit du système nerveux périphérique, mais sur le système nerveux central (moelle ou encéphale), les modifications dans la chaleur des parties, qui en sont la conséquence peuvent aussi consister soit dans des élévations soit dans des abaissements de température, suivant que les effets de la paralysie ou de l’excitation des tuniques vasculaires des vaisseaux prédominent. Les deux effets peuvent même s’associer et se produire ensemble, c’est-à-dire que certaines parties peuvent être plus chaudes et d’autres plus froides, et cela en même temps, suivant le genre d’influence qui se produit dans chacune d’elles.

Les lésions profondes du système nerveux central (sections de la moelle h diverses hauteurs), section des pédoncules, des hémisphères, du pont devarole, etc.), il ne faut pas l’oublier, n’ont pas seulement pour effet de supprimer l’action nerveuse des tuniques contractiles des vaisseaux, mais aussi d’entraîner la paralysie des masses musculaires des membres et du tronc. Les effets deviennent alors très complexes. Si les membres paralysés, par exemple, offrent, par suite de la paralysie des tuniques vasculaires, une carrière plus large à l’irrigation sanguine et si cette influence se fait sentir tout d’abord par une élévation de température à la périphérie, la suppresion des actions musculaires qui entraîne une profonde diminution dans les métamorphoses de la nutrition et dans la production de la chaleur (Voy. § 165 bis) tend à abaisser la température au centre de la masse du membre et cet abaissement, qui est la conséquence définitive de ces grandes lésions, ne tarde guère à prédominer. Ajoutons encore (M. Parinaud le faisait dernièrement remarquer) que la paralysie des vaisseaux superficiels, qui dans le principe peut donner lieu à une élévation passagère de température, contribue plus tard à son abaissement (la masse du sang qui les traverse étant augmentée, les pertes de chaleur dues au rayonnement le sont aussi).

De tout ce qui précède, il résulte donc que la chaleur développée par les animaux est le résultat des réactions chimiques de la nutrition, c’est-à-dire des combustions lentes, complètes ou incomplètes, qui s’effectuent dans l’intimité des tissus. Dans les parties profondes, soustraites aux causes de refroidissement, le sang est toujours plus chaud dans les veines que dans les artères correspondantes. On observe les mêmes phénomènes dans les parties périphériques, à la condition de les soustraire au refroidissement (rayonnement, contact, évaporation), à l'aide de couches de ouate, d’où il résulte que la production de chaleur s’effectue là où le sang traverse le réseau capillaire, c’est-à-dire dans la

1 Voici une expérience très simple, que chacun peut reproduire et qui montre bien (et dans des proportions qui dépassent les différences dont il est ici question) l'influence de l'irrigation sanguine surla température des parties, abstraction faite de tout travail organique local producteur do chaleur.

La température extérieure de l’appartement étant, je suppose, de 20° ou 25° (dans la saison d’été par exemple), élevez le bras par en haut et laissez-le dans cette position pendant 10 minutes, puis prenez alors la température de la main. Celle-ci est descendue généralement è 29° ou 28°, 5. Abaissez maintenant le bras et maintenez la main pendante durant 10 minutes, sa température est alors de 35°, 5 à 3G". Il a donc suffi d’augmenter ou de diminuer la masse du sang qui parcourt les vaisseaux pour faire varier sa température de 7 à 8 degrés centigrades. Le phénomène est surtout accusé dans la main parce que le sang s’y accumule en plus grandes proportions que dans les autres parties du membre supérieur. Mais on peut constater dans les mêmes conditions (et en s’entourant des précautions convenables pour la prise des températures) que la chaleur de l’avantbras, prise à sa surface, peut varier, dans ces conditions, de 3 à 4 degrés centigrades.

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