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CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE

trame même des organes. Il n’y a donc pas de siège unique de la chaleur, bien qu’il y ait des systèmes (le musculaire entre autres) qui jouent le rôle de foyers prépondérants. « La calorification, dit M. Bernard, est une propriété universelle. Elle appartient, dans des degrés divers, à tous les éléments et à tous les tissus de l’animal. »

Quant au système nerveux son rôle spécial peut se résumer en peu de mots. Par l’intermédiaire des vaisseaux, il peut, soit égaliser la température des parties, soit l’augmenter, soit la diminuer. Les phénomènes de la calorification sont en effet de deux ordres : création de chaleur; répartition de la chaleur créée. La création de la chaleur est un phénomène de nutrition ; la répartition est du ressort de la circulation. La révolution rapide du sang atténue les différences que des circonstances’ diverses (intensité variable des réactions chimiques; variabilité des conditions extérieures) tendraient à amener dans les divers départements de l’économie. Toutefois, bien que sensiblement uniforme dans l’ensemble de son cours, quand on l’envisage pendant une certaine période de temps, le sang qui traverse les tissus subit, çà et là, des variations de vitesse dans son cours et des variations de quantité dans sa masse : c’est le système nerveux qui commande ces variations pour certains buts déterminés et par certains moyens 1 .

Nous ajouterons, enfin, que les circulations locales, si dépendantes du système nerveux, ne sont pas sans influence sur la création même de la chaleur; elles constituent, par l’abord augmenté du sang, des conditions nouvelles, c’està-dire un milieu favorable (et de plus en plus actif à mesure qu’il s’accroît davantage) pour les échanges de la nutrition avec leurs conséquences chimiques et thermiques.

La question du lieu précis où s’accomplissent les oxydations de nutrition ne fait plus doute aujourd’hui. Ce n’est pas dans le sang qui circule dans le réseau des vaisseaux capillaires qu’il faut chercher la véritable source de la chaleur. Si), dans l’intérieur même des vaisseaux, les éléments figurés du sang subissent des modifications qui se rattachent aux métamorphoses de la nutrition, ce n’est là qu’une fraction dans l’ensemble des actes nutritifs. Sans invoquer les lois physiques de la diffusion ainsi que le fait M. Pfliiger, pour expliquer comment l’oxygène uni aux hématies s’échappe au travers des parois des vaisseaux capillaires, on peut trouver d’autres preuves de la pénétration, dans l’intimité des tissus, de l’élément producteur de chaleur, je veux dire de l’oxygène. Déjà nous en avons signalé quelques-unes (page 391) et nous en indiquerons d’autres (§ 165 bis). Il nous suffira de faire remarquer ici que quand on examine un animal pendant une durée de 24 heures, la proportion d’oxygène qu’il emprunte à l’air qu’il respire l’emporte beaucoup pendant la période de repos (nuit) sur £elle qu’il absorbe pendant la période ' d’activité (jour). Or, où va cet excès d’oxygène absorbé pendant la nuit, si ce n’est dans les tissus de l’économie, où il s’emmagasine pour ainsi dire ; dans les tissus, c’est-à-dire là où s’accomplit toute la série des transformations intermédiaires que subissent les matières organiques, avant de revêtir les formes

i Ces moyens sont (voy. page 32G) : 1° le mécanisme régulateur des résistances , placé dans les vaisseaux périphériques (tuniques vasculaires des vaisseaux) ; 2° le mécanisme régulateur des impulsions, placé dans l’organe moteur central (fibres musculaires du cœur) Nous examinerons plus tard commentée double mécanisme est mis en mouvement.

sous lesquelles elles seront rejetées de l’économie parles surfaces respiratoires, la peau et les diverses voies d'excrétion.

De même que nous voyons les animaux placés aux derniers degrés de l’échelle zoologique (les infusoires mono-cellulaires par exemple) respirer directement, c’est-à-dire s’assimiler l’oxygène du milieu liquide qui les contient ; de même, les éléments anatomiques des êtres les plus élevés respirent et s’assimilent l’oxygène apporté sans cesse par le milieu intermédiaire (le sang) qui établit leurs rapports avec le milieu extérieur (l’air) l.

La production de la chaleur dans les plantes coïncide , comme ehez les animaux, avec ces oxydations qui s’accomplissent dans leurs tissus. Dans l’état ordinaire, les parties vertes des plantes absorbent l’acide carbonique de l’air et exhalent de l’oxygène, sous l’influence de la radiation solaire ; elles ne produisent pas de chaleur. Mais, au moment de la germination et au moment de la floraison, les plantes offrent, au contraire, une certaine analogie avec les animaux : elles dégagent de l’acide carbonique par une véritable combustion et produisent de la chaleur. On a observé une élévation de 11 à 12 degrés audessus de la température extérieure, pendant la germination de l 'arum maculalum. En tenant compte de toutes les recherches qui ont été faites sur ce sujet on peut dire qu’une semence qui germe peut présenter une température supérieure de 5 à 25 degrés à celle de l’air ambiant. On a, de plus, démontré, à l’aide de l’analyse chimique, que, pendant la germination, le végétal embryonnaire brûle, comme l’animal, du carbone et de l’hydrogène. M. Yan Beck a noté une élévation de 22 degrés pendant la floraison du colocasia odorata, et M. Yrolik a remarqué que la température de cette plante augmentait, en ce moment, sous une cloche d’oxygène, et diminuait, au contraire, sous une cloche d’acide carbonique 2.

§ 165 bis.

Dca muscles et de la contraction musculaire dans ses rapports arec la température animale. — De la clialeur et du mouvement dans les êtres vivants. —

1 Les phénomènes de phosphorescence qui se montrent dans quelques organismes vivants sont aussi de nature à prouver que les oxydations génératrices de lumière s’accomplissent au sein même des tissus de l’animal. Tous les organes lumineux sont entourés de canaux aériens.

5 II n’est plus nécessaire aujourd’hui de réfuter longuement les diverses théories autrefois proposées pour expliquer la production de la chaleur animale. A une époque où l’on supposait que la force avec laquelle le cœur chasse le sang dans les vaisseaux était une force considérable, on attribuait la chaleur au frottement du sang contre les parois des canaux dans lesquels il circule. Mais, d'une part, on sait que la force du cœur est beaucoup moindre qu’on ne l’avait supposé, et, d’autre part, des expériences précises sur les mouvements des liquides ont démontré depuis longtemps que le frottement du sang contre les parois des vaisseaux est incapable de développer une chaleur appréciable. — Le mouvement musculaire élève, il est vrai, la température des muscles, et peut, quand il est général, élever la température générale du corps, mais c’est parce qu’il s’accompagne d’un travail chimique dans le sein des muscles, et non pas en vertu des frottements des tendons sur les poulies osseuses, comme le croyaient les iatro-mécaniciens.

Bichat invoquait, comme source de la température animale, le passage de l’état liquide à l’état solide des éléments du sang dans la nutrition. L’expérience prouve, en effet, que le sang en passant de l’état liquide à l’état solide dégage une petite quantité de chaleur, bien que le fait ait été nié par Hunter, par Davy, par M. Denis, etc. Mais, comme le volume de l’animal ne s’accroît pas indéfiniment; comme il est, au contraire, assujetti à une limite qu’il ne franchit point, il faut bien que la quantité des matériaux solides qui redeviennent liquides ou gazeux pour sortir par la voie des sécrétions et des exhalations soit égale à celle des matériaux liquides qui deviennent solides dans le même temps. Si, d’un côté, une certaine quantité de chaleur devient libre, d’un autre côté une quantité égale devient latente, il n’y a donc pas d’effet sensible produit.

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