CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
Dans les expériences de MM. Becquerel et Breschet, les deux métaux qui forment le circuit sont le fer et le cuivre. On comprend que, pour introduire la soudure dans le muscle, il est nécessaire de fractionner le circuit : celui-ci, en effet, peut se décomposer en quatre parties qu’on réunira ensuite pour exécuter l’expérience. Ces quatre parties sont : 1° deux aiguilles à soudure médiane, composées chacune d’une moitié acier et d’une moitié cuivre ; 2° un fil d’acier coupé sur le morceau même qui a servi à la confection des aiguilles ; 2° le fil du galvanomètre.
Les iguilles sont affilées à l’une de leurs extrémités (celle qui doit être introduite dans le muscle en expérience), et recouvertes d’un vernis.
Lorsqu’on veut apprécier la température d’un muscle, on enfonce au travers
Fig. 97.
Appareil thermo-électrique pour mesurer la température animale (Becquerel et Berchet).
À, réservoir contenant de l’eau à 36 degrés. Ce réservoir est placé dans :
B. cylindre en bois, contenant également de l'eau. Ce bain est destiné à entretenir dans le réservoir A une tempéra-
ture sensiblement constante.
C, vase en fer-blanc rempli d’eau, chauffé par une lampe. Cette eau est destinée à réchauffer le liquide contenu dans
le cylindre B et à maintenir sa température.
T, tube d’entrée de l’eau chaude dans le cylindre B.
H, robinet qui établit ou suspend la communication entre le liquide de C et celui de B.
rie, aiguille coudée placée dans le cylindre A, chauffée, par conséquent, à 36 degrés. La branche c de cette aiguille est en acier. La branche a est en cuivre. La soudure des deux métaux correspond au coude immergé dans l'eau. a' , une aiguille droite composée de deux métaux (acier et cuivre) est introduite dans le muscle biceps brachial. La soudure entre les deux moitiés de celte aiguille, c’est-à-dire entre les deux métaux, correspond à la partie moyenne du corps charnu du muscle.
G, galvanomètre interposé dans le courant.
des téguments une des deux aiguilles dans ce muscle, de manière que la soudure médiane de cette aiguille corresponde au centre du corps charnu ; on peut appeler cette aiguille, aiguille d'épreuve. On introduit la soudure de l’autre aiguille (aiguille coudée a c ) dans un bain à température constante (comme dans la figure
muscles (comme d’ailleurs toute autre température inconnue), on commence, à l’aide d’expériences préliminaires, par établir la relation des déviations de l’aiguille du galvanomètre multiplicateur annexé à l’appareil avec les différences de température des soudures des fils métalliques employés, en les maintenant immergées dans des bains d'huile dont la température est à chaque instant donnée à l’aide de thermomètres sensibles. On dresse ainsi une table, où les écarts de l’aiguille du galvanomètre se trouvent traduits en degrés et en fractions de degré centigrades, et ù laquelle on rapportera plus tard les expériences.
ci-jointe) ou plus simplement dans la bouche d’un aide. La température de la bouche est sensiblement constante surtout pendant une expérience de peu de durée. D’ailleurs, on a soin de placer dans le bain (ou dans la bouche de l’aide) un thermomètre sensible qui donne directement, au moment de l’expérience, la température de cette soudure. On peut désigner cette seconde aiguille sous le nom d 'aiguille de comparaison.
Cela fait, on réunit l’extrémité acier de l’aiguille d’épreuve avec l’extrémité acier de l’aiguille de comparaison à l’aide du fil d’acier dont nous avons parlé, puis on met en communication les extrémités cuivre des aiguilles avec chacun des bouts du fil du galnanomètre. Le circuit se trouvant ainsi établi, onattend que le galvanomètre, qui décrit généralement de petites oscillations sous l’influence de la chaleur communiquée par les doigts pendant ces diverses manipulations, soit revenu au zéro. On procède alors à l’expérience, qui consiste à faire contracter le muscle, soit sous l’influence d’un excitant, soit sous l’influence de la volonté, si l’homme est le sujetde l’expérience. C’est en procédant de cette manière que MM. Becquerel et Breschet ont constaté que la température du biceps brachial, qui au repos était de 36°, 50, pouvait, après la flexion répétée du bras, s’élever de 0°,5, et même de 1°, après des efforts énergiques.
M. Helmholtz a expérimenté sur les grenouilles, c’est-à-dire sur des animaux à sang froid, à muscles de petit volume, èt chez lesquels les élévations de température dues à la contraction musculaire sont, d’une manière absolue, moins élevées que dans l’homme et le chien ; dès lors il a dû chercher à donner plus de sensibilité à l’appareil thermo-électrique dont il a fait usage.
Le galvanomètre employé par lui, au lieu d’être formé d’un seul fil, est composé de deux fils de cuivre d’un millimètre de diamètre et dont chacun fait cinquante tours. Ces deux fils sont accouplés ensemble à leurs extrémités, de manière qu’ils représentent en somme un fil de même longueur et de section double.
Le circuit thermo-électrique diffère notablement de celui qu’ont employé dans leurs recherches MM. Becquerel et Breschet. Au lieu d’introduire une seule soudure d’épreuve au sein du muscle en expérience, M. Helmholtz en introduit trois, de manière à multiplier l’intensité du courant thermo-électrique.
Au lieu d’aiguilles thermo-électriques fer et cuivre, M. Helmholtz donne la préférence aux aiguilles cuivre et maillechort, parce que ce couple a un pouvoir thermo-électrique deux fois et demie plus grand que le couple fer et cuivre.
M. Helmholtz emploie trois aiguilles ayant chacune 1 décimètre de longueur et 2 millimètres de diamètre. Ces aiguilles sont formées d’une pièce médiane de fer aux extrémités de laquelle sont soudées deux pièces de maillechort, de telle sorte que chaque aiguille est formée de trois pièces de même longueur, et qu’elles comprennent chacune deux soudures.
Lorsqu’on veut procéder à l’expérience, on détache complètement une cuisse de grenouille du corps de l’animal ; l’autre cuisse est également sectionnée, mais on la laisse en communication avec la moelle épinière par ses nerfs.
Les trois aiguilles sont enfoncées dans la cuisse encore adhérente à l’animal par ses nerfs, de telle sorte que les soudures du même côté de ces trois aiguilles soient plongées dans la masse musculaire. Les mêmes aiguilles sont ensuite enfoncées dans l’autre cuisse, complètement séparée de l’animal, de manière que les trois autres soudures symétriques plongent dans la masse mus-