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CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE

culaire. Les soudures qui plongent dans la cuisse encore animée par ses nerfs sont ce que nous pouvons appeler les soudures d'épreuve ; les autres, séjournant dans une masse musculaire inerte, sont les soudures de comparaison l.

Les extrémités des aiguilles sont alors reliées entre elles à l’aide de communications métalliques, de manière à représenter une pile thermo-électrique; puis on interpose le tout dans le circuit du galvanomètre. Ajoutons que le tout (moins le galvanomètre) est introduit dans une petite caisse recouverte d’une glace, de manière que l’expérience s’accomplisse dans un milieu saturé de vapeur d’eau. Cette précaution, recommandée et mise en usage par M. Dutrochet dans ses recherches sur la température des animaux inférieurs, est nécessaire pour supprimer le refroidissement dû à l’évaporation, refroidissement dont la valeur pourrait n’être pas la même pour toutes les soudures, si l’expérience se faisait à l'air libre.

Les choses étant ainsi disposées, on attend que l’aiguille du galvanomètre soit arrêtée au zéro du cadran indicateur. Alors on fait passer le courant d’un appareil d’induction le long du rachis de l’animal. Cette excitation, portant sur la moelle, a pour effet de tétaniser les muscles de la cuisse, encore reliée à l’animal par ses nerfs. Cette excitation étant prolongée pendant une durée de deux ou trois minutes, on obtient finalement une déviation maximum de l’aiguille du galvanomètre, qui, traduite en degrés centigrades, accuse dans la cuisse contractée une élévation de température qui peut atteindre 0°, 14 ou même 0°, 18.

Les recherchesTailes sur l’homme et sur le chien (Becquerel et Breschet), celles faites sur la grenouille (Helmholtz), ont donc mis en évidence l’élévation de température du muscle pendant la contraction. J’ajoute qu’à l’aide d’appareils et d’aiguilles thermo-électriques spéciaux (dont nous parlerons plus loin), nous avons également, et à maintes reprises, constaté le même fait sur des animaux divers et sur l'homme.

Tandis que la température du muscle qui se contracte s’élève, la proportion d’oxygène qu’il consomme et la quantité d’acide carbonique qu’il produit s’élèvent également.

Alexandre de Humboldt, d’illustre mémoire, avait constaté, il y a déjà longtemps, que la contractilité musculaire persistait plus longtemps dans Pair que dans l’hydrogène, l’azote ou l’acide carbonique; plus longtemps dans l’oxygène que dans l’air : ce qu’observèrent, plus tard aussi, M. Tiedemann et M. Valentin. Quelques expériences entreprises sur le cœur de trois suppliciés avaient conduit Nysten aux mêmes résultats.

M. Georges Liebig a exécuté, plus récemment, un grand nombre d’expériences qui ont de l’analogie avec les précédentes. Son travail renferme plusieurs tableaux dans lesquels il examine l’influence des divers gaz sur le pouvoir contractile des muscles. Dans ces tableaux, toujours l’oxygène tient la tête, puis vient l’air atmosphérique.

Les premiers dosages de l’oxygène consommé et de l’acide carbonique produit dans un muscle qui se contracte ont été faits par M. Matteucci. Après

1 Ce procédé, qui a l’avantage de placer toutes les soudures dans le milieu même dont on veut apprécier les variations de température, a été mis en usage autrefois par M. Dutrochet dans ses délicates recherches sur la température dos insectes. Pour apprécier la température propre du corps de l’animal, il traversait, à l’aide d'une de ses aiguilles (fer et cuivre), le corps de l’animal vivant, et, à l’aide de l’aigu'Ue-de comparaison, le corps d’un animal mort de la même espèce,

avoir, comme ses devanciers, constaté que les muscles frais de la grenouille absorbent de l’oxygène et exhalent de l’acide carbonique1, il a cherché dans quelle mesure la contraction musculaire intervenait pour modifier les proportions de l’échange.

Les trains postérieurs de cinq grenouilles, pesant ensemble 34sr,3, sont placés dans un flacon de 85cc,18o de capacité, renfermant de l’air. Au bout d’une heure (les muscles ayant été laissés au repos), on trouve qu’il y a eu lcc,075 d’oxygène absorbé, et 0CO,907 d’acide carbonique exhalé. Les trains postérieurs de cinq grenouilles, pesant ensemble 34tr,2, sont placés dans un flacon de 82cc,828de capacité, renfermantde l’air, puis on sollicite la contraction musculaire dans ces muscles. Au bout de vingt minutes seulement, on trouve dans le milieu gazeux 2C0,723 d’oxygène absorbé, et 2CC,508 d’acide carbonique exhalé.

C’est ici le lieu de rappeler (avant d’aller plus loin) que, dans ses expériences sur les muscles au repos, M. Georges Liebig avait, dans quelques-unes d’entre elles, enlevé tout le sang que contenaient les vaisseaux du muscle, en faisant traverser l’appareil circulatoire par un courant d’eau distillée. Or, des muscles, ainsi dépouillés de tout leur sang, ont réagi sur l’air absolument comme les autres. M. Georges Liebig avait déjà, à cette époque, tiré de ses recherches cette conclusion que, sur le vivant, la formation d’acide carbonique n’a pas lieu dans les vaisseaux du muscle, mais dans le tissu du muscle lui-même, et que l’oyygène apporté par le sang s’échange au travers des parois des vaisseaux capillaires avec l’acide carbonique produit dans le muscle. Cette manière de voir,’ qui a été contestée depuis par MM. Voit, Fick, Wisclicenus, Frankland, Heaton, etc., a été récemment confirmée par de nouvelles recherches de M. Hermann. Le travail chimique corrélatif à la contraction s’accomplit dans la substance du muscle lui-même. L’oxygène apporté par la circulation traverse les parois des vaisseaux capillaires, et entre en combinaison immédiate avec la substance musculaire; immédiate , car les muscles frais, placés dans le vide, ne fournissent jamais d’oxygène, mais seulement de l’acide carbonique et de l’azote.

M. Cl. Bernard a abordé ce sujet avec sa supériorité habituelle. Au lieu d’agir sur des muscles ou sur des membres séparés de l’animal, il a pris pour sujet de ses recherches l’animal vivant. Ayant constaté que le sang veineux qui vient d’un muscle est d’autant plus foncé’que le muscle s’est contracté avec plus d’énergie ; ayant constaté, d’autre part, que la température du sang veineuxqui sortd’un muscle est plus élevée quand le muscle se contracte que quand il est au repos ; il a recherché, dans le sang qui traverse le muscle, les résultats chimiques du travail musculaire. Il met à découvert les vaisseaux qui vont se distribuer dans le muscle droit antérieur de la cuisse2 et il recueille une certaine quantité de sang dans l 'artère, et une même quantité dans la veine, soit pendant la période de repos, soit pendant la période d’activité du muscle (activité mise enjeu par les courants interrompus d’une bobine d’induction). Or, tandis que le sang qui arrivait au muscle par l’artère contenait, par exemple, 9cc,3l d’oxygène, le sang

1 M. Matteucci a aussi trouvé que le muscle exhale une faible proportion d’azote. Pour lui, la respiration des muscles est tout à fait analogue à la respiration pulmonaire. M. Hermann a également trouvé que des muscles frais, placés dans le vide , exhalent de l’acide carbonique et de l 'azote.

2 On choisit ce muscle parce que l’artère principale qu’il reçoit et la veine principale quit donne sont nettement isolées des autres vaisseaux de la cuisse.

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