CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
veineux qui en sortait contenait encore 8CC,21 d’oxygène quand il était au repos; pendant la période de contraction, le sang veineux n’en contenait plus que 3CC,31.
Un muscle à l’état de contraction consomme donc, sur l’animal vivant, une proportion d’oxygène très supérieure à celle qu’il absorbe à l’état de repos. L’analyse démontre toutefois que, même à l’état de repos, sa consommation d’oxygène a une certaine valeur. Mais il ne faut pas oublier que l’état de repos d’un muscle n’est pas le repos absolu. Tout muscle en relation à l’aide de ses nerfs avec le système nerveux central est dans un état permanent de tension qu’on nomme tonicité (voyez § 227), et qui disparaît instantanément par la section de ses nerfs. Un muscle à l’état de repos n’est donc pas un muscle à l’état d’inertie absolue comme l’est, par exemple, un muscle séparé de ses communications avec le système nerveux; en d’autres termes, un muscle à l’état de repos n’est pas un muscle paralysé. En analysant le sang qui sort d’un muscle paralysé (par la section de ses nerfs), M. Bernard a constaté que ce sang veineux contient une proportion d’oxygène qui diffère peu de celle que contient le sang artériel <|u’il reçoit. La coloration du sang veineux qui sort d’un muscle paralysé est d’ailleurs peu différente de la coloration du sang artériel L
La respiration musculaire (c’est-à-dire l’absorption d’oxygène et l’exhalation d'acide carbonique)n’est pas la seule manifestation nutritive du tissu musculaire, capable d’engendrer de la chaleur. Les muscles qui se contractent sont encore le théâtre d’autres transformations chimiques appréciables. Tout muscle au repos est alcalin comme la plupart des tissus de l’économie. Lorsqu’un muscle s’est contracté pendant quelque temps (l’expérience est facile à reproduire, il suffit d’exciter un muscle jusqu’à la fatigue), il devient neutre, puis acide (cet acide est l’acide sarco-lactique). De plus, la créatinine (principe alcalin) qu’il contient passe à l’état de créatine (principe neutre). Ces transformations diverses sont de l’ordre des oxydations. On en peut dire autant des suivantes. Si on fait digérer dans l’alcool des fragments de muscles qui ont été soumis à des contractions énergiques et répétées, on trouve que la proportion des matières solubles (dans l’alcool) que contiennent ces muscles l’emporte sur la proportion que donne un égal poids de muscles pris sur le même animal au repos. M. Helmholtz prend, par exemple, deux membres postérieurs d’une même grenouille dont il a enlevé la peau. Il sollicite la contraction de l’un des membres par 400 ou 500 décharges d’un appareil d’induction, et il laisse l’autre au repos pendant le même temps. Puis, les muscles de chaque membre sont détachés, pesés et soumis à l’alcool. Les matières extractives solubles dans ce
liquide s’y trouvent dans les proportions suivantes :
1 Dans un muscle paralysé la respiration rnusculaire est donc fort ralentie. Dans les expériences citées plus haut de MM. G. Liebig, P. Ber t, Matteucci, il est vrai que les fragments de muscles (analogues à des muscles paralysés) placés dans l’air atmosphérique ont absorbé de l’oxygène et exhalé de l’acide carbonique en proportions relativement assez élevées ; il ne faut pas oublier que ces expériences ont duré une heure, tandis que l’expérience dont il est ici question ne dure que le temps qu’il faut au sang qui circule pour entrer dans le muscle et pour en sortir.