CHAPITRE Y. CHALEUR ANIMALE
et d’où émane la chaleur. La température de chaque partie en particulier dépend de deux causes : d’une part, de l’activité des actions nutritives dont elle est le siège, et, d’autre part, de la manière dont elle est exposée aux causes de refroidissement ou protégée contre elles.
Les pertes de chaleur ayant lieu à la périphérie, la peau (en vertu de modifications de circulation que nous étudierons plus tard), peut, par l'arrêt ou l’activité des glandes de la sueur, diminuer ou augmenter les pertes de chaleur qui ont lieu à la périphérie. La peau exerce par conséquent une action régulatrice sur la chaleur, et son activité spéciale peut se manifester sous l’influence de l’excitation produite à sa surface par le froid et le chaud. La température extérieure n’est pas d’ailleurs le seul stimulant qui puisse exciter la peau ; des irritations variées, mécaniques ou galvaniques, peuvent agir à la manière des agents thermiques.
Toutes les fois que la masse du sang en circulation dans le réseau vasculaire superficiel d’une partie diminue, la quantité de chaleur perdue en un temps donné à la surface de cette partie diminue. Toutes les fois que la masse du sang en circulation dans le réseau vasculaire superficiel d’une partie augmente, la quantité de chaleur perdue à la surface de cette partie augmente. Quand, au lieu d’une partie limitée, il s’agit d’une grande surface, ou même de la surface entière du corps, ces diminutions ou ces augmentations dans les pertes de chaleur prennent des proportions importantes.
Il suffit pour vérifier expérimentalement cette proposition d’exercer une compression sur un membre, de l’extrémité vers la racine, à l’aide de la bande d’Esmarch, et d’y supprimer la circulation. Dans ces conditions, la perte de chaleur du membre ischémié est toujours moindre en un temps donné que celle du membre normal, ainsi qu’il résulte des recherches de M. Winternitz. Si, au contraire, on augmente l’afflux du sang dans un membre (et particulièrement dans le réseau vasculaire superficiel) par des frictions avec l’essence de moutarde ou par l’immersion durant cinq minutes de l’avant-bras dans de l’eau à 43° (cette immersion ne peut pas être supportée plus longtemps ; elle donne le maximum d’hypérémie cutanée), la perte de chaleur dans un temps donné augmente dans ce membre, quand on le compare au membre sain. Les divers états de la peau ont donc une influence très grande sur ce qu’on peut appeler la régulation de la chaleur. Pour donner une idée de l’importance des états de la peau, ou plutôt des états du réseau vasculaire périphérique en ce qui concerne la régulation de la chaleur, il nous suffira de dire que, dans des expériences récentes, M. Adamkiewicz (à l’aide d’un procédé expérimental qui consiste à refroidir dans une certaine mesure un petit calorimètre qui contient 10 grammes d’eau, et à calculer le temps qu’il faut pour le réchauffer d’un certain nombre de degrés) a constaté qu’on peut augmenter jusqu’à 33 p. 100 la valeur des pertes qui ont lieu à la surface de la peau en portant au maximum l’hypérémie cutanée. Ajoutons que, d’après les calculs de M. Winternitz et en supposant le réseau sanguin périphérique dilaté dans son ensemble, il pourrait suffire d’une heure pour ramener à 37° la température du corps que la fièvre aurait élevée à 41°.
Pour limiter la question à ses termes physiologiques, on peut tirer de ces observations cette conséquence, que les diminutions ou les augmentations dans la production de la chaleur peuvent être compensées par des modifications
corrélatives dans les pertes cutanées. Ce qui ne veut pas dire, toutefois, que le problème de la régulation de la chaleur dépende tout entier des conditions vasculaires de la peau. Le mouvement musculaire, l’évaporation cutanée, les vêtements, sont aussi des facteurs de premier ordre et qui, dans des conditions déterminées, interviennent à leur tour, et avec plus d’énergie et de soudaineté.
Les états divers de la peau étant sous la dépendance de lacirculation vasculaire périphérique et les variations de calibre des vaisseaux étant sous la dépendance de leur tunique musculaire, on comprend le genre d’influence que peut exercer le système nerveux central sur les pertes de chaleur, et nous nous bornons à le signaler ici.
Quant à l'hypothèse 1 en vertu de laquelle il y aurait quelque part dans le système nerveux encéphalo-rachidien un centre régulateur de la chaleur par lequel se trouveraient en quelque sorte gouvernées les oxydations organiques productrices de chaleur, elle paraît sans aucun fondement. Le véritable régulateur de la production de chaleur, c’est la respiration, ou, si l’on veut, le centre nerveux des mouvements respiratoires.
Des effets de la chaleur et du froid sur l’économie animale. — Les causes de la mort par la chaleur et par le froid. — L’homme et les animaux, noilS l’avons vu, ne peuvent séjourner longtemps sans inconvénient dans des milieux dont la température est plus élevée que la leur. Une température égale à celle de l’homme (-(- 37°) peut être considérée, pour lui, comme le point limite de la résistance exempte de danger 2. L’homme lutte au moyen de l’évaporation cutanée contre l’élévation que la production interne de chaleur tend sans cesse à amener; et lorsque la température extérieure se maintient longtemps en ce point, elle n’est pas sans exercer sur lui une influence qui peut se traduire par des dérangements plus ou moins graves de la santé.
Les plus hautes températures observées à l’air libre et à l’ombre se sont montrées au cap de Bonne-Espérance, à Manille, à Pondichéry, à Bassora, à Pékin, à Esné dans la Haute-Égypte, et dans les divers établissements du Sénégal. On a vu en ces lieux le thermomètre s’élever, à l'ombre, à -f- 44°, -f- 45°, -j-47°(centigr.), et surpasser, par conséquent, la température de l’homme de 6 à 10 degrés. Dans ces conditions, l’homme ne peut s’exposer impunément à l’air libre. Il se réfugie dans ses demeures et cherche, par des moyens appropriés, à entretenir autour de lui un abaissement artificiel de température. L’abbé Gaubil rapporte ( Observations sur la physique de Rozier, t. IV, p. 82) que, du 14 au 23 juillet 1743, le thermomètre s’étant élevé chaque jour au-dessus de -f- 40° (centigr.) dans la ville de Pékin, 11,400 personnes, que leurs occupations appe-
1 Hypothèse proposée par MM. Tschescliinin, Naunyn, Quincke, etc.
2 M. Hoppe Seyler a cherché quelles sont les plus hautes températures compatibles avec la vie végétale. Il a constaté la présence des Algues dans les grottes de Lipari et d Ischia dans lesquelles la température sensiblement constante est de + 53° pour la première et de + 60° pour la seconde. Dans tous les milieux à température plus élevée il n’a pas rencontré vestige de végétaux. La température de + 60° paraît être la limite compatible avec la vie végétale. On avait parlé de végétaux qui vivent dans des milieux à 70°, + 80° et même + 90°. Ces observations ne paraissent pas exactes.