CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
laient en dehors de leurs demeures, moururent de chaud dans les rues de la ville.
Des températures moins élevées ont parfois déterminé des effets non moins redoutables, surtout lorsque l’homme s’est trouvé directement exposé aux ardeurs du soleil. Les corps d’armée en marche, et les esclaves qui travaillent aux rizières ou aux plantations du nouveau monde, ont été souvent cruellement éprouvés à cet égard.
Nous rappelions il y a un instant (§ 167) que l’homme a pu séjourner un court espace de temps dans des milieux à température très élevée, à -j- 100° par exemple. M. Berger a résisté pendant 7 minutes à la température d’une étuve chauffée à -f- 80° ; température que M. Blagden avait pu supporter pendant 12 minutes. D’un autre côté, un séjour de 15 minutes dans une étuve chauffée à -j- 50° avait suffi pour rendre malade M. Delaroche.
Chez les animaux, l’expérience relative à l’influence des hautes températures peut être portée jusqu’à ses limites extrêmes, c’est-à-dire jusqu’à la mort.
Déjà, dans leurs expériences, MM. Delaroche et Berger avaient noté que dans des étuves chauffées entre -f- 45° et -f- 50®, un chat et un lapin meurent au bout de 2 heures, et un pigeon en 20 minutes ; que :
Des chiens de même taille et de même poids, survivent :
30 minutes dans une étuve à + 80°
25 minutes — à + 90°
18 minutes — à + 120*
M. Bernard a trouvé que :
Des lapins de même taille survivent :
25 minutes dans une étuve à + 65°
18 minutes — à + 80“
10 minutes — il + 100°
7 minutes — à + 120°
En comparant ces deux tableaux, on peut voir que la masse de l’animal joue un rôle important dans la durée de la survie. Les animaux plus petits sont plus accessibles, etcela se conçoitaisément,à la tendance à l’équilibre detempérature, résistent moins à réchauffement et meurent plus vite. Voici d’ailleurs des expériences qui le montrent plus clairement encore.
On place dans une étuve à -f- 100° un chien et un cochon d’Inde :
Le chien survit 18 minutes.
Le cochon d’Inde survit 5 —
Dans une étuve à -j- 90°, on place un chien et 2 pigeons.
Le chien survit 24 minutes.
L’un des pigeons survit G, 5 —
L’autre pigeon G —
Dans toutes les expériences dont nous venons de parler, les animaux étaient placés dans des étuves sèches. Pour une même température, nous l’avons dit déjà, la résistance est bien moins longue lorsque l’atmosphère est saturée. parce qu’alors les pertes de chaleur par évaporation se trouvent supprimées. Tandis qu’un lapin résistait 18 minutes dans une étuve sèche à -f- 80°, il succombait au bout de 2 minutes quand cette même étuve était saturée ; tandis
qu’il résistait 25 minutes dans une étuve sèche à -f- 65°, il succombait au bout de 3 minutes quand cette étuve était saturée (Bernard).
Dans ses recherches sur l’influence des hautes températures, M. Cl. Bernard a quelquefois placé les animaux de telle façon que, tantôt le corps était dans le milieu échauffé et la tête maintenue au dehors, et tantôt la tête dans l’enceinte échauffée et le corps maintenu au dehors. Toujours la mort a été plus prompte dans le premier cas que dans le second.
Dans toutes les expériences dont nous venons de parler, on trouvait généralement, en prenant la température dans le rectum des animaux qui avaient succombé, une élévation de 4, de 5 ou de 6 degrés au-dessus de la température normale.
Ainsi que nous l’avons vu précédemment, les animaux placés dans des mélanges réfrigérants peuvent perdre, avant de succomber, plus du tiers de leur température (voy. § 164). Aussi l’homme peut-il lutter bien plus avantageusement contre les abaissements que contre les élévations de la température extérieure. Dans leurs voyages près des pôles, les navigateurs ont été exposés à des températures extrêmement basses auxquelles ils ont pu résister. En ces lieux, la température extérieure descendit jusqu’à — 45° et — 50°, présentant ainsi, avec celle du corps , la différence énorme de 80 à 90 degrés centigrades. Il est vrai qu’ici ce n’est que par les vêtements, par le feu, par la nourriture et par l’exercice que l’homme peut résister à la grande quantité de chaleur que le rayonnement tend à lui enlever. Lorsque tout ou partie de ces moyens de résistance fait défaut, il suffit de températures moins basses pour entraîner la mort. Dans le fatal hiver de 1812, nos malheureux soldats, privés d’abri, de pain et de vêtements, sont tombés en foule dans les plaines glacées de la Russie, et pourtant le thermomètre ne descendit pas au-dessous de — 35°.
L’action du froid se fait sentir bien plus énergiquement dans un air agité que dans un air calme. Dans le premier cas, en effet, l’atmosphère qui entoure le corps est à chaque instant renouvelée; le rayonnement et le contact agissent sans cesse avec la même énergie pour soutirer au corps son calorique.
L’homme, exposé aux élévations de température, éprouve, dans ses diverses fonctions, certaines altérations que les expérimentateurs ont consignées. Ainsi, lorsque l’homme est resté 30, 20 ou 10 minutes dans des étuves à -f- 45°, à -f- 50°, à -f- 90°, le pouls, qui battait 75 pulsations à la minute, s’élève parfois jusqu’à 120, et jusqu’à 140. On a aussi noté, dans les mêmes circonstances, une accélération correspondante des mouvements respiratoires. A cette accélération des mouvements respiratoires ne correspond pas une activité analogue dans les phénomènes chimiques de la respiration. Les combustions intérieures et, par suite, la production de l’acide carbonique, s’abaissent à mesure que la température extérieure s’élève et tendent à lutter ainsi contre l’élévation de la chaleur propre de l’animal.
Les abaissements de température déterminent parfois la congélation des parties qui ne sont pas protégées par les vêtements contre le refroidissement. Le visage est dans ce cas. Les mains et les pieds, éloignés du cœur et situés aux extrémités du chemin parcouru par le sang, quoique recouverts par les pièces du vêtement, en sont aussi souvent atteints. Il se forme alors, dans la trame des tissus, de petits glaçons : ce qui n’empêche pas cependant que les parties ne puissent revenir à leur état normal. Mais il faut, pour cela, que le réchauffe-