CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
ment soit progressif; et c’est pour cette raison que les frictions avec de la neige et de l’eau froide ont été recommandées. Lorsque le réchauflement se fait brusquement, à l’aide de l’eau chaude ou d’autres moyens analogues, on voit survenir la destruction, par gangrène, des parties congelées. Il se produit alors dans les tissus ce qui arrive au printemps, lorsque les rameaux congelés des plantes sont frappés par le soleil. Les liquides, en se congelant, ont mis en liberté dans les tissus les gaz qu’ils tenaient dissous : une chaleur brusque dilate rapidement ces gaz, avant que les liquides congelés aient été reconstitués à l’état liquide, et les gaz, en se dilatant, brisent les parois délicates des vaisseaux capillaires.
L’homme peut vivre dans tous les climats. L’exercice auquel il se livre, les habitations dans lesquelles il s’abrite, les vêtements dont il se couvre, les aliments, le feu dont il fait usage, lui permettent de résister plus ou moins efficacement à l’abaissement de la température. Il peut aussi lutter contre les élévations de température ; mais son pouvoir de résistance est ici bien plus restreint. Ce n’est plus, en effet, par des moyens en dehors de lui qu’il peut s’accommoder aux milieux à température élevée dans lesquels il doit vivre. L’exagération de l’évaporation cutanée, en augmentant les pertes de chaleur, et la diminution des aliments, en diminuant les sources de la chaleur, tendent, il est vrai, à le mettre en harmonie avec les milieux environnants; mais les fonctions de la peau ne se mettent pas instantanément en équilibre avec ces conditions nouvelles, et d’ailleurs il n’en est pas le maître; ajoutons qu’il n’est pas toujours suffisamment pénétré de la nécessité d’apporter dans son régime une grande sobriété. Il résulte de là que, si l’acclimatement dans les pays froids est en général facile et dépourvu d’inconvénients graves, l’acclimatement dans les pays chauds est beaucoup plus difficile et fertile en maladies.
L’homme, avons-nous dit, peut résister (non toujours sans en souffrir, il est vrai) dans des milieux dont la température est de -f- 40° à -f- 50°, mais s’il y restait exposé, sans répit, il ne saurait y résister longtemps. M. Litten, en maintenant des cochons d’Inde, d’une manière continue, dans des étuves dont la température était maintenue constante à -f- 37° seulement, a constaté qu’ils succombent invariablement du cinquième au sixième jour. La limite de la température que les animaux mammifères ne peuvent supporter sans danger, d’une manière prolongée et continue, correspond donc à leur température propre. L’homme, qui l’emporte par son volume sur celui des cochons d’Inde, pourrait certainement résister plus longtemps ; mais il n’est pas moins vrai que, pour être retardées, les conséquences de cette influence sans relâche seraient également fâcheuses, ainsi qu’en témoignent les faits signalés plus haut.
M. Litten a observé que la quantité d’acide carbonique exhalé diminuait à mesure que l’expérience se prolongeait. Après la mort des animaux, on trouvait généralement une dégénérescence graisseuse très évidente dans le foie et dans les reins. Les mêmes lésions ont été signalées par M. Afanassiew.
A côté de ces conséquences relativement lentes, et qui peuvent s’expliquer par des altérations progressives des tissus, on peut se demander pourquoi les animaux placés dans des étuves chauffées à -J- 80° ou -J- 90° succombent en si peu de temps et lorsque leur température intérieure s’est élevée de 4, de 5 ou de 6°.
Sur un animal qui succombe dans ces conditions, ce qui frappe tout d'abord, c’est que le système musculaire est frappé d’une rigidité pour ainsi dire immé-
diate, et que les muscles, et par conséquent le cœur, sont devenus insensibles à l’excitation.
Maintenue dans certaines limites, la chaleur modérée, qui peut être considérée comme un excitant physiologique direct du système musculaire, devient donc, quand elle s’élève, un véritable agent toxique qui exerce sur les muscles une sorte d’action foudroyante. Lorsque, à l’exemple de M. Archangelsky, on place des grenouilles dans un vase dont l’eau a été chauffée à -j- 34°, l’animal est pris au bout de quelques minutes de contractions tétaniques qui vont s’affaiblissant et auxquelles succède une rigidité complète de l’animal. Si on laisse l’animal dans ce liquide échauffé, la mort survient rapidement ; si on le retire du liquide au moment même où la rigidité commence, on peut, en le rafraîchissant, le rappeler à la vie. Les mêmes phénomènes se produisent dans l’air, mais plus lentement. Ils sont beaucoup plus rapides dans l’eau parce que, dans ce dernier cas, le refroidissement par évaporation ne peut pas se produire à la surface de l’animal et lui permettre de lutter quelque temps contre réchauffement.
Pour la grenouille, la température de -f- 34° paraît donc être le degré qui amène le durcissement de la substance des muscles.
Lorsqu’on ouvre un lapin qui vient de succomber après un séjour suffisamment prolongé dans une étuve à + 80°, on trouve tous les muscles rigides, et un thermomètre plongé dans le cœur accuse 45°.
Cette température paraît donc être celle qui produit instantanément la rigidité musculaire. M. Marey a également noté, à l’aide de la méthode graphique, que la contraction musculaire sollicitée par les excitants devient presque nulle chez les animaux dont la température des muscles a été portée au-dessus de -f- 41°, et qu’elle est devenue absolument nulle quand la température musculaire atteint -f- 43°.
La coagulation de la substance intérieure de la fibre musculaire, telle est donc la conséquence de l’élévation de température, et la mort rapide s’explique par l’arrêt du cœur (qui est un muscle) et par l’arrêt de la mécanique respiratoire (mise en jeu par les muscles).
A l’aide de l’immersion dans l’eau graduellement échauffée, on peut voir sur le cœur de la grenouille (mis à nu) l’influence de la chaleur sur les mouvements du cœur. Dans de l’eau à 20°, à -J- 22°, à -f- 24°, à -j- 23°, on voit le cœur battre de plus en plus vite; la chaleur modérée étant un excitant croissant jusqu’à -f- 30° environ : à partir de ce point qu’on peut considérer chez cet animal comme le point maximum du travail cardiaque (lequel peut être mesuré par un petit levier chargé de poids), les mouvements du cœur et le travail qui en est le résultat vont s’affaiblissant peu à peu jusqu’à -f- 34°, où tout mouvement cesse et où la rigidité est complète L Mais de ce que l’altération du muscle par la chaleur puisse expliquer la mort, cela ne prouve pas que ce soit le seul élément anatomique atteint.
Quel est l’état du sang? Le sang des grenouilles devenues rigides dans de l’eau à + 34°, ainsi que le sang des lapins qui succombent dans une étuve chauffée, présente une coloration foncée dans les artères comme dans les veines. Au lieu
i Les muscles des animaux hivernants sont excitables pendant le sommeil d'hiver. Le cœur bat d’une manière rhythmique, quoique très lentement, avec du sang à + 3“ et à + 2°.
Pour anéantir les propriétés des muscles des animaux à sang froid (grenouilles) en les refroidissant, il faut, d’après M. Horvath, descendre jusqu’à ce que la température du 'muscle ne soit plus que de — 5°.