CHAPITRE V. CHALEUR ANIMALE
de 15 pour 100 en volume d’oxygène que contient ordinairement le sang, on ne trouve plus que 2 ou 3 d’oxygène; l’acide carbonique est augmenté dans les mêmes proportions.
Ainsi, quand la température du sang s’élève chez les animaux à sang froid ainsi que chez les animaux à sang chaud, il jouit de la propriété de transformer rapidement l’oxygène en acide carbonique.
D’après les nombreuses recherches de M. Cl. Bernard, ce n’est pas là un phénomène d’asphyxie qui se produirait pendant la vie de l’animal, car pris immédiatement au moment même où l’animal succombe, le sang artériel est rouge. Il est vrai qu’il suffit d’attendre seulement quelques minutes pour qu’il devienne noir. Il n’y a là qu’une altération post mortem dont l’élévation de la température du sang est la cause. Les globules sanguins ne paraissent pas altérés. Il suffit d’agiter ce sang noir avec de l’oxygène pour qu’il reprenne sa couleur vermeille.
L’influence qu’exerce la température sur le système nerveux, pour être moins complètement déterminée, n’en est pas moins certaine. Les animaux placés dans des étuves chauffées éprouvent de l’agitation ; la respiration et la circulation s’accélèrent, des convulsions surviennent et, quand l’animal va mourir, il tombe en poussant un cri. Les observateurs qui ont expérimenté sur euxmêmes n’ont pas conduit l’expérience jusqu’à ses limites extrêmes, mais, en sortant de l’étuve, ils avaient généralement une céphalalgie plus ou moins vive, et une grande faiblesse.
Quant à l’action du froid sur l’homme, elle se manifeste par un désordre des sens poussé jusqu’au délire, et par une tendance invincible au sommeil qui n’est que le prélude de la période d’engourdissement final.
Les expériences tentées sur les animaux pour fixer le genre d’action qu’exerce la chaleur sur le système nerveux présentent une difficulté spéciale. Les nerfs, pas plus que les centres nerveux, ne présentent par eux-mêmes aucun phénomène propre à nous renseigner sur leurs propriétés. Lorsque nous excitons une fibre nerveuse sensitive, l’animal crie et s’agite (phénomène de mouvement); lorsque nous excitons une fibre nerveuse motrice, l’excitation nerveuse se traduit par la contraction du muscle qui correspond au nerf (phénomène de mouvement). Supposons le système musculaire détruit ou bien ses propriétés anéanties, rien ne pourrait nous renseigner sur les propriétés des éléments nerveux, alors même qu’ils resteraient à l’état sain. Il faut donc faire un détour et recourir à un artifice expérimental. Si, à l’exemple de M. Bernard, on plonge une grenouille dans de l’eau à -|- 36°, sauf l’un des membres postérieurs, le gauche par exemple, il arrive promptement un moment où la grenouille est devenue rigide dans toutes ses parties, sauf le membre gauche. Si alors on met à nu les nerfs lombaires, on constate que leur excitation est sans influence sur les membres antérieurs et sur le membre postérieur droit, mais que le membre postérieur gauche se contracte. Dans des parties même rigides, les nerfs de sensibilité ont encore conservé leur action, car si on excite vivement la peau qui les recouvre, l’animal répond en contractant le membre où le système musculaire reste seul à sa disposition, c’est-à-dire le gauche. Ainsi, et les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs (et les centres nerveux placés entre ces deux ordres de conducteurs) survivent à la destruction du système musculaire.
En résumé, on peut dire que la chaleur, tout en étant l’agent indispensable de l’activité vitale, peut agir, quand elle s’élève, comme une sorte d’agent toxique,
et de même que tous les agents toxiques, elle porte de préférence son action sur un des éléments essentiels de l’économie ; cet élément, c’est la fibre musculaire. C’est la perte des propriétés de l’élément musculaire (par rigidité) qui, en déterminant la cessation de la circulation et de la respiration, amène fatalementla mort. Chez les animaux à sang froid, l’anéantissement des propriétés du muscle se produit entre 4- 34° et -f- 36° ; chez les mammifères, entre -|- 43° et -J- 45°; chez les oiseaux, entre -f- 48° et -f- 50°.
§ 168 bis.
De la chaleur dans les maladies. — Nous avons cherché à dresser le bilan de nos connaissances relativement aux sources de la température animale, à sa répartition, ainsi qu’au rapport qui existe entre la production et les pertes de chaleur. Examinons maintenant, et aussi brièvement que possible, pour ne pas nous écarter de notre domaine, ce qu’il y a, dans les données de la physiologie, d’applicable à la pathologie. Et tout d’abord, quelle idée doit- on se faire de la fièvre, état tout spécialement caractérisé par une élévation de température qui dépasse de quelques degrés la température normale?
On conçoit que l’élévation de la température pourrait être le résultat : 1° or bien de ce que les pertes qui s’opèrent aux surfaces et qui maintiennent l’équilibre normal se trouveraient diminuées, alors que la chaleur continuerait à être produite dans ses proportions ordinaires ; 2° ou bien de ce que, les pertes restant les mêmes, la production de chaleur serait augmentée; 3° on conçoit encore que la température du corps pourrait s’élever alors même que les pertes de chaleur seraient augmentées, si, dans le même temps, la production de chaleur avait, elle aussi, augmenté dans une mesure suffisante. Examinons successivement ces diverses suppositions.
La chaleur d’une partie, nous l’avons vu, ne dépend pas seulement de la température du sang qui circule dans cette partie, mais aussi de la masse du sang qui la traverse dans un temps donné. L’expérience fondamentale de M. Cl. Bernard, qui consiste à paralyser les vaisseaux de l’oreille du lapin parla section du grand sympathique cervical et à déterminer ainsi une élévation de température par l’accroissement temporaire de la masse sanguine qui traverse l’oreille du côté opéré, le démontre clairement. Aussi quelques physiologistes, M. Traube en particulier, supposent-ils que, dans la fièvre, l’élévation de température doit être recherchée dans une cause d'ordre nerveux, qui, agissant d’une façon excitante sur l’ensemble du système des nerfs vaso-moteurs, détermine dans le réseau des vaisseaux périphériques une constriction, c’est-à-dire une diminution de calibre, qui en diminuant la quantité de sang qui circule dans les couches superficielles de la peau diminue d’autant les pertes de chaleur dont ces couches superficielles sont normalement le siège. De là, comme conséquence, l’élévation de la chaleur centrale. Cette constriction des vaisseaux périphériques, M. Hiiter l’aurait constatée, à l’aide de l’observation microscopique, jusque dans le réseau capillaire des poumons, chez des grenouilles auxquelles il aurait donné la fièvre.
Cette explication de l’élévation de température dans la fièvre, par suite de la diminution des pertes par rayonnement, n’est pas nouvelle; elle n’est que la doctrine de Galien qui regardait la fièvre comme une rétention de chaleur. On