CHAPITRE Y. CHALEUR ANIMALE
peut, il est vrai, invoquer à l’appui de la doctrine des expériences nombreuses, entre autres celles de M. Winternitz et de M. Adamkiewicz que nous avons précédemment rapportées (page 569), et qui prouvent en effet que les pertes de chaleur qui s’opèrent aux surfaces sont plus grandes, en un temps donné, quand le réseau vasculaire esthypérémié, et plus faibles quand la quantité de sang qui y circule est moindre.
Le fait invoqué est donc parfaitement vrai, mais le principe doctrinal qu’on cherche à en tirer est tout à fait incomplet. La fièvre est loin d'être toujours accompagnée de la constriction des vaisseaux périphériques. Si cet état particulier de la circulation se montre au début de la fièvre et pendant la période de frisson, l’effet opposé se montre le plus ordinairement dans la fièvre confirmée. Aussi M. Marey a-t-il pu dire après MM. Baiimler, Schiff, Vulpian, etc., que ce qui caractérise particulièrement l’état fébrile, c’est au contraire le relâchement des vaisseaux périphériques, d’où résulterait un échauffement des parties superficielles ordinairement plus froides que les parties profondes et une tendance au nivellement de la température, tendance qui, pour le dire en passant, n’expliquerait pas pourquoi la température intérieure (prise dans les cavités naturelles) s’élève dans la fièvre.
h' uniformisation des températures intérieure et superficielle, sur laquelle ont beaucoup insisté quelques observateurs (M. Hankel en particulier), ne présente qu’une partie du problème de la fièvre, car si elle intervenait seule la température intérieure devrait s’abaisser et non s’élever.
M. Jacobson, M. Schiilein, M. Wegscheider, ont d’ailleurs prouvé, par de nombreuses observations recueillies au lit du malade, que pendant la fièvre il y a souvent, entre les températures intérieures et les températures de surface, des oscillations analogues à celles qu’on peut constater dans l’homme sain. Ce qu’on peut dire, c’est que le réseau vasculaire cutané est pendant la fièvre d’une excitabilité exagérée et que les oscillations de température de surface sont plus rapides et plus étendues qu’à l’état normal.
En réalité, et comme faits d’observation, il est constant que pendant l’état fébrile les vaisseaux périphériques peuvent être à l’état de dilatation et les pertes de chaleur augmentées; c’est ce qu’on peut observer notamment dans la pneumonie, la rougeole, la scarlatine. Si donc, dans ces conditions, la température intérieure s’élève, c’est que la production de chaleur est augmentée.
Les travaux de M. Leyden prouvent manifestement que, dans la fièvre, alors que les pertes de chaleur sont augmentées, la température prise dans les cavités naturelles s’élève, ce qui ne peut se concevoir que par une augmentation dans la production de la chaleur. Il résulte pareillement des recherches plus récentes de MM. Murri, Dobrzansky et Naunyn, que des lapins auxquels on a donné la fièvre (par des procédés divers, et notamment en leur injectant du pus filtré dans le sang) accusent dans le rectum une température qui continue à. s'élever , alors qu’on les place dans un milieu à température assez basse pour qu’un animal normal de la même espèce (dont on prend la température au même lieu) commence à se refroidir. L’expérience si curieuse de M. Hope sur le chien mouillé (page 564) est tout aussi démonstrative.
La preuve directe que la chaleur de la fièvre s’accompagne d’une production anormale de chaleur est faite depuis longtemps, et découle d’un grand nombre de dosages des produits des oxydations génératrices de chaleur. Des expériences
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de calorimétrie partielle entreprises sur l’homme par M. Leyden, des expériences de calorimétrie générale exécutées également sur l’homme par M. Liebermcister, des recherches du même genre faites sur les chiens par M. Sapalski, par M.Klebs, par MM. Leyden et Frankel, on peut tirer cette conclusion générale que la quantité d’acide carbonique exhalée par les fébricitants est augmentée, et que cette quantité varie comme la chaleur fébrile, c’est-à-dire qu’elle augmente et diminue comme elle. Il faut avoir soin dans les expériences de cette nature de faire porter la recherche non pas sur quelques respirations (les mouvements respiratoires de la fièvre sont précipités et chaque expiration n’a pas la valeur en acide carbonique d’une expiration normale), mais pendant un espace de temps déterminé et suffisant.
Voici, pour fixer les idées, quelques-uns des résultats obtenuspar MM. Leyden et Frankel dans des expériences récentes. Chez des chiens auxquels les expérimentateurs avaient donné la fièvre en injectant, dans la masse musculaire de la cuisse, le pus d’un abcès de bonne qualité, l’augmentation de la production de l’acide carbonique de la respiration, pendant la fièvre, a été généralement de 10 à 20 p. 100 en plus de la production normale. Dans quatre cas cette augmentation a été de 30 à 40 pour 100 ; enfin dans un cas de très grande fièvre l’augmentation a été de 80 p. 100.
Tout récemment M. Môller, à l’aide de la chambre à respiration de M. Pettenkofer, a examiné sur plusieurs malades (deux atteints d’épanchements pleurétiques, un autre d’emphysème, et les trois derniers de phthisie pulmonaire), les quantités d’acide carbonique exhalées. Les expériences commençaient à midi et finissaient à six heures du soir. Le lit des malades avait été introduit dans la chambre d’expérience, et ceux-ci lisaient tranquillement. La production d’acide carbonique exhalé par tous ces malades n’a pas sensiblement différé de ce qu’elle est à l’état normal. Bien loin d’être en contradiction avec les résultats précédents, les faits signalés par M. Millier en sont au contraire la confirmation, attendu que ces malades étaient sans fièvre , et que leur température était normale. Aussi, la seule conclusion qu’il en tire, c’est que le poumon modifie sa ventilation et compense par l’amplitude des mouvements respiratoires la diminution de la surface d’échange qui est la conséquence de l’épanchement, de l’emphysème ou des tubercules l.
La production augmentée de chaleur pendant la fièvre peut être également
i Voici les résultats numériques de M. Môller.