CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
analogie ; elles n’en diffèrent guère que par la forme. Elles se présentent comme de petits tubes en cæcum, qui s’ouvrent librement dans l’intestin (vov. fig. 102, B).
Ces deux formes, forme vésiculeuse et forme tubuleuse, se répètent dans les glandes les plus composées, et ne sont, à un point de vue général, qu’une sorte d’artifice en vertu duquel les surfaces de sécrétion se trouvent multipliées dans des espaces circonscrits.
Les glandes composées peuvent être groupées, eu égard à la disposition de leurs éléments essentiels, en deux classes qui correspondent assez exactement aux deux formes simples représentées dans la figure 102.
Dans les unes, les extrémités les plus reculées des canaux glandulaires répondent, dans l’épaisseur de la glande, à des acini, c’est-à-dire à des extrémités renflées en ampoule qui ne sont en quelque sorte que des follicules associés. Toutes ces glandes offrent entre elles une grande ressemblance, non seulement dans l’élément glandulaire lui-même, mais encore dans le groupement des éléments ; on leur donne souvent le nom de glandes en grappes ; telles sont les glandes lacrymales, les glandes salivaires, les glandes duodénales de Brunner, la glande mammaire, le pancréas.
La seconde classe de glandes composées peut être envisagée comme le groupement d’éléments tubuleux, c’est-à-dire de cæcums simples ou ramifiés, libres ou anastomosés entre eux. Cette classe comprend les glandes les plus compliquées; tels sont le foie, le rein, le testicule.
Une glande, si composée qu’elle soit, peut être réduite, parla pensée, en un tissu étendu en forme de membrane, sous laquelle circulent des vaisseaux sanguins. Les ramifications des canaux des glandes, supposées développées par projection plane, présentent une surface d’une assez grande étendue, et qui est loin d’être la même pour toutes les glandes. Cette différence dans l’étendue de la surface sécrétante des glandes, liée surtout à la quantité des produits sécrétés, a été plusieurs fois calculée. On arrive à ces évaluations par l’observation microscopique. Connaissant le volume d’une glande, le nombre des canaux glandulaires contenus dans un espace déterminé, le diamètre de ces canaux, ainsi que l’épaisseur de leurs parois, on arrive à fixer d’une manière approximative la surface intérieure de tous les éléments de la glande, c’est-à-dire la surface de sécrétion.
Les glandes tubuleuses composées ont généralement un volume plus considérable que les glandes en grappe, et leur surface de sécrétion est, par conséquent aussi, généralement plus étendue.
Outre les ramifications des conduits glandulaires, il existe dans quelques glandes composées, le foie par exemple, et comme parties essentielles, un élément spécial : je veux parler de cellules d’une nature particulière, placées au milieu des réseaux des canaux glandulaires (cellules du foie). En contact avec le plasma du sang issu des capillaires qui se ramifient dans la glande, ces cellules jouent un rôle capital dans les actes sécrétoires.
La rate, le corps thyroïde, les capsules surrénales, le thymus, souvent désignés sous le nom de glandes vasculaires sanguines, n’ont point de canaux glandulaires ; ces organes présentent, dans leur épaisseur, au milieu du stroma conjonctif et entre les mailles du réseau vasculaire sanguin, des vésicules closes, libres de toute connexion, et qui rappellent les cellules du foie ou cellules bépa-
tiques. Si l’absence de canaux excréteurs ne permet pas de ranger ces organes parmi les glandes proprement dites, on ne peut s’empêcher cependant de les rapprocher des glandes , d'autant mieux qu’il y a dans l’économie un autre organe, constitué aussi par une charpente celluleuse et rempli de vésicules closes, et qui fonctionne à la manière d’une glande : tel est l’ovaire. Dans l’espèce humaine, l’ovaire est constitué par une trame celluleuse, au milieu de laquelle se trouve répandue une grande quantité de vésicules (vésicules de Graaf), à divers états de développement. A certaines époques, ces vésicules s'ouvrent à la surface de l’ovaire et laissent échapper dans la trompe l’ovule formé dans leur intérieur. A ce moment l’oyaire ressemble à une glande dont les trompes sont les canaux excréteurs. L’ovaire, d’ailleurs, dans un grand nombre d’espèces animales, consiste en un ou plusieurs tubes, plus ou moins ramifiés et repliés sur eux-mêmes, et constitue un appareil tout à fait analogue, au point de vue anatomique, à une glande tubuleuse composée.
On trouve enfin, dans l’épaisseur des membranes muqueuses, des vésicules closes comprises dans l’épaisseur du derme muqueux. Ces follicules, n’ayant point de canaux excréteurs, ont de l’analogie avec les éléments vésiculeux des glandes vasculaires sanguines (rate, corps thyroïde, etc.). Les éléments qui entrent dans la constitution des plaques de Peyer ne sont que des follicules agglomérés de cette espèce. On ne sait pas encore d’une manière bien positive si le liquide contenu dans l’intérieur de ces vésicules sort par déhiscence ou rupture de l’enveloppe, ou par simple transsudation, pour se rendre à la surface muqueuse. De même, on suppose que les cellules du foie, que les cellules des glandes vasculaires sanguines, transmettent leur produit par transsudation 1.
Pour compléter ce qui est relatif à la disposition générale des éléments des glandes, nous dirons que les éléments glandulaires et les vaisseaux sanguins sont parfaitement indépendants. Les canaux excréteurs peuvent se mélanger, s’entre-croiser, s’accoler avec les vaisseaux sanguins, mais il n’y a qu’un simple accolement et non pas communication. Les échanges de matières, dans les phénomènes de sécrétion, se font au travers des parois des vaisseaux et des éléments glandulaires.
En résumé, la sécrétion consiste dans l’action qu'exercent, sur la partie du sang exsudée en dehors des parois capillaires, certains tissus dits tissus glandulaires. Dans toute sécrétion, le liquide accumulé dans les canaux glandulaires ou dans les réservoirs des glandes est différent de celui dont il dérive.
Les glandes vasculaires sanguines, n’ayant point de canaux excréteurs, ne transmettent point au dehors d’elles de produit de sécrétion visible ; elles exécutent leurs fonctions dans la trame de leur tissu, c’est-à-dire dans les espaces celluleux intervasculaires, remplis de vésicules spéciales ; et le produit de leur action rentre, par absorption, dans la circulation.
Mécanisme des sécrétions. — Le sang est le liquide d’où procèdent toutes
1 II n’est question ici que des éléments vésiculeux placés en dehors des canaux des glandes, et non des cellules épithéliales placées à la surface intérieure des canaux glandulaires eux-mômes (voy. §L0).