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CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS

les sécrétions. Les sécrétions présentent ce caractère commun, qu’elles commencent parla sortie de la partie liquide du sang au travers des parois des vaisseaux capillaires sanguins. La sortie du plasma du sang est favorisée dans le tissu des glandes, comme dans tous les tissus vasculaires, par la tension du sang dans le système sanguin (Voy. § 95). Toutes les causes qui amènent la diminution de la tension du sang dans les vaisseaux amènent en même temps une diminution correspondante dans la quantité des liquides sécrétés. Un chien qui, à l’état normal, sécrétait H grammes d’urine en 30 minutes lorsque la tension du sang marquait 135 millimètres de mercure à l’hémomanomètre, ne sécrétait plus que 2?r,36 d’urine pour un même espace de temps de 30 minutes, lorsque la tension du sang était descendue à 104 millimètres. Un autre chien qui, avec une tension du sang équivalente à 134 millimètres, sécrétait 10 grammes d’urine en 30 minutes, n’en sécrétait plus, dans le même temps, que 4sr,9, lorsque la tension du sang s’était abaissée à 119 millimètres.

C’est des parties liquides du sang que procèdent toutes les sécrétions. Les diverses glandes puisent donc à une source commune; mais la quantité et la qualité des liquides sécrétés par chaque glande en particulier dépendent du tissu glandulaire lui-même.

En ce qui concerne la quantité du liquide sécrété en un temps donné, on comprend qu’elle est subordonnée et à la surface sécrétoire et à la quantité de sang que reçoit la glande, c’est-à-dire à sa richesse vasculaire. Toutes les glandes, nous l’avons dit déjà, se distinguent par l’abondance de leurs vaisseaux ; mais, parmi elles, il en est qui sont plus riches les unes que les autres. Les reins se distinguent sous ce rapport : on estime qu'ils reçoivent, en un temps donné, trois fois plus de sang que les testicules. Une autre condition a évidemment aussi de l’influence sur la quantité du produit sécrété, je veux parler de la vitesse du cours du sang.

Nous avons vu (§ 101) que cette vitesse pouvait être très différente dans certaines parties du réseau capillaire ; qu’elle était subordonnée à la longueur, au diamètre des vaisseaux, et au rapport qu’il y a entre ces deux éléments ; qu’elle dépendait aussi delà direction rectiligne ou coudée des vaisseaux. Toutes ces conditions ont certainement une grande influence sur les sécrétions; car les capillaires sont loin d’avoir le même diamètre dans les diverses glandes, ainsi qu’il résulte des tableaux publiés par M. Krause, et il n’est pas de glande où la disposition des réseaux capillaires se présente la même. Le réseau a, tantôt la forme de touffes, tantôt celle d’étoiles, tantôt celle d’hélices, etc.

La quantité des liquides sécrétés dépend aussi de la disposition des voies de la sécrétion. Il y a des glandes dans lesquelles, les canaux glandulaires, adhérents au tissu cellulaire interposé, représentent, en quelque sorte, des espaces creusés dans le tissu de la glande. Dans d’autres glandes ces canaux sont pins indépendants du tissu conjonctif interstitiel. Il est vraisemblable que ces conduits ne se laissent pas pénétrer de la même manière par les produits de la sécrétion.

Indépendamment des conditions anatomiques qui résultent de la disposition et de la structure des éléments du tissu glandulaire, la quantité des liquides sécrétés dépend encore, et surtout, de la quantité variable de sang qui traverse la glande et que règle le système nerveux, en modifiant le calibre des vaisseaux (voy. § 172).

Il est des sécrétions continues et d’autres qui sont tout à fait intermittentes Béclard, 7e édition. 3 8

ou qui, tout au moins, présentent des alternatives très différentes d’activité. La sécrétion urinaire est à peu près la seule sécrétion continue, bien qu’elle offre aussi des moments de ralentissement (quand la sueur est abondante) et des moments d’accélération (après l’ingestion des boissons). Les autres sécrétions, et en particulier les sécrétions annexées au tube digestif, présentent, ainsi que nous l’avons vu, des périodes d’activité et d’inaction relatives, parfois presque complètes, et sont bien moins assujetties aux influences qui exercent une action décisive sur la sécrétion urinaire. Dans leurs recherches sur la sécrétion salivaire, MM. Eckardt et Ordenstein ont remarqué par exemple que, sur un homme qu’on avait privé de boissons pendant vingt-quatre heures, et auquel on faisait avaler d’un seul coup 1 litre 1/4 d’eau, tandis que la sécrétion de l’urine était très augmentée pendant les deux heures suivantes (ainsi d’ailleurs qu’on le sait depuis longtemps), la sécrétion des glandes parotides n’était pas sensiblement modifiée.

Lorsqu’on injecte dans les veines d’un chien une certaine quantité d’eau salée, d’une densité analogue à celle du sérum du sang, on constate que la sécrétion urinaire augmente bientôt de quantité. Lorsqu’au lieu d’eau salée on injecte dans les veines de l’eau distillée , non seulement la quantité d’urine augmente, mais l’urine sécrétée a changé de nature: elle est colorée en rouge par une matière dérivée de la matière colorante du sang (urobiline) et on y trouve de l’albumine, principe qui n’existe pas dans burine normale1.

Pour ce qui regarde la qualité des produits de sécrétion, la science n’est pas en mesure de donner des éclaircissements aussi satisfaisants. Si quelques-unes des substances qui entrent dans la composition des produits de sécrétion existent normalement dans le sang, d’autres n’y ont pas été rencontrées. Le rôle des glandes ne consiste donc pas uniquement à laisser filtrer au travers de leur tissu des substances dissoutes dans le plasma sanguin.

Les matériaux qui doivent être éliminés au dehors, procèdent, soit des principes azotés (matières albuminoïdes), soit des principes non azotés (matières grasses et sucrées). En définitive, les principes albuminoïdes sont transformés en urée, en acide urique, en acide glycocholique, en acide taurocholique (modifiés dans l’intestin en acide cholalique et en dyslysine), en acide carbonique, en azote, et en eau ; les matières grasses et sucrées sont transformées en acide carbonique et en eau. Ce sont là les produits définitifs et tels qu’ils sont expulsés au dehors, soit par le poumon, soit par le rein, soit par la peau, soit par l’intestin. Mais entre ces produits définitifs et les principes d’où ils dérivent, il est toute une série de produits intermédiaires qui se montrent souvent en petites proportions dans les liquides d’élimination, et qui se forment soit dans les glandes, soit au sein même des tissus. C’est ainsi, par exemple, que la cérébrine , la lêcythine, l’acide olèophosphorique , la cholestérine, matières trouvées dans le cerveau, ne sont réellement que des degrés variés du dédoublement des matières

' MM. Kierulf, Gerlach, Hartner, Hermann, ont publié sur ce sujet les résultats de nombreuses expériences. Nous avons souvent répété ces expériences dans notre laboratoire. La coloration rouge des uriues et la présence do l’albumine après les injections d’eau distillée dans les veines apparaissent et disparaissent ensemble, et se montrent quand la quantité d’eau injectée a mis le sang dans un certain état de dilution. Il est vraisemblable que l’eau distillée introduite directement dans les vaisseaux détruit une certaine proportion de globules (comme elle le fait sur le sang extrait de ses vaisseaux), et dissout dans la partie liquide du sang le contenu coloré des globules.

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