CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
grasses ; l’acide inosique, la crèatine , la créatinine, qu’on trouve dans les muscles, représentent l’une des phases des transformations éliminatoires des matières albuminoïdes; la leucine, la tyrosine, Y hypoxanthine, qu’on trouve dans la rate, dans les poumons, dans le foie, Yindican et Yindol qu’on a rencontré dans l’urine et dans les matières fécales, peuvent être envisagés comme des modifications des matières albuminoïdes. On en peut dire autant des changements qu’éprouvent les matières albuminoïdes en se transformant en éléments constituants de nos tissus. La gélatine , par exemple, qui forme la base du tissu conjonctif, l’osseïne ou gélatine des os, Yélasticine du tissu élastique, la chondrine des cartilages, sont autant de matières albuminoïdes déjà modifiées pour le départ sécrétoire. Ce serait donc se faire une idée incomplète des phénomènes de sécrétion, que de penser que tout le travail sécrétoire s’accomplit dans les glandes. Ces organes peuvent agir et ils agissent sur les parties liquides du sang, et d’une manière spéciale à chacun d’eux; mais le sang sur lequel leur action s’exerce est en perpétuelle métamorphose dans les divers organes et dans. les divers tissus de l’économie. Aussi avions-nous raison de dire plus haut qu’à un certain point de vue, les fonctions de nutrition et de sécrétion se confondent.
Les éléments caractéristiques des sécrétions n’existent pas tous dans le sang. Mais alors même qu’ils y seraient contenus, il resterait encore à déterminer les causes delà diversité d’action des glandes. Pourquoi, par exemple, le foie sécrètet-il l’acide glycocholique et l’acide taurocholique? pourquoi le rein sécrète-t-il l’urée ? pourquoi l’estomac sécrète-t-il la pepsine, etc. ? Il est vrai que les qualités physiques des éléments du tissu glandulaire, leur épaisseur, leur perméabilité plus ou moins grande, et aussi la rapidité du cours du sang, se présentent, dans les diverses glandes, suivant des modes variés, et il est vrai encore que ces différences peuvent concorder avec la séparation de certains produits plutôt qu’avec celle de certains autres (il y a, en effet, des substances dissoutes qui traversent inégalement les filtres, et on conçoit qu’il puisse y avoir des filtres qui, suivant leur épaisseur et leur texture, laissent filtrer certains liquides et non certains autres) ; mais il n’en est pas moins vrai qu’une foule de questions restent encore irrésolues. Pourquoi, par exemple, lorsqu’on injecte certains sels dans le sang, les acides de ces sels ont-ils une tendance particulière à sortir avec la sécrétion du suc gastrique, tandis que leurs bases se retrouvent dans l’urine? Pourquoi les solutions acides injectées dans le sang suivent-elles également aussi la voie stomacale?
Si les conditions de structure et de circulation ne sont pas sans influence sur la nature des produits sécrétés, il est évident qu’il s’opère, dans les éléments des glandes, des actions spéciales aux dépens du liquide exsudé hors des vaisseaux.
Cette action spéciale des glandes est surtout évidente eu égard aux principes caractéristiques des sécrétions. Pour ce qui regarde l’eau et un grand nombre de sels dissous, il est probable que les conditions de circulation des glandes et les conditions physiques de leur tissu règlent la proportion afférente à chaque glande en particulier. Il est, en effet, des sels communs à tous les liquides de sécrétion, et ces sels existent aussi dans le sang. Si quelques substances salines introduites dans l’économie s’échappent plutôt par certaines glandes que par certaines autres, il est vrai aussi qu’un certain nombre de sels s’échappent indifféremment par les diverses voies de sécrétion, et que les proportions élimi-
nées sont sensiblement en rapport avec l’énergie comparée du pouvoir sécrétoire des diverses glandes l.
En somme, on peut dire que toutes les glandes, même celles dans les produits de sécrétion desquelles il n’existe que des principes qu’on retrouve dans le sang, exercent une action propre et spéciale qui appartient à l’élément glandulaire.
Les éléments des glandes, qu’ils soient terminés en culs-de-sac simples ou ramifiés, à calibre uniforme ou renflé, ou que, anastomosés ensemble, ils se montrent sous forme de réseaux sans extrémités libres, n’en représentent pas moins de petits appareils fermés à leur origine. Le plasma du sang exhalé hors des vaisseaux capillaires doit donc pénétrer au travers des parois de ces éléments pour devenir le liquide de sécrétion. Lorsque le liquide exhalé hors des vaisseaux sanguins arrive au revêtement épithélial qui recouvre la surface intérieure de la paroi des canaux glandulaires est-il en tout semblable à ce qu’il était quand il est sorti du sang, ou bien a-t-il déjà subi, en traversantle tissu interposé entre le réseau vasculaire et l’épithélium glandulaire, une modification particulière, nous n’en savons absolument rien. Mais ce que nous savons mieux, c’est que dans un certain nombre de glandes, les cellules de l’épithélium qui tapissent les culs-de-sac glandulaires sont le théâtre de métamorphoses dont la sécrétion est le résultat. Ainsi s’engendre, par exemple, le produit des glandes cérumineuses. Le contenu des cellules épithéliales qui tapissent la cavité des glandes revêt peu à peu les qualités du cérumen, puis ces cellules se détachent, et de leur agglomération et de leur fusion résulte le produit sécrété, tandis que sur la paroi propre des canaux glandulaires, de nouvelles cellules épithéliales apparaissent qui seront à leur tour le théâtre de métamorphoses analogues. Ce qui se passe au fond des culs-de-sac des glandes cérumineuses, rappelle la série des métamorphoses qui s’accomplissent dans l’épiderme cutané. Placées à la surface du derme, les cellules qui composent l’épiderme présentent tout d’abord les caractères des cellules embryonnaires puis, subissent, peu à peu, à mesure qu’elles sont refoulées au dehors et qu’elles s’approchent de la surface, la métamorphose cornée, pour être enfin éliminées par exfoliation.
Le produit des glandes de l’aisselle, le mucus, la synovie, paraissent également se former par une sorte de fonte des éléments épithéliaux. Dans la glande mammaire, dans les glandes du suc gastrique, on peut voir aussi, pendant la période de sécrétion, une multiplication de cellules épithéliales aux extrémités originaires des culs-de-sac glandulaires. Mais il n’est pas démontré que la sécrétion tout entière passe nécessairement par la phase vésiculeuse. Ce qui est certain c’est que le travail épithélial correspond plus particulièrement à l’évolution de quelques-uns des éléments du lait et du suc gastrique, c’est-àdire à la formation des globules du lait (globules essentiellement formés de
1 Le sang qui sort du rein par la veine rénale a perdu, avec les éléments de la sécrétion urinaire, une assez forte proportion d’eau; cela doit être, puisque l’urine contient plus d’eau que le sang. C’est, au reste, ce qu’on peut constater par l’expérience directe. M. Bidder prend du sang sur un chien, il le défibrine par le battage, pour que l’expérience ne soit pas entravée par la coagulation ; puis ce sang défibriné est injecté dans l’artère rénale d’un autre chien, dont l’abdomen est ouvert. Le rein de l’animal est protégé contre le dessèchement par des linges humectés d’eau à la température de l’animal. On recueille le sang qui s’échappe par la veine rénale. Ce sang est plus riche en matières solides, c’est-à-dire, contient moins d'eau que celui qu’on vient d’injecter par l’artère.
M. Bidder est parvenu à placer le rein d'un chien dans le courant de l’artère carotide en faisant communiquer, à l’aide d’un tube, l’artère carotide avec l'artère rénale. Le sang qui sortait par la veine rénale présentait les mômes différences que dans l’expérience précédente.