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CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS

beurre) et à celle de la pepsine; éléments qui, formés dans les cellules épithéliales, deviendraient libres par rupture ou par dissolution des enveloppes et se mélangeraient au liquide de sécrétion. La même observation s’applique à la sécrétion des glandes qui ont été le plus étudiées depuis quelques années, je veux parler de la sécrétion des glandes salivaires, et tout particulièrement des glandes sous-maxillaires. Qu’on se rattache h la doctrine de MM. Giannuzzi et Heidenhain, qui pensent que les cellules épithéliales salivaires volumineuses qui remplissent les origines des canaux glandulaires se détruisent par le fait de la sécrétion et sont remplacées par des cellules plus jeunes qui grandiront et se détruiront à leur tour 1 ; ou bien qu’on admette avec M. Ranvier que les cellules épithéliales ne se détruisent pas, mais se vident de leur contenu par une sorte de transsudation (ce que semblent démontrer les expériences de MM. Arloing et Renaut), il n’en est pas moins certain que c’est au sein de ces cellules épithéliales que s’engendre la partie organique et caractéristique de la sécrétion, la ptyaline ou diastase salivaire. C’est d’ailleurs ce qu’on peut démontrer directement. M. Giannuzzi injecte dans l’intérieur d’une glande sous-maxillaire, une dissolution alcaline qui détruit l’épithélium des canaux glandulaires, puis il favorise la sortie de la partie liquide du sang au sein de la glande, par l’excitation de la corde du tympan (voy. § 172). Or, le liquide qui sort par les canaux excréteurs (et qui, en outre infiltre bientôt le tissu de la glande) n’est plus de la salive, mais un liquide analogue au sérum du sang.

Quant aux sécrétions dont les éléments constituants existent tout formés dans le sang, telles, par exemple, que la sécrétion de l’urine, la sécrétion des larmes, la sécrétion des membranes séreuses, le rôle de l’épithélium des éléments glandulaires paraît se borner à une action élective.

Le processus de la sécrétion est donc loin d’être uniforme, et il serait plus exact de dire qu’il n’est pas une glande où il ne présente un caractère spécial. C’est d’ailleurs ce qui deviendra manifeste dans les développements qui vont suivre.

Si la généralisation a ses bons côtés, il faut se défier de l’analogie. De ce que le lait par exemple, et le suc’gastrique, destinés, l’un à l’alimentation, l’autre à une action spéciale sur les aliments, procèdent manifestement d’un travail organique dans les éléments épithéliaux des glandes, il n’en résulte pas que d’autres liquides, destinés à l’élimination (l’urine par exemple), présentent dans leur formation une genèse analogue.

Évacuation des produits »le sécrétion. — Le liquide déposé à l’intérieur des origines des canaux glandulaires est chassé de proche en proche vers les canaux d’un plus grand volume, par le vis à tergo de la production sécrétoire : force incessante, comme la sortie du plasma du sang hors des vaisseaux. Les canaux excréteurs des glandes concourent, plus loin, par les contractions de leur tunique musculaire, à la progression du liquide sécrété. La contraction des voies biliaires, des uretères, des conduits déférents, des conduits galacto-

1 M. Giannuzzi regarde les éléments en forme de demi-lune ou de croissant qui portent son nom, et qu’on trouve dans les conduits glandulaires, entre la substance propre des parois de ces conduits et les cellules épiuiéliales, comme les organes formateurs de ces cellules épithéliales.

phores et autres conduits du même genre, est facile à mettre en évidence, à l’aide de l’excitation galvanique. La contraction de ces conduits est analogue à celle des muscles de la vie végétative ou muscles à fibres lisses (voy. § 219). Elle est vermiculaire, lente à se produire et lente à s’éteindre 1 .

Un certain nombre de produits de sécrétion, tels que l’urine, la bile, les larmes, le sperme, se rassemblent en tout ou en partie, avant d’être expulsés, dans des réservoirs (vessie, vésicule biliaire, sac lacrymal, vésicules spermatiques) où ils s’accumulent. Lorsque ces réservoirs sont remplis, ou bien à certaines époques déterminées, ces réservoirs (qui communiquent par des conduits d’excrétion, soit au dehors, soit sur des surfaces muqueuses) se vident par les contractions de leurs parois et par celles des muscles voisins. Les muscles de l’abdomen et du périnée entrent en jeu dans l’urination et l’éjaculation, les muscles de la bouche dans l’expectoration, etc.

De l’influence des nerfs sur les sécrétions. — Les nerfs qui se rendent dans les glandes exercent une remarquable influence sur les sécrétions.

Des expériences diverses ont été tentées sur ce point. Tantôt on a cherché à soustraire les glandes à l’influence nerveuse par la section des nerfs qui s’y rendent; tantôt, au contraire, on a excité les nerfs que les glandes reçoivent, pour examiner l’influence de cette excitation sur leur fonction sécrétoire.

Dans des expériences déjà anciennes, MM. Krimer, Brachet, Müller etPeipers, ayant coupé les nerfs que reçoit le rein, ont vu cette hnmeur devenir légèrement albumineuse. Il faut dire que, dans ces recherches, le procédé expérimental mis en usage était assez imparfait. On sait que les nerfs qui vont au rein entourent l’artère rénale, et que beaucoup des filets nerveux sont intimement appliqués contre les tuniques artérielles. Les expérimentateurs, pour mieux assurer l’interruption de l’influence nerveuse sur la sécrétion de l’urine, avaient divisé l’artère rénale et lié les deux bouts sur un tube creux destiné à rétablir le cours du sang (M. Brachet); ou bien ils avaient fortement serré l’artère rénale dans une ligature, de manière à amener la mortification des nerfs appliqués sur le vaisseau, et rétabli ensuite le cours du sang dans la glande par le détachement des fils (MM. Müller et Peipers). Or, dans la plupart de ces expériences, l’urine était en même temps fortement colorée en rouge.

Les expériences de M. Ludwig et surtout celles de M. Cl. Bernard ont démontré, d’une manière plus claire, l’influence qu’exerce sur les sécrétions le système nerveux.

Une des expériences les plus remarquables de M. Cl. Bernard consiste à pratiquer une piqûre au bulbe rachidien dans le voisinage de l’origine des nerfs pneumogastriques. Au bout de peu de temps le sucre s’accumule dans le sang, et bientôt il apparaît dans l’urine sécrétée (voy. § 187).

1 Lorsqu’on lie les canaux excréteurs des glandes, il arrive, quand les animaux survivent ce qui est rare pour certaines glandes (le foie par exemple), il arrive, dis-je, ou bien que les canaux excréteurs se rétablissent après la chute de la ligature, ou bien (quand cela n’a pas lieu) il se passe dans le tissu des glandes ce qui se passe dans les autres tissus dont on entrave le mode d’action : la glande cesse peu à peu à desécréter, et son tissu finit par s’atrophier et disparaître. On a vu le fait sur les glandes salivaires et sur le pancréas ; on a vu le foie dont les canaux excréteurs étaient, peu à peu, comprimés par des tumeurs, se transformer en une simple poche remplie de liquide.

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