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CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS

limites de la sécrétion pour entrer dans le domaine de l’excrétion, c’est-à-dire dans le domaine des actes musculaires proprement dits.

Précédemment (§ 38), nous avons signalé l’influence qu’exercent, par action réflexe, la présence des aliments et l’éveil du sens du goût sur la sécrétion salivaire. Nous avons vu aussi que, dans l’intervalle des digestions, il n’y a sur la membrane muqueuse de l’estomac d’autre liquide que du mucus ; or, si l’on vient à exciter la muqueuse à l’aide de substances quelconques (aliments, poivre, sel, extrémité d’une sonde, éponges, cailloux), aussitôt le suc gastrique afflue abondamment. Il s’agit ici, non pas d’un simple phénomène d’excrétion, mais bien d’un acte sécrétoire. La sécrétion s’opère ici sous l’influence d’une impression transmise aux centres nerveux par des filets de sensibilité et réfléchie par des filets vaso-moteurs sur les vaisseaux des organes de sécrétion.

Il est peu de glandes dont la sécrétion soit aussi intermittente que celle du suc gastrique ; cependant la plupart d’entre elles présentent des intervalles d’activité et de repos relatif. Ce seul fait de l’intermittence ou de la rémittence des sécrétions est une nouvelle preuve de l’influence qu’exerce sur elles le système nerveux.

L’excitation morbide des nerfs entraîne des effets analogues à l’excitation expérimentale. Les névralgies des branches maxillaires de la cinquième paire sont souvent accompagnées d’un flux abondant de salive; celles de la branche ophthalmique déterminent parfois aussi une sécrétion abondante de larmes. C’est encore un phénomène très commun dans les maladies nerveuses que de voir la sécrétion de l’urine devenir tout d’un coup très abondante, claire comme de l’eau, et très peu chargée en principes fixes, etc.

Lorsqu’une sécrétion augmente, et surtout lorsqu’elle s’accomplit plus rapidement, ce sont, souvent, (mais non pas toujours, voy. note, page 78), l’eau et les sels qui augmentent. La proportion des éléments organiques n’augmente pas ordinairement dans la même mesure, surtout quand la sécrétion est augmentée par suite d’une excitation expérimentale ou pathologique.

§ 172 bis.

De la couleur du sang veineux qui sort des glandes. — M. Cl. Bernard a, le premier, appelé l’attention des physiologistes sur un fait curieux et qui met en pleine lumière l’influence exercée par le système nerveux sur la fonction des sécrétions.

Lorsqu’on ouvre l’abdomen à un animal vivant (chien ou lapin), et qu’on examine le sang qui revient du rein parla veine rénale, on constate que la couleur de ce sang diffère assez peu de celle que présente le sang artériel qui arrive à la glande. Pour s’en assurer, on peut faire une piqûre sur les vaisseaux et recueillir une petite quantité de sang ; il suffit même d’examiner attentivement l’artère et la veine rénale, et, au travers de leurs parois demi-transparentes, on peut déjà constater la réalité du fait. Remarquons tout de suite que la sécrétion des reins est une sécrétion continue , et que l’expérimentateur saisit en quelque sorte le travail de sécrétion sur le fait. Ainsi, le sang qui sort d’une glande qui sécrète ne présente pas la coloration foncée du sang qui revient par les veines des autres organes et, en particulier, des muscles. Tout ce qui peut contribuer à troubler le travail sécrétoire des reins tend à donner au sang qui sort de la

glande la teinte caractéristique du sang veineux ; c’est ainsi que le trouble profond apporté dans les fonctions de l’animal vivant par l’ouverture de l’abdomen et par l’exposition à l’air des organes abdominaux entraîne bientôt dans la fonction du rein un arrêt de sécrétion qui s’accompagne d’une coloration de plus en plus foncée du sang de la veine rénale.

Quand, par une dissection convenable, on met à nu les veines principales de la glande sous-maxillaire du chien, on constate, au travers des parois transparentes des vaisseaux, que le sang qui circule dans ces veines offre la teinte générale du sang veineux. Rappelons ici que les glandes salivaires sécrètent peu sur un animal à jeun, et que leur action n’acquiert toute son énergie que pendant le repas. L’expérimentateur a donc sous les yeux le moment de repos de la glande. S’il sollicite la sécrétion de la salive par l’excitation de la muqueuse buccale (en versant, par exemple, un peu de vinaigre sur la langue de l'animal), au bout de peu d’instants on voit le sang devenir de plus en plus clair dans les veines glandulaires et se rapprocher, pour la couleur, du sang artériel. Ainsi les glandes salivaires ou les glandes urinaires, quand elles sécrètent,, laissent échapper de leur tissu, par les veines, un sang qui diffère peu par la couleur de celui qu’elles ont reçu par les artères.

Le sang qui revient par les veines des autres organes ne présente rien de semblable, c’est-à-dire qu’il offre les caractères physiques du sang veineux, que ces organes soient au repos ou qu’ils soient en activité. On peut même dire, en ce qui concerne les autres organes susceptibles d’activité, tels que les muscles, par exemple, que le sang qui revient par les veines de leur tissu est d’autant plus foncé (c’est-à-dire d’autant plus franchement veineux) que ces organes sont plus actifs.

On produit à volonté le phénomène de coloration vermeille dans le sang des veines des glandes, en excitant les nerfs glandulaires. Lorsque, pour plus de précision, on a 'placé une canule dans le canal excréteur de la glande sousmaxillaire d’un chien, on constate que l’excitation de la glande par la voie nerveuse a pour effet : 1° défaire couler la salive par la canule, salive qu’on peut recueillir; 2° de rendre plus clair le sang qui coule dans les veines de la glande; 3° de modifier la circulation dans la glande c’est-à-dire d’augmenter la quantité de sang qu’elle reçoit en un temps donné.

En ce qui concerne ce.tte dernière conséquence, aux résultats déjà signalés plus haut (pages 528 et 529) nous ajouterons encore le suivant. Dans une des expériences de M. Cl. Bernard une veine glandulaire ouverte n’avait donné en 63 secondes que 5 centimètres cubes de sang veineux foncé, alors que la glande était au repos. En excitant la sécrétion de la glande par la galvanisation des nerfs, la même veine donna 5 centimètres cubes d’un sang plus clair en l’espace de 15 secondes. La quantité de sang qui traversait la glande dans le même espace de temps était donc quadruplée.

Tous ces faits sont faciles à vérifier, surtout en ce qui concerne la sécrétion urinaire, parce que le sang qui circule dans la veine rénale ne vient que du rein. Dans les glandes salivaires, au contraire, le sang des branches veineuses des muscles voisins vient se mélanger avec le sang qui sort des glandes, et une dissection attentive peut seule faire éviter Terreur. En outre, il vaut mieux ne pas solliciter la sécrétion de la salive par l’excitation de la muqueuse buccale (excitation par voie réflexe), parce que ce mode d’excitation est accompagné de

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