CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
mouvements de mastication qui, mettant enjeu le système musculaire, tendent à masquer la teinte claire du sang qui revient des glandes par la teinte foncée du sang qui revient des muscles. Il est donc préférable de solliciter l’action de la glande par l’excitation de la corde du tympan (voir § 172).
On peut aussi modifier profondément la sécrétion de la glande sous-maxillaire, en divisant les branches sympathiques qu’elle reçoit, et en paralysant ainsi la tunique musculaire des vaisseaux. Ceux-ci se dilatent; le sang qui revient par les veines ne présente plus la teinte du sang veineux. La sécrétion d’intermittente qu’elle était est devenue permanente, et peut durer ainsi plusieurs semaines consécutives. Ce n'est guère qu’au bout de six semaines ou deux mois que la glande reprend peu à peu son état normal, c’est-à-dire qu’elle présente de nouveau les alternatives de repos et d’action. On peut constater, alors, que les nerfs de la glande se sont régénérés pendant cet intervalle.
Des faits que nous venons de signaler, il ressort évidemment que la coloration du sang qui sort d’une glande est liée à l'activité ou à l'inactivité relative de cette glande, et que ces états de la glande dépendent du système nerveux. En donnant au travail glandulaire une activité permanente (le rein) ou une activité intermittente (autres glandes), le système nerveux est donc la source première de ces changements de coloration du sang; mais nous pouvons faire un pas de plus dans la recherche de la cause prochaine qui donne au sang veineux, qui revient d’une glande active , une teinte vermeille plus ou moins analogue à celle du sang artériel.
D’après ce que nous savons de la coloration du sang, il est présumable que ces phénomènes tiennent à la nature et à la proportion des gaz en dissolution dans le sang veineux, dans ces deux états différents des glandes. Consultons l’expérience. M. Cl. Bernard prend sur un chien 15 centimètres cubes de sang dans l’artère rénale et 15 centimètres de sang dans la veine rénale, au moment même où l’animal vient d’être ouvert, c’est-à-dire dans le moment où l’urine coule dans les uretères et où le sang de la veine rénale est vermeil. Plus tard, quand, par suite de l’opération et de la mise à nu des reins, la sécrétion est ralentie ou suspendue 1, et que le sang est devenu foncé dans la veine rénale, on extrait de nouveau de cette veine 15 centimètres cubes de sang. Or, l’analyse a donné dans deux expériences les résultats suivants :