CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
M. Oppler, Péris, Zalesky, etc., en avaient tiré cette conséquence que la ligature des uretères entraînait plus rapidement Y urémie (c’est-à-dire l’accumulation de l’urée dans le sang) que la néphrotomie, et que par conséquent le rein engendrait dans son tissu une partie au moins de l’urée qui, trouvant ses voies d’élimination fermées, retournait par résorption dans la masse du sang. Cette action urogénique du rein, c’est à l’épithélium des tubuli qu’on l’attribuait. Mais les expériences plus récentes de M. Gréhant ont établi très nettement : 1° Qu’après la ligature des uretères, le sang qui sort du rein par la veine rénale contient exactement la même proportion d’urée que le sang qui entre dans cet organe par l’artère rénale ; 2° que la quantité d’urée qui s’accumule dans le sang est exactement égale à celle que le rein aurait éliminé dans le même intervalle de temps ; 3° que dans l’extirpation du rein, la quantité d’urée qui s’accumule dans le sang est la même que quand les uretères sont liés.
Les différences dans la survie des animaux tiennent donc à d’autres causes ; et on peut conclure avec MM. Prévost et Dumas que si l’urée est éliminée parle rein, elle s’engendre ailleurs l.
En somme les éléments de l’urine existant tous dans le sang, le rein ne peut pas être considéré comme l’organe formateur de ces produits. Mais on ne peut pas non plus regarder la sécrétion urinaire comme une simple filtration, ainsi qu’on l’a dit quelquefois. Lorsqu’on diminue, en effet, la tension du sang dans le système vasculaire et qu’on diminue ainsi la quantité du liquide urinaire sécrété, on devrait diminuer l’urine dans la totalité de ses éléments. Or, il n’en est tien. Les recherches toutes récentes de M. Newman ont montré, en effet, que si la quantité d’urine sécrétée est en rapport avec la pression, la quantité des matières dissoutes dans ce liquide (de l’urée en particulier), est la même quelle que soit la pression. MM. Heidenhain et Neisser en diminuant la tension du sang soit par la section de la moelle épinière, soit par des saignées répétées 2, ont pareillement montré que si on injecte dans ces conditions du rouge d’indigo dans le sang, et alors même que la sécrétion de l’urine était presque totalement arrêtée, on pouvait voir la matière colorante injectée dans le sang apparaître dans les cellules épithéliales des tubuli et dans les tubuli eux-mêmes.
M. Heidenhain et M. Nussbaum vont plus loin, ils pensent que l’action sécrétoire des glomérules et celle des tubuli n’est pas tout à fait la même. Les vaisseaux du glomérule fourniraient les parties aqueuses de l’urine et seraient destinés tout particulièrement à maintenir la quantité d’eau contenue dans le sang dans une sorte de constance indépendante de l’activité sécrétoire du rein. L’épithélium des tubuli serait plus particulièrement chargé d’extraire du sang, les matières caractéristiques de l’urine, notamment l’urée, l’acide urique, etc.
1 En tenant compte du calibre des artères rénales de l’homme, et aussi de la vitesse de la circulation, on peut admettre qu’il passe dans les reins environ 900 kilogrammes de sang en vingtquatre heures. Comme il y a environ 15 centigrammes d’urée dans chaque kilogramme de sang, il en résulte que 135 grammes d’urée traversent les reins en vingt-quatre heures. De ces 1-35 grammes d’urée il y en a 30 d’éliminés. Le rein n’emprunte pas même au sang le quart do l'urée qu’il contient.
2 M. Grützner s’est tout particulièrement occupé de l’influence qu’exerce la tension sanguine sur la sécrétion urinaire. La section de la moelle qui amène un abaissement considérable de la tension sanguine entraîne un amoindrissement considérable aussi de la sécrétion. Quand cette tension qui est normalement de 15 à 16 centimètres est descendue à 3 centimètres vou même seulement à 4 ou 5 cent., suivant M. Ustimowitsch), la sécrétion cosse tout à fait. De plus, il a constaté que si on injecte dans le sang un urate (urate de soude) ou de l’urée, la sécrétion urinaire reparaît avec une tension du ang à laquelle elle avait cessé.
Béclard, 7e édition.
Les expériences dans lesquelles, après avoir diminué la tension sanguine, on injecte dans le sang du sulfate d’indigo montrent, il est vrai, que les tubuli du rein sont en quelque sorte encombrés de cette substance dans toute leur étendue et aussi les ampoules de Bowmann. Mais en ouvrant les animaux à des intervalles de plus en plus rapprochés du moment de l’injection, on peut constater que c’est l’épitbélium des tubuli contorti qui se charge tout d'abord de la matière colorante. Ces expériences montrent bien que les cellules de l’épithélium globulaire des tubuli jouent un rôle dans la sécrétion urinaire, et viennent à l’appui du rôle distinct des glomérules et des tubuli dans la sécrétion urinaire. Mais il n’en faut pas conclure que le partage soit aussi tranché qu’on l’a dit. M. de Wittich, en effet, a montré dans de nombreuses expériences sur les pigeons et les lapins, que si l’indigo injecté dans le sang apparaît en effet dans les cellules des tubuli, le carmin ne s’y montre jamais, bien qu’on le retrouve dans l’urine sécrétée. Aussi M. de Wittich incline-t-il à penser que le carmin transsude avec d’autres éléments de l’urine au travers des parois des vaisseaux du glomérule, et qu’il passe de là dans les tubuli.
Dans l’état actuel de nos connaissances, il ne nous paraît guère possible d’affirmer avec M. Nussbaum: l’eau de l’urine s’échappe par les glomérules dans les capsules de Bowmann ; l’urée est séparée par les cellules épithéliales des tubuli ; le sucre du diabète s’échappe du sang par les glomérules ; par les glomérules aussi, s’échappe l’albumine dans l’albuminurie, mais après des troubles dénutrition qui ont altéré les parois des vaisseaux sanguins.
Ce qui est certain, c’est que la sécrétion urinaire n’est pas une simple filtration ; c’est que le rein attire ou repousse certaines substances ; qu’il laisse passer les unes et non les autres; qu’il est par conséquent un organe glandulaire proprement dit, c’est-à-dire un organe de sécrétion : ce qui est vraisemblable, c’est que la sécrétion appartient principalement à l’épithélium globulaire des tubuli.
Le réseau vasculaire des glomérules procédant des branches artérielles qui viennent du hile du rein, ces glomérules sont beaucoup plus accessibles aux différences de la tension sanguine que les tubuli dont les parois sont tapissées parles rameaux efférents des glomérules. Les glomérules reçoivent donc à peu près exclusivement l’effort de la tension sanguine, et c’est dans les capsules originaires, ou capsules de Bowmann, qu’ont lieu ces afflux rapides de liquide qui sont l’un des caractères les plus saillants de la sécrétion urinaire et qui font du rein une sorte de régulateur des»évaporations cutanées et pulmonaires.
L’urine est normalement excrétée à l’état acide , bien que le sang, dont elle procède, soit toujours alcalin. MM. Maly et Posch ont cherché à se rendre compte de ce phénomène. Ils composent un mélange de phosphate de soude monobasique et de phosphate de soude bibasique. La proportion des sels est telle que leur dissolution offre une réaction alcaline. Or, quand cette dissolution est placée sur un diaphragme à diffusion, et opposée à l’eau, le phosphate à réaction acide passant plus vite que le phosphate à réaction alcaline, la dissolution qui est dans le diffuseur étant alcaline celle qui est de l’autre côté du diaphragme c’est-à-dire dans l’eau, est acide. M. Maly tire de là cette conséquence qu’il n’est pas nécessaire d’invoquer une formation d’acide dans le rein, mais simplement un pouvoir diffusif différent entre deux sels du sang dont l’un réagit alcalin et dont l’autre réagit acide.
Les frictions sur l’enveloppe cutanée, les excitations mécaniques, ne parais-