CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
sent pas modifier d’une manière sensible la proportion et la qualité de l’urine.
11 n’en n’est pas de même quand les excitations de la peau sont poussées jusqu’à l’inflammation.
Les vésicatoires, les brûlures, le travail inflammatoire de la peau déterminé parle tartre slibié et l’huile de croton tiglium, entraînent souvent l’apparition passagère de l’albumine dans l’urine. L’excitation de la peau, à l’aide du pinceau électrique, amène aussi, à la longue, des traces d’albumine dans l’urine. D’après M. de Wolkenstein, ces albumineries passagères sont liées aune augmentation, passagère aussi, de la tension sanguine, ainsi qu’il s’en est assuré par expérience.
L’influencede la température extérieure surl’enveloppetégumentaire, retentit sur la sécrétion urinaire dans un sens qu’il est aisé de prévoir. Le froid qui ralentit les fonctions de la peau, augmente la sécrétion urinaire; la chaleur qui les favorise, diminue la sécrétion de l’urine. M. Mtiller Koloman rase un chien et attire ses uretères au dehors. Quand la sécrétion est bien rétablie, c’est-à-dire au bout de quelques heures, il le place successivement dans un milieu échauffé, et dans un milieu refroidi. Au bout de 15 à 20 minutes, l’influence du milieu se fait sentir et on peut apprécier cette influence en comptant le nombre des gouttes d’urine qui s’écoulent par l’uretère, dans un même espace de temps.
La sécrétion de l’urine est diminuée pendant le sommeil (Quineke).
Le système nerveux exerce sur la sécrétion urinaire une action manifeste. Dans des expériences déjà anciennes et qui consistaient à couper tous les nerfs qui vont au rein, Krimer avait déjà remarqué de notables changementsdans la coloration de l’urine. Des recherches plus précises de M. Vulpian, il résulte que la section des nerfs grands splanchniques (nés des ganglions thoraciques et qui se portent au plexus rénal) a pour conséquence l’injection du rein, c’est-à-dire l’augmentation de calibre du réseau vasculaire par paralysie des tuniques musculaires des vaisseaux, et comme conséquence, l’augmentation de la proportion de l’urine et l’apparition de l’albumine dans ce liquide. L’action nerveuse, ainsi que nous l’avons fait remarquer précédemment, est donc de l’ordre des actions vaso-motrices. C’est à une action du même genre, mais qui porte sur l’ensemble du système vasculaire, qu’il faut rattacher l’influence considérable qu’exercent sur la quantité de l’urine les émotions morales vives : L’exagération du travail cardiaque et la tension du sang qui en est la conséquence, expliquent l’afflux du sang et la sortie rapide parles glomérules d’une urine abondante et claire.
Écoulement et accumulation des urines dans la -vessie. — Expulsion tic
l’urine. — L’urine sécrétée s’accumule dans les tubes urinifères LA mesure que l’urine est sécrétée, les dernières portions poussent devant elles, dans les voies ouvertes de la sécrétion, le liquide qui les remplit. L’urine gagne ainsi les tubes urinifères des pyramides, arrive dans les calices, dans le bassinet et dans les uretères. Chez l’homme qui se tient de quinze à dix-huit heures par jour dans
’• On a évalué à 9 mètres carrés la surface supposée développée des tubes urinifères des deux reins, ou leur surface sécrétoire. En admettant qu’en moyenne il y a 1,250 grammes d’urine sécrétée en vingt-quatre heures, il en résulte que 1 centimètre carré de surface du rein sécrète environ 0*r,015 d'urine en vingt-quatre heures. La sécrétion de l’urine, quoique très abondante, se fait donc d’une manière à peu près insensible sur chaque point de la surface du rein en particulier.
la station verticale ou assise, la pesanteur exerce une certaine influence sur le cours de l’urine. Mais l’écoulement a lieu aussi dans le décubitus dorsal, et les uretères, destinés à transmettre les urines dans la vessie, concourent activement à sa progression, par les contractions de leurs parois.
La sécrétion de l’urine est continue. Il suffit, pour s’en convaincre, d’ouvrir l’abdomen d’un animal, et de fixer sur l’uretère un petit ballon de verre maintenu au dehors. Au bout de quelque temps (l’opération trouble et suspend la sécrétion pendant les deux ou trois premières heures), on voit l’urine couler goutte à goutte dans le réservoir, à des intervalles assez réguliers. L’urine s’écoulerait donc incessamment au dehors, s’il n’y avait sur le trajet des voies de l’excrétion un réservoir destiné à en rendre l’expulsion intermittente. Ce réservoir est la vessie.
L’urine pénètre goutte à goutte dans la vessie par les uretères, et elle s’y accumule. L’ouverture de sortie de la vessie (orifice vésical de l’urètre) se trouve close par un sphincter placé à l’origine de l’urètre. Ce sphincter oppose une barrière permanente à la sortie de l’urine et ne cède à la contraction des parois musculeuses de la vessie et à celle des parois de l’abdomen que lorsque la volonté intervient, ou lorsque la distension du réservoir est poussée à ses limites extrêmes.
Le sphincter placé à l’orifice de sortie de la vessie, se trouve dans un état de tension permanente (propre d’ailleurs à tous les muscles) qu’on désigne sous le nom de tonicité. Cet état de tension est sous l’influence des nerfs et dépend de la connexion des fibres musculaires de cet anneau musculaire avec le système nerveux central. Si on divisait les nerfs qui animent le sphincter, l’urine s’écoulerait au dehors sous l’influence de la très faible pression nécessaire pour franchir les diverses portions de l’urètre. La division des nerfs du sphincter de la vessie est une opération entourée de difficultés parce que les nerfs sont profonds et multiples, mais on peut diviser la moelle épinière d’où procèdent ces nerfs, et paralyser ainsi la vessie et son sphincter. Le tonus étant détruit l’urine n’est plus retenue dans la vessie et elle s’écoule au dehors à mesure qu’elle y arrive. Les maladies, ainsi que les lésions traumatiques de la moelle entraînent les mêmes effets. Nous reviendrons plus tard sur les recherches expérimentales de M. J. Budge et de M. J. Kupressow qui ont recherché dans le système nerveux le centre qui préside au tonus musculaire du sphincter de la vessie. Qu’il nous suffise de dire qu’il répond à cette portion de la substance grise de la moelle comprise entre la 4e et la 6° vertèbre lombaire l.
L’urine qui s’accumule dans la vessie ne peut rétrograder par les uretères. Ce retour n’a pas lieu quand la vessie est distendue par l’urine, ni même au moment où la vessie, contractée par ses fibres propres et par les muscles abdominaux, chasse le liquide qu’elle contient du côté de son orifice urétral. Le retour de l’urine dans l’uretère est empêché, dans ces deux circonstances, par une disposition particulière. Les uretères, en effet, pour pénétrer dans la vessie, traversent les tuniques vésicales, de telle sorte que leur entrée, examinée à l'extérieur de la vessie, ne correspond pas à leur orifice intérieur , c’est-à-dire que les uretères cheminent obliquement entre les tuniques de la vessie, pendant un parcours de 3 centimètres environ. Il en résulte que la
1 Quand la section de la moelle a lieu au-dessus ou au-dessous de ces deux points, le tonus n’est pas atteint.