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CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS

distension de la vessie par l’urine a une tendance naturelle à appliquer les unes contre les autres les parois de la portion d’uretère engagée entre les tuniques vésicales. Cette tendance n’est, en aucun temps, plus prononcée qu’au moment où la vessie, se contractant sur la masse liquide qu’elle contient, détermine ainsi, par l’intermédiaire du liquide et sur tous les points de l’organe (sur ceux qui correspondent au passage des uretères comme sur les autres), une compression proportionnée à la force de la contraction.

Lorsque, par suite d’obstacles à la sortie de l’urine hors de la vessie, celleci se trouve soumise à une distension permanente, on a souvent remarqué que les uretères se dilatent et acquièrent des dimensions assez considérables. Ce n’est point par le reflux de l’urine du côté des uretères que ces faits doivent être interprétés, mais bien par la continuation de la sécrétion rénale. Lorsque, en effet, la vessie distendue ne peut plus recevoir d’urine, le liquide qui arrive incessamment par les uretères s’accumule de proche en proche dans ces conduits, ainsi que dans le bassinet et les calices, et finit à la longue par vaincre la résistance naturelle des parois de ces diverses voies d’excrétion et par amener des dilatations permanentes.

Ajoutons, pour compléter ce qui est relatif à l’écoulement de l’urine des uretères dans la vessie, que les orifices de ces deux conduits peuvent être rapprochés l’un de l’autre par les faisceaux de la tunique charnue de la vessie placés entre eux. La contraction de ces faisceaux, en rapprochant les parois internes de ces conduits, peut concourir à les dilater et à favoriser l’abord de l’urine dans la vessie, à la condition, toutefois, que la vessie ne se soit pas remplie de liquide.

L’urine, arrivée dans la vessie, s’y accumule. Mais, en s’y accumulant, elle développe en quelque sorte ce réservoir musculo-membraneux qui, dans son état de vacuité, est plongé dans l’excavation du bassin. A mesure qu’elle se remplit, la vessie refoule les organes voisins et sort de la cavité pelvienne, qui ne peut plus la contenir, pour se porter dans la région abdominale. A ce moment, on peut en constater la présence au-dessus du pubis, à l’aide de la percussion. Lorsqu’elle est fortement distendue, elle peut s’élever jusqu’à 8 ou 10 centimètres au-dessus de la symphyse pubienne. Ce changement de position a été mis à profit dans les opérations où l’on se propose de pénétrer dans la vessie par la paroi abdominale. Il suffit, en effet, de la distendre par l’injection d’un liquide, pour la faire apparaître dans la région hypogastrique 1.

i La vessie, nous l’avons dit déjà, est un réservoir garni d’un épithélium très réfractaire à l’absorption. S’il est vrai que l’urine du matin, c’est-à-dire, celle qui a séjourné dans la vessie toute la nuit, a perdu une portion de son eau et s’est concentrée, on peut dire que cette résorption ne porte pas sensiblement sur les matières qu’elle contient en dissolution. Quand les principes essentiels de l’urine sont résorbés, c’est que la barrière épithéliale a été détruite en tout ou en partie.

De nombreuses expériences démontrent que le pouvoir absorbant de la muqueuse vésicale pour toutes les autres matières autres que l’eau, est sensiblement nul (voy. p. 180). Mais on a quelquefois invoqué pour démontrer que la vessie n’absorbe pas, des expériences qui ne s’appliquent pas à ce genre de démonstration. Ainsi, par exemple, on introduit par une sonde dans la vessie d’un lapin vivant une solution do ferro-cyanure de potassium. Puis, mettant à mort l’animal au bout d’un certain temps, on met sa vessie à nu et on verse sur sa surface extérieure du perchlorure de fer. De ce que la réaction du bleu de Prusse ne se produit pas, est-il permis de conclure que la vessie n’a pas absorbé, Non certes, l’absorption dans la vessie (pas plus que dans les autres réservoirs creux) ne consiste à faire passer les liquides qu’elle contient de l’intérieur à l’extérieur,

En général, le besoin d’uriner survient avant qu’il y ait dans la vessie autant de liquide qu’elle en peut contenir. Lorsque, par des causes quelconques, nous résistons longtemps à ce besoin, et lorsque cette résistance devient une habitude, la vessie finit par augmenter de dimensions. C’est pour cette raison, sans doute, que la vessie de la femme est souvent plus grande que celle de l’homme. La volonté, du reste, a ses limites, et elle devient impuissante à la longue. C’est surtout ce qu’on observe toutes les fois que l’abdomen, distendu par des tumeurs de diverse nature, ne permet pas le libre développement de la vessie. Dans la grossesse avancée, le besoin d’uriner est assez fréquent, pour la même raison. Les efforts divers de rire, d'éternument, etc., entraînant la contraction des muscles de l’abdomen, déterminent souvent l’émission involontaire de l’urine, lorsque la vessie est remplie, etc.

Le besoin d’uriner est lié à une sensation interne dont le point de départ est dans la vessie, mais dont le siège est dans le système nerveux, comme celui de tous les besoins. Ce besoin n’est pas toujours lié à la réplétion delà vessie. Dans les maladies de cet organe, il se fait souvent sentir alors qu’il n'y a que que quelques gouttes d’urine dans le réservoir vésical.

L’émission de l’urine est déterminée par la contraction de la tunique charnue de la vessie, aidée de la contraction des muscles abdominaux. Les matières à expulser étant tout à fait liquides, l’aide des muscles abdominaux est ici moins nécessaire que dans la défécation, fonction qui a, la plupart du temps, pour but l’expulsion au dehors de matières solides (§ 35). La tunique musculaire de la vessie est assez épaisse. Cette tunique est constituée par des fibres circulaires, et aussi par des fibres en anse, disposées de Jelle sorte que les courbes qu’elles décrivent embrassent le fond et les côtés de la vessie, et viennent se terminer du côté du col vésical. Ces fibres charnues, alors qu’elles se contractent, pressent sur le liquide et le chassent vers l’urètre ; elles prennent en même temps un point d’appui sur la masse liquide elle-même, et tendent ainsi à ouvrir le sphincter urétral.

La vessie, à elle seule, peut déterminer la sortie de la plus grande partie de l’urine contenue dans son intérieur. Lorsqu’on pratique des vivisections sur les chiens, il n’est pas rare de voir la vessie se vider, tandis que l 'abdomen est largement ouvert. Si l’on détache alors la vessie, et. si on l’ouvre, on s’aperçoit que sa cavité a presque entièrement disparu, et l’on ne trouve plus que quelques gouttes de liquide dans son intérieur. Les parois muscujaires, revenues sur elles-mêmes, donnent à la vessie du chien l’apparence d’une sorte de corps plein et dur. Sur l’homme, la vessie a des parois charnues moins épaisses, et la contraction des muscles abdominaux est probablement nécessaire pour faire passer les dernières portions de l’urine dans l’urètre. La contraction des muscles abdominaux se joint souvent, d’ailleurs, à celle de la vessie, dès le début de la miction : cela a lieu principalement lorsque nous voulons préci-

c’est-à-dire, de la vessie dans le péritoine. Ce passage, impossible pendant la vio chez les animaux pourvus d’un appareil circulatoire, ne se produit qu’après la mort. En liant la verge d’un chien vivant, en le mettant à mort quand la vessie est supposée pleine, et en constatant le lendemain, en dehors de la vessie, la présence de l’urée qui a transsudé au travers des parois vésicales, M. Cazeneuve vient d’ajouter un nouveau fait d’imbibition post mortem à ceux qu’on connaissait depuis longtemps (notamment en ce qui concerne la bile de la vésicule) ; mais cette expérience ne nous apprend rien en ce qui touche l 'absorption de la vessie.

Il ne faut donc pas confondre les phénomènes d 'imbibition post mortem avec les actes de 1 absorption. Ces deux phénomènes n’ont absolument rien de commun.

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