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CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS

et pendant les quatre derniers jours il ne mange que du sucre et du sucre de lait (régime non azoté); les urines des dernières vingt-quatre heures de cette deuxième période ne contenaient que 15Br,41 d’urée. M. Frerichs nourrit des chiens avec leur nourriture habituelle (la viande), et il note la proportion d’urée ; puis il leur donne pendant quelque temps des aliments non azotés, et il constate que la quantité d’urée produite dans ce dernier cas est la même que celle d’un animal qui jeune 1.

Le régime et le mode d’alimentation, sont de toutes les influences qui modifient les proportions de l’urée celles qui s’exercent le plus sûrement et dans les limites les plus étendues. Rien déplus facile à démontrer. 11 suffit de prendre deux chiens de même taille, soumis au même régime et placés dans les mêmes conditions extérieures. Quand la proportion d’urée contenue dans l’urine, est à peu près la même dans l’un et dans l’autre, on procède à l’expérience. L’un des chiens est mis au régime exclusif de la viande, l’autre au régime exclusif du pain. Au bout de huit jours on dose l'urée des vingt-quatre heures de l’un et de l’autre. Généralement, la quantité d’urée est à peu près double chez le premier de ce qu’elle est chez le second. On met alors pendant huit jours au régime de la viande celui qui était au régime du pain, et réciproquement au régime du pain celui qui était au régime de la viande. On procède de nouveau au dosage de l’urée et le rapport se trouve exactement renversé.

L’influence des âges se fait sentir sur les proportions de l’urée, dans un sens analogue à celui de l’alimentation. Chez les enfants qui croissent, il y a dans le mouvement de nutrition une exagération qui se manifeste non seulement par la proportion d’acide carbonique exhalé dans la respiration, ainsi que nous l’avons établi, mais aussi par la proportion de l’urée formée. Ainsi, tandis qu’un homme adulte excrète en vingt-quatre heures 30 grammes d’urée, un enfant (âgé de huit à dix ans) excrète en moyenne, dans le même temps, 13 grammes d’urée. Il est vrai que cette proportion est moins considérable d’une manière absolue; mais si nous tenons compte du poids beaucoup moindre de l’enfant, nous arrivons à ce résultat, que la quantité d’urine (et d’urée) excrétée par lui en vingt-quatre heures est plus considérable que chez l’adulte. Si nous rapportons la proportion d’urée à une même quantité en poids de l’enfant et de l’adulte, nous trouverons que 1 kilogramme d’adulte correspond en vingt-quatre heures à 0gr,420 d’urée, tandis que 1 kilogramme d’enfant correspond, pendant le même temps, à Ogr,8IO d’urée. Chez le vieillard, chez lequel la quantité des aliments consommés est moindre que chez l’adulte, les proportions de l’urée évacuée en vingt-quatre heures sont toujours moindres.

Chez les nouveau-nés , la sécrétion urinaire présente des particularités spéciales sur lesquelles les recherches de MM. Parrot, Pollak, Cruse, etc., ont récemment fixé l’attention. La quantité d’urine évacuée par le nouveau-né, augmente pendant les quatre ou cinq premiers jours. Cette quantité, en rapport avec l’alimentation lactée, est alors à peu près réglée. Si on l’évalue par kilogramme du poids du corps, on constate qu’elle est 3 ou 4 fois plus considérable chez le nouveau-né que chez l’adulte. La proportion d’urée est au contraire moins élevée que chez l’adulte. D’après les recherches de M. Parrot,

1 Les mômes observateurs ont noté que l’exercice musculaire prolongé augmente aussi la proportion de l’urée dans l’urine, abstraction faite du régime. Ces résultats aujourd’hui fort controversés seront examinés plus loin avec quelques détails. (Chap, Nutrition.)

pendant les quinze premiers jours, elle n’est guère, en vingt-quatre heures, que de 0B,23 Par kilogramme en poids du corps, c’est-à-dire qu’elle est à peu près deux fois moindre que chez l’adulte. M. Cruse l’a quelquefois trouvé trois fois moindre l.

M. Parrot signale encore, mais non d’une manière constante, dans l’urine des nouveau-nés, des traces d’acide hyppurique et d’allantoïne ; M. Cruse signale de son cô Lé , des traces d’albumine et de sucre (glycose) pendant les premiers jours. Vers le dixième jour, on ne les retrouverait plus.

La différence des sexes se fait sentir d’une manière moins marquée. L’urine de la femme, comparée à celle de l’homme, renferme quelques grammes d’urée en moins, dans les vingt-quatre heures, ce qu’explique sans doute son poids moindre. L’influence de la grossesse est plus marquée : l’urée diminue, surtout vers la fin, dans les urines des femmes enceintes 2.

L’urée n’existe pas seulement dans l’urine, on la retrouve aussi dans le sang. Les travaux de M. Simon, de M. Verdeil, de M. Picard, de MM. Poiseuille et Gobley, etc., ne permettent plus le doute à cet égard. 11 est vrai que, dans l’état physiologique, la quantité d’urée contenue dans le sang est très faible : pour 1000 grammes de sang, il y a en moyenne 0gr, 2 d’urée. Mais il ne résulte pas moins de là que l’urée ne se forme pas localement dans le rein, et qu’elle s’engendre dans l’organisme, *par suite des métamorphoses de nutrition 3.

1 II ne s’agit que des enfants des premières semaines. Plus tard le rapport se renverse ainsi que nous l’avons vu plus haut. Il est probable que le rappprt commence à changer à l’époque où l’enfant abandonne les bras maternels.

2 Pour doser l’urée d’une manière absolument exacte, il faut avoir recours aux procédés ordinaires de l'analyse chimique qui consistent à traiter l’urine convenablemeut évaporée par l’acide azotique, à décomposer l’azotate d’urée par le carbonate de baryte, à précipiter l’azotate de baryte par l’alcool et à faire évaporer la liqueur. Mais, lorsqu’on se propose de doser rapidement l’urée, on peut recourir à des procédés moins précis et presque instantanés. Ces dosages rapides sont d’une grande utilité pour le physiologiste et pour le médecin. Ces procédés consistent presque tous à traiter l’urine par certains réactifs qui décomposent à froid l’urée, la dédoublent en acide carbonique qui reste en combinaison dans le mélange qu’on a rendu fortement alcalin et en azote qui se dégage. C’est cet azote qu’on mesure et dont on déduit l’urée. Il est vrai, que d’autres matières organiques azotées que l’urée peuvent subir la décomposition et fournir aussi de l’azote, mais cette proportion est si faible qu’elle n’altère pas sensiblement les résultats. D’ailleurs, l'azote provenant de l’acide urique, de la créatine, de la créatinine, etc., pourrait être au besoin retranché (le retranchement serait approximativement d’un vingtième). Il faut dire que cette soustraction ne sera presque jamais nécessaire, parce que ce qu’on se propose surtout par ces dosages rapides, c’est d’apprécier la quantité des matières organiques azotées de l’urine, prises dans leur ensemble. On sait d’ailleurs, par des analyses sans nombre que la proportion de l’urée est toujours si grande par rapport aux autres matières azotées de l’urine, que le chiffre de ces dernières peut être négligé dans les résultats. On se servait autrefois d’une dissolution d’azotate de mercure ou d’acide azoteux (Liebig, Milon) ; on emploie aujourd’hui une dissolution alcaline et titrée d’hypobromite de soude, qu’on ajoute, à l’urine préalablement étendue d’un volume connu d’eau distillée et introduite dans un tube à robinet gradué, renversé sur le mercure, et dans lequel se fait le dégagement de l’azote. Ce procédé, dû à M. Yvon, a reçu divers perfectionnements, notamment de M. Esbach, et est aujourd’hui à la portée de tous.

3 La petite proportion d’urée contenue dans le sang correspond-elle à toute l’urée sécrétée par le rein ? Les analyses récentes du sang rendent la chose plus que vraisemblable. M. Picard analyse sur deux chiens le sang de l’artère rénale et le sang de la veine rénale, c’est-à-dire le sang qui entre dans le rein et le sang qui en sort. Sur le premier chien il trouve, pour 1,000 grammes de sang, 0Br,36 d’urée dans le sang de l’artère rénale, et seulement 0sr, 1 8 d’urée dans le sang de veine rénale. Sur le second chien, il trouve, pour 1,000 grammes de sang, 0sr,4 d’urée dans le sang de l’artère rénale, et seulement 03r,2 d urée dans le sang do la veine rénale, c’est-à-dire moitié moins d’urée dans le sang de la veine que dans le sang de l’artère.

MM. Poiseuille et Gobley estiment que, sur un chien dont les reins pèsent ensemble 62 grammes, il passe au travers de ces organes, en vingt-quatre heures, une quantité totale de sang qu’on peut évaluer à 172 kilogrammes ; ils estiment par comparaison que, chez l'homme dont les reins

On peut encore déduire d’autres faits la preuve que le rein, au moins en ce qui concerne l’urée, exerce une action de séparation et non une action de formation spéciale. Lorsque les reins sont enlevés aux animaux, ceux-ci présentent bientôt un grand abattement, de la fièvre, des troubles nerveux, et ils succombent généralement du cinquième au sixième jour. Or, si l’on examine le sang de ces animaux, on y trouve une grande quantité d’urée. MM. Prévost et Dumas ont constaté sur le chat que cette quantité peut s’élever à 10 grammes pour 1000 grammes de sang. MM. Stannius et Scheven ont fait des observations analogues. L’organe d’élimination naturelle faisant défaut, l’urée a continué à se former dans l’organisme et s’est accumulée dans le sang. L’accumulation de l’urée dans le sang et son apparition dans d’autres liquides de sécrétion arrivent également chez les animaux auxquels on a pratiqué la ligature des deux uretères. MM. Hammond, Munk et Péris ont plus récemment constaté que non seulement l’urée s’accumule dans le sang, mais encore que les proportions de la créatine sont augmentées dans les muscles de l’animal, et qu’on y voit même apparaître l’urée.

Dans les maladies où les fonctions urinaires sont profondément troublées, l’urée s'accumule aussi dans le sang (albuminurie, choléra, etc.) ; et, de plus, l’élimination de l’urée tend à se produire dans des glandes ou dans des parties qui ne lui livrent pas passage ordinairement. Dans ces cas, on a rencontré l’urée dans les épanchements séreux de la plèvre, du péritoine, dans la tunique vaginale, dans le liquide céphalo-rachidien, dans les liquides de l’œil, dans la salive, dans la sueur.

La quantité d’urée dans le sang est augmentée aussi dans toutes les maladies accompagnées de fièvre, par l’exagération momentanée des combustions interstitielles.

Parmi les substances organiques azotées de l’urine, on trouve un autre corps qui offre avec l’urée une certaine analogie, mais qui, au lieu d’être neutre, présente une réaction acide. Cette substance, c’est Y acide urique. L’acide urique peut être envisagé comme un produit d’oxydation des matières azotées, moins avancé que l’urée. L’acide urique existe dans l’urine de l’homme et dans celle des animaux carnivores. La quantité de l’acide urique n’est pas la trentième partie de celle de l’urée. Tandis qu’il y a 24 grammes d’urée pour 4000 grammes d’urine, il n’y’apas’même un demi-gramme d’acide urique pour 1000 grammes d’urine. Dans les 4250 grammes d’urine rendus en vingt-quatre heures, il n’y a guère en moyenne que 0gr,50 d’acide urique *.

L’acide urique consiste en petits cristaux blancs qui s’accumulent en groupes. 11 est à peine soluble dans l’eau, et insoluble dans l’alcool et l'éther. Les sels formés par l’acide urique sont également très peu solubles. Tel est en particulier Yurate de soude, et c’est sous cette forme que se trouve, en grande partie, l’acide urique dans l’urine humaine.

L’acide urique existe, à l’état libre ou à l’état d’urates alcalins, dans les

pèsent ensemble 379 grammes, il doit passer en vingt-quatre heures, dans ces organes, environ 1,000 kilogrammes de sang (un peu plus que nous ne l’avons supposé. Voy. p. 009). D’après ce calcul, la masse de sang qui traverse les reins en vingt-quatre heures contient environ 200 grammes d’urée, dont le sixième (30 et quelques grammes) seulement s’échappe par les urines.

1 0Br,50 d’acide urique correspond à 0er, 1 6 d’azote (l’acide urique contient 31 p. 100 d’azote). La quantité d’azote évacuée avec l’acide urique par la voie urinaire n’est donc que la 40e partie de celle évacuée avec l’urée.

excréments d’un grand nombre d’oiseaux (il forme la majeure partie du guano), dans les excréments de la tortue, dans ceux des serpents, dans ceux des insectes.

On prépare, en général, l’acide urique, dans les laboratoires, à l’aide des excréments de serpents, qui sont presque uniquement formés par cet acide. On mélange ces excréments avec leur poids de potasse caustique, on ajoute au mélange 15 parties d’eau, et on filtre. Le liquide filtré tombe dans un vase qui contient de l’eau distillée, additionnée d’un quart d’acide sulfurique. Il se forme du sulfate de potasse qui reste en dissolution, et l’acide urique se précipite en cristaux au fond du vase.

Les conditions qui font varier les proportions de l’urée agissent aussi sur l'acide urique, mais plus faiblement. La nourriture animale longtemps soutenue augmente les proportions de l’acide urique, mais en général seulement d’une fraction de gramme.

C’est pour cette raison , sans doute, que les animaux sauvages, qui à l’état de liberté rendent peu d’acide urique dans l’urine, en rendent davantage dans l’étatde domesticité où leur nourriture est plus abondante. Au reste l’augmentation de l’acide urique paraît suivre parallèlement l’augmentation de l’urée, non seulement dans l’état physiologique, mais dans l’état pathologique. M. Scheube sur un malade atteint de pneumonie a trouvé dans des analyses successives, pour un litre d’urine :

I. 33e, 71 d’urée et 0e, 54 d'acide urique (libre et à l’état d’urate).

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