CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
Bu sucre et de l’albumine flans l’urine. — Bes principes de la bile dans
l’urine. — Le sucre (glycose) se montre souvent dans l’urine. Lorsqu’il y existe en notable quantité, sa présence est liée à un état morbide, désigné sous le nom de diabète sucré ou glycosurie. On trouve aussi de faibles proportions de sucre dans l’urine des femmes, dans les dernières périodes de la grossesse, et peu après l’accouchement. Dans l’état normal, enfin, une nourriture exclusivement féculente et sucrée ou riche en sucre et en féculents peut faire apparaître de faibles proportions de sucre dans l’urine, pendant les quelques heures qui suivent le repas, et sans trouble appréciable de l’état physiologique (Voy. §§ 64,78).
Lorsqu’on alimente exclusivement un chien avec des féculents ou avec du sucre, on fait apparaître aisément du sucre dans les urines de la digestion. M. Van Deen a trouvé que l’alimentation exclusive avec des matières grasses est suivie des mêmes résultats. Un chien nourri exclusivement de glycérine, ou exclusivement de beurre et d’eau, présentait dans son urine jusqu’à 0,8 p. 1(J0 de sucre L
phosphorique. M. Byasson fait remarquer que l'acide urique et l’acide hippurique ne pouvant pas se substituer à l’acide phosphorique pour s'unir au phosphate neutre de soude, cette supposition n’est pas admissible.
1 Le médecin est souvent appelé à décider la question de savoir s’il y a ou s’il n’y a pas de sucre dans l’urine. Il peut arriver à cette constatation par des procédés très simples.
Le premier de ces procédés est basé sur la propriété fermentescible du sucre. On sait que
Fig. 1 06 .
la fermentation du sucre donne naissance à de l’acide carbonique et à de l’alcool. On place l’urine d’épreuve dans un flacon A (fig. 10G) qui communique avec un tube à boules de Liebig B, renfermant de l’eau de chaux. On ajoute à l’urine une petite proportion de levure de bière pour favoriser la fermentation. Le flacon A étant placé dans un bain-marie chauffé à + 40° ou + 45°, la réaction s’établit; l’acide carbonique produit par la fermentation sucrée se dégage vers le petit appareil à boules B et annonce sa présence par un précipité blanc de carbonate de chaux. Le
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L’urine des diabétiques peut contenir jusqu’à 100 et 134 parties de sucre pour 1000 (M. Boucbardat). Outre la glycose on a trouvé quelquefois delà dextrine dans l’urine des diabétiques (Reichardt). La présence du sucre dans l’urine est le plus souvent accompagnée d’une augmentation considérable de la sécrétion urinaire, augmentation qui porte surtout sur la quantité de l’eau.
tube à boules C, qui fait suite au tube B, contient pareillement de l’eau de chaux ; il est destiné à s’opposer à l’action de l’acide carbonique de l’air sur le liquide du tube B.
Le précipite de carbonate de chaux qui se forme dans le flacon B indique manifestement qu’il s’est dégagé de l’acide carbonique; mais cela ne suffit pas, à la rigueur, pour affirmer la présence du sucre. D'abord, ainsi que nous l’avons vu, il y a une petite proportion d’acide carbonique libre dans l’urine, et en second lieu, si l’urine n'est pas fraîche, il est d’autres combinaisons organiques qui pourraient fournir l’acide carbonique et induire en erreur. Il faut, comme contreépreuve et lorsque la fermentation est terminée, placer le liquide du flacon A dans une cornue et le distiller au bain-marie. S’il y avait du sucre dans l’urine, il s’est formé de l’alcool qui est resté mélangé avec le liquide du flacon A. Le point d’ébullition de l’alcool étant moins élevé que celui de l’eau, l’alcool passe le premier à la distillation (maintenue au-dessous de 100 degrés) ; on le recueille et on le reconnaît à ses caractères.
Le procédé suivant peut aussi servir à déceler le sucre. Ce procédé est basé sur ce qu’en mélangeant à chaud une dissolution de glycose avec la liqueur bleue obtenue par un mélange de sulfate de cuivre, de tartrate de potasse et de potasse, la glycose a la propriété de précipiter de l’oxydule rouge de cuivre. Nous avons déjà mentionné plusieurs fois cette propriété (§§ 12, 39). La liqueur d’épreuve, ou liqueur cupro-potassique, dite de Trommer, est préparée par avance ; on l’introduit, avec l’urine à examiner, au fond d’un tube fermé; on chauffe à la lampe jusqu’à l’ébullition (fi g. 107), et l’on examine si le précipité rouge orangé caractéristique prend naissance.
Lorsqu’on a constaté la présence du sucre par cette opération, on peut se proposer de doser la quantité de sucre que renferme l’urine. A cet effet, la liqueur bleue est ramenée à un titre déterminé, de manière, par exemple, que 100 centimètres cubes de cette dissolution soient complètement décolorés lorsqu’on les fait bouillir avec 1 gramme de glycose. Cette liqueur titrée peut être conservée, pour s’en servir au besoin. Lorsqu’on veut en faire usage, on mesure 100 centimètres cubes de cette liqueur dans une éprouvette graduée, et on les verse dans une capsule placée sur le feu ; on chauffe, puis on verse successivement et peu à peu, à l’aide d’une burette divisée, l’urine dans la capsule. On s’arrête aussitôt que la décoloration exacte de la liqueur cuivrée est arrivée. La quantité d’urine nécessaire pour amener cette décoloration renferme précisément 1 gramme de glycose.
Quand la proportion de sucre contenue dans l’urine est peu considérable, il est nécessaire de se débarrasser, soit de l’albumine quelle peut contenir (anormalement), soit des matières extractives qu’elle renferme à l’état normal. Ces matières peuvent, en effet, masquer les réactions caractéristiques du sucre (V. plus loin, § 187).
D’autres procédés de réduction ont été proposés. On ajoute quelquefois au sulfate de cuivre de la liqueur d’épreuve d’autres sels que le tartrate de po- Fig. 107. tasse. On a aussi, dans ces derniers temps, pro-
posé de changer l’agent réducteur lui-même ; ainsi, M. Lowenthal a proposé de remplacer le sulfate de cuivre par un sel de fer, de manière que le sucre ne réduit plus de l’oxydule de cuivre, mais de l’oxyde de fer. M. Bôttcher remplace le sulfate de cuivre par un sel de bismuth (l’azotate de bismuth), auquel on ajoute de la potasse. La liqueur sucrée réduit ici de l’oxyde de bismuth, etc. Ces divers liquides ne paraissent pas devoir être préférés à la liqueur cupro-potassique.
On peut encore déterminer très exactement la proportion de sucre qui se trouve dans les urines diabétiques en mesurant la déviation qu’elles produisent sur le plan de polarisation ; à condition toutefois que l’urine ne contienne pas d’autres principes qui dévient aussi le plan de polarisation (l’albumine est de ce nombre). Dans ce cas il faut préalablement en débarrasser l’urine. L’in-