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CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS

On voit parfois la quantité d’urine s’élever à 4, 5 et 8 kilogrammes dans les vingt-quatre heures. Cette augmentation de la sécrétion urinaire est accompagnée d’une soif ardente, et de polydipsie.

La présence du sucre dans l’urine n’a pas d’influence notable sur les proportions normales de l’urée : tantôt celle-ci est augmentée, tantôt elle est diminuée.

Nous avons vu précédemment que les aliments féculents et sucrés pénétraient dans le sang sous forme de glycose (§ 64) et que, dans les moments qui suivent l'absorption d’une grande quantité de sucre, on pouvait même constater la présence d’une petite proportion de ce principe dans l’urine. On a pensé dès lors que le sucre de diabète provient d’une destruction incomplète (par défaut d’oxydations de nutrition) du sucre introduit dans le sang par l’absorption digestive, et l’on a cherché à combattre cette maladie grave en supprimant, dans le régime des malades, les aliments féculents et sucrés. Il est vrai que, par ce traitement rationnel, on arrive à diminuer la proportion du sucre dans l’urine, mais le succès n’est jamais complet. Le sucre, en effet, n’est pas seulement apporté dans le sang par l’absorption digestive, le foie a encore la propriété de produire du sucre et d’écouler ce sucre dans le sang par les veines sus-hépatiques (Voy. § 187). Ce sucre, continuellement formé dans le foie, et continuellement aussi, dans l’état normal, oxydé dans le sang par l’oxygène apporté par la respiration, n’apparaît point ordinairement dans l’urine. La glycosurie dépend donc d’une lésion profonde des phénomènes de combustion ou de nutrition. Il est remarquable que les animaux plongés dans le sommeil hibernal, dont la respiration est alors lente et à peine sensible, présentent du sucre dans l’urine, quoiqu'ils ne prennent point d'aliments. La présence du sucre dans l’urine doit être attribuée ici à la sécrétion lente et persistante du foie, et à l'introduction d’une quantité insuffisante d’oxygène dans le sang.

Le meilleur traitement de la glycosurie consiste donc, d’une part, à supprimer ou tout au moins à diminuer la proportion ordinaire des féculents dans l’alimentation, et, d’autre part, à favoriser les oxydations de nutrition. Le travail musculaire et l'exercice remplissent cette dernière indication. L’état de faiblesse et d’épuisement, dans lequel tombent souvent les diabétiques, ne doit pas empêcher le médecin de prescrire l’exercice et d’insister tout particulièrement sur cette partie du régime.

strument le plus généralement employé, en France, à ce genre de détermination, est le saccharimètre de M. Soleil, perfectionné par M. Duboscq.

Nous ne pourrions, sans entrer dans de longs détails que ne comporte point cot ouvrage, exposer ici les bases sur lesquelles repose cet instrument.

On a récemment proposé de rechercher la présence du sucre dans l’urine en utilisant la réaction d’une solution aqueuse d’iode sur l’urine sucrée. Le mélange de l’urine sucrée avec une dissolution d’iode donne, en effet, un liquide rougeâtre au début de l’expérience et qui, au bout de quelques minutes, se décolore à peu près complètement. Mais on n’a pas tardé à constater que cet effet se produit alors môme que l’urine ne contient pas de sucre et que l’action de l’iode s’exerce aussi sur d’autres matières de l’urine. (M. Gubler avait montré que cette action oxydante de l’iode s’exerce sur l’acide urique, MM. Schonbein et Zabelin ont constaté qu’elle s’exerce aussi sur les autres matières organiques de l’urine.)

MM. Roberts et Smolen ont proposé une méthode facile pour déterminer les proportions du sucre contenu dans l’urine. Leur méthode est basée sur la diminution de pesanteur spécifique qu’éprouve l’urine par la fermentation du sucre. Ils ont montré que chaque degré aréométrique de perte en poids correspond à 1 grain (0Br,05) de sucre par once (32Br) d’urine. Exemple : 32 grammes (1 once) d’urine qui marquent 1036, et qui ne marquent plus après fermentation que 1010,, contiennent 17 grains (0sr,S5) de sucre.

V albumine peut aussi se montrer anormalement dans l’urine. Sa présence, liée la plupart du temps à une altération profonde de la substance du rein, peut coïncider encore avec d’autres états morbides. Dans les maladies du cœur, dans quelques affections nerveuses, chez les femmes nouvellement accouchées, etc., on peut aussi rencontrer de l’albumine dans les urines. En général, dans ces derniers cas, l’albumine est en faible proportion, et elle ne se montre pas d’une manière continue , comme dans les maladies organiques des reins.

L’albumine peut exister dans l’urine, dans des proportions très variables : depuis 0,1 pour 1000 jusqu’à 30 pour 1000. Dans ces cas extrêmes, la quantité d’albumine contenue dans l’urine est presque la moitié de celle qui existe dans le sang (il y en a environ 70 pour 1000 dans le sang).

La présence de l'albumine dans l’urine coïncide ordinairement avec la diminution de l’urée. On a signalé dans les urines albumineuses d’autres principes albuminoïdes qu’on n’y rencontre pas dans l’état normal; par exemple la globuline et la peptone.

Lorsqu’on veut constater la présence de l’albumine dans l’urine, plusieurs procédés peuvent être employés. L’alcool ou la chaleur 1 suffisent, lorsque l’urine contient beaucoup d’albumine, pour déterminer un précipité caractéristique dans cette humeur; mais lorsque l’urine ne contient que peu d’albumine, cette méthode est insuffisante. L 'alcalinité de l’urine suffit en effet, malgré l’élévation de la température, pour maintenir à l’état de dissolution des quantités notables d’albumine. D’ailleurs, en chauffant, au fond d’un tube, une petite quantité d’urine, une partie de l’eau s’évapore, et il se forme alors des précipités salins qui, en troublant la liqueur, pourraient induire en erreur. Le seul procédé exact consiste à traiter l’urine par la chaleur et par V acide azotique . On place l’urine dans un tube fermé, on y ajoute de l’acide azotique, de manière à rendre la liqueur fortement acide 2, et on chauffe à la lampe (Voy. fig. 107). L’acide azotique précipite l’albumine, et, de plus, il dissout les autres précipités qui pourraient se former. M. Galjppe a montré qu’on peut avantageusement substituer l’acide picrique à l’acide azotique.

Chez les ictériques, l’urine présente une coloration foncée, tandis que les matières fécales se décolorent. Depuis longtemps la présence des matières colorantes de la bile a été constatée dans l’urine des ictériques. Des procédés perfectionnés d’analyse ont permis d’y signaler aussi les éléments essentiels de la sécrétion biliaire, c’est-à-dire les acides taurocholiques et glycocholiques (Neukomm). M. Hoppe a reconnu dans l’urine des ictériques l’acide choloïdique, l’un des produits de la métamorphose des acides biliaires.

Un bon moyen pour constater dans l’urine les matières colorantes de la bile, alors qu’elles n’y sont qu’en faibles proportions, a été proposé par M. R osenbach. Il consiste à filtrer l’urine ictérique, à prendre le filtre de papier encore humide et à verser sur ce papier quelques gouttes d’acide azotique concentré 3.

1 A + 70° l’albumine commence à se coaguler.

2 II y a encore un avantage à ajouter à l’urine un excès d’acide azotique, c’est que l’acide urique, déplacé de ses combinaisons avec les alcalis, et à peu près insoluble dans l’urine, se précipite quand on ajoute de faibles proportions d’acide azotique, tandis qu’il se redissout dans un excès d’acide azotique.

3 La simple immersion d’un papier à filtre dans l’urine ne charge pas, à beaucoup près, le papier au même degré que quand tonte la masse du liquide l’a traversé.

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