CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
On peut expérimentalement faire apparaître les matières colorantes de la bile dans burine. M. Naunyn et M. Nasse ont constaté que si on introduit en assez grande quantité du sang défibriné et étendu d’eau dans l’estomac (c’està-dire des globules du sang dissous ou une dissolution d’hémoglobine), on voit apparaître dans l’urine la bilirubine ; non pas le 1er jour, mais le 28 et le 3° jour.
M. de Tarchanoffa également constaté que si on injecte directement dans le sang (dans la veine jugulaire) une dissolution d’hémoglobine on voit apparaître dans l’urine de la bilirubine. On peut même la faire apparaître, mais en plus faibles proportions, en injectant de l’eau distillée dans les vaisseaux sanguins. Cette injection agit sur les globules du sang et met une certaine quantité d’hémoglobine en liberté dans le plasma sanguin b
Dépôts ou sédiments de l’urine. — Calculs. — Lorsque burine a été excrétée à l’état de limpidité parfaite il se forme, quand elle est refroidie, un dépôt qui passe généralement inaperçu. Ce dépôt invisible est formé de cellules épithéliales et de globules rares de mucus dont on peut constater la présence à l’aide des instruments grossissants . Ces cellules et ces globules viennent des éléments du rein, du bassinet, des uretères, de la vessie, de l’urèthre et du vagin chez la femme. Lorsque ces dépôts sont apparents ils comprennent en outre, le plus ordinairement, de l’acide urique et des urates alcalins. Cet acide et les sels qu’il forme, étant très peu solubles, se précipitent au fond du vase lorsque l’urine se refroidit, pour peu que leur quantité se trouve augmentée. C’est ce qu’on observe fréquemment dans la plupart des maladies fébriles. Les cristaux d’acide urique sont colorés alors par un excès de la matière colorante orangée. Généralement, on peut même dire toujours, les dépôts ou sédiments de l’urine sont composés, en proportions très inégales et très variables, d’éléments organiques et d’éléments non organiques. Nous allons brièvement les passer en revue, en commençant par les éléments organiques.
Les cellules d’épithélium peuvent présenter des formes très différentes, parfois assez difficiles à caractériser parce qu’elles ont été plus ou moins altérées. L’épithélium qui vient des bassinels, des uretères et de la vessie est un épithélium pavimenteux dont les cellules peuvent être superposées (il est stratifié) et offrir des formes très différentes, les superficielles polygonales et aplaties, les profondes plus ou moins fusiformes ou cylindriques. L’épithélium du canal de l’urèthre est surtout cylindrique; celui du vagin consiste en grandes cellules pavimenteuses aplaties.
On peut trouver dans burine, et dans la plupart des affections des reins, des cylindres épithéliaux ; on peut y rencontrer des cylindres hyalins, des cylindres fibrineux, comme par exemple dans l’albuminurie.
Le pus se rencontre fréquemment dans les dépôts des urines pathologiques, et les leucocytes de cette humeur ne conservent pas toujours leurs apparences normales. Le milieu ammoniacal de burine en décomposition les gonfle d’abord
1 1l résulte des recherches de M. Huppert que, lorsqu’on injecte dans le sang les acides de la bile, ces principes ne passent dans l'urine qu’en proportion extrêmement faible, et qu’ils disparaissent néanmoins très vite dans le sang (par la sécrétion biliaire probablement. Voyez plus loin). Ce qui explique pourquoi, même dans les cas d’ictère très foncé, ils n’existent dans l’urine qu’en très faibles proportions.
et les détruit ensuite; il ne reste plus qu’une masse faiblement granulée. Les globules colorés du sang, qui indiquent des ruptures vasculaires plus ou moins étendues, dans une partie quelconque de l’appareil urinaire, sont facilement reconnaissables à leur forme. Ces globules se détruisent facilement aussi dans l’urine et celle-ci tient alors en dissolution la matière colorante du sang qu’on peut reconnaître au spectroscope.
On rencontre souvent dans l'urine des spermatozoïdes entraînés par le liquide urinaire dans son passage au travers du canal de l’urèthre.
Dans l’urine du diabète, c’est-à-dire dans l’urine sucrée, on peut rencontrer, dans les dépôts, des végétations. (Saccharomyces, Pénicillium glaucum).
Il n’est pas rare de rencontrer dans l’urine des infusoires ou vibrioniens à forme linéaire. On a constaté leur présence dans l’urine qui vient d’être rendue ; ils paraissent donc pouvoir prendre naissance dans la vessie. On y rencontre aussi des sarcines ou champignons microscopiques (ces champignons ont élé vus aussi dans l’estomac et dans l’intestin). On rencontre encore, dans l’urine qui éprouve la fermentation ammoniacale, des Torulacées en chapelet.
Il se forme parfois à la surface de l’urine une sorte de pellicule à laquelle on a donné le nom de kystéine. Quand l’urine est conservée longtemps, cette pellicule se brise et tombe sous forme de dépôt au fond du vase. Cette pellicule renferme des cristaux microscopiques de phosphate ammoniaco-magnésien, une matière granuleuse et des globules graisseux. Quelques auteurs pensent que la matière granuleuse qui forme la trame de cette substance n’est autre chose qu’un ensemble d'infusoires.
Les urines présentent parfois un aspect laiteux qui leur a fait donner le nom d 'urines chyleuses. Quand on laisse reposer ces urines, la matière laiteuse, au lieu de gagner le fond du vase comme les autres dépôts urineux tels que l’acide urique, les urates, les leucocytes, les globules colorés du sang, etc., gagne les couches supérieures du liquide. Cette matière est composée de gouttelettes graisseuses dont beaucoup sont d’une extrême finesse et ressemblent à une fine poussière.
Parmi les sédiments minéraux les urates tiennent le premier rang : urates acides de soude (sous forme de granulations ou de masses), urates acides d'ammoniaque (en fines aiguilles groupées en étoiles, ou sous forme de haltères hérissées de pointes), urates de magnésie (en prismes généralement taillés en biseau, isolés ou en amas sphéroïdaux).
Après les urates vient l’acide urique qu’on rencontre quelquefois dans l’état de santé, mais le plus souvent chez les rhumatisants, les goutteux et les fiévreux (les cristaux de couleur ambrée, jaune doré ou jaune orangé, présentent les volumes les plus variables et des formes très nombreuses : losanges parfaits, tables carrées, formes excavées sur les côtés offrant l’apparence de sabliers, rhomboïdes agglomérés, etc.). Quelquefois l’acide hippurique apparaît dans les dépôts de l’urine en même temps que l’acide urique (aiguilles longues et déliées à 4 pans).
Les phosphates peuvent rester suspendus au milieu du liquide, monter à sa surface ou se déposer au fond du vase. Le plus commun est le phosphate ammoniaco-magnésien, qui, soluble dans l’urine acide, se précipite dans l’urine alcaline et ammoniacale (cristaux transparents, prismatiques, semblables à de petits tumulus, prenant aussi en s’agminant la forme étoilée). Le phosphate