CHAPITRE I. DIGESTION
tiers et même des années, sans paraître en souffrir. On a soin de fermer l’ouverture de la canule avec un bouchon, de manière que le suc gastrique ne s’écoule pas au dehors dans l’intervalle des expériences, et que cet écoulement n’épuise pas l’animal b
Le petit appareil représenté figure 12 (G) est formé d’une poche en caoutchouc fixéesur un tube de verre pourvu d’un bouchon ; il est destiné à recueillir le suc gastrique. A cet effet, le bouchon de l’appareil B est introduit et fixé dans la canule à la place du bouchon ordinaire.
La figure 14 représente un chien à fistule gastrique pourvue de sa canule.
Dans quelques cas rares, des lésions pathologiques ont déterminé sur l’homme des fistules de ce genre. On a pu se procurer ainsi, par la fistule, du suc gastrique humain, et étudier quelques-uns des phénomènes de la digestion de l’homme 2.
la tète de la canule qui doit être introduite dans l’estomac est composée de deux moitiés semilunaires dont l'une peut glisser sous l’autre. Quand on introduit la canule les deux moitiés de la tête étant repliées l'une sur l'autre, l'introduction est facile. Lorsque celle-ci a eu lieu on restitue à la tête sa disposition circulaire continue à l'aide d’un petit bouton-manivelle placé à l’extérieur.
1 Au lieu d’un bouchon de liège, qui peut se détacher ou que l’animal peut arracher avec ses pattes de derrière, il est préférable de fermer la canule avec un bouchon métallique qui entre dans la canule par un pas de vis.
2 II existe dans les annales de la science un assez grand nombre de faits de ce genre, mais ils n’ont été utilisés que rarement à des recherches de physiologie. En 1859, M. Middeldorpf a relevé 47 observations de fistule gastrique chez l’homme. A ces 47 observations on peut en ajouter 4 nouvelles, dues à M. Lambl (Varsovie), Guyot (Paris), Billroth (Vienne), Verneuil (Paris), ce qui fait un total de 5 1 .
Beaucoup de ces fistules durèrent longtemps, surtout lorsqu’elles étaient la conséquence d’une
Fig'. 14. — Chien à fistule gastrique, avec la canule.
A l'aide des fistules gastriques, on peut se procurer du suc gastrique à volonté. 11 suffit pour cela de fixer dans la canule du chien à jeun le petit appareil c (fig. 12), et de donner à ce chien de la viande crue bien dégraissée et coupée en morceaux volumineux. Aussitôt que la viande est arrivée dans l’estomac, le suc gastrique afflue et se rend dans la petite bourse de caoutchouc, qui ne tarde pas à se remplir. La digestion, c’est à-dire la dissolution de la viande, est assez lente pour que le suc gastrique recueilli dans les premiers moments de l'expérience soit sensiblement pur. Si on voulait l’avoir tout à fai t pur pour l’analyse chimique, on pourrait introduire dans l’estomac, par la fistule, soit de petites éponges fixées à des ficelles, soit du poivre en grains. Mais le suc gastrique ainsi obtenu ne paraît pas être absolument identique au suc gastrique de la digestion naturelle (Voy. plus loin).
Les fistules stomacales permettent encore d'introduire dans l’estomac des
plaie ou d'un traumatisme. Les autres furent suivies assez rapidement de la mort, principalement lorsqu’elles étaient la conséquence d’une lésion organique (cancer) des parois stomacales ou des tissus voisins.
Nous ne citerons ici que les observations qui ont été mises à profit pour l’étude physiologique de la digestion.
l°En 1801 entrait à. la Charité une femme de quarante-cinq ans (Madeleine Goré), qui, â la suite d’un abcès qui s’était spontanément ouvert à la région épigastrique, portait une fistule ovalaire communiquant avec l’estomac par une ouverture de 5 centimètres sur 3. La fistule durait depuis sept ans; la santé était excellente etla femme avait de l’embonpoint. Trois ans plus tard elle succomba;! la suite d’une entérite. Bichat, Dupuytren et Corvisart entreprirent quelques recherches sur la digestion, mais à cette époque la composition du suc gastrique n’était pas suffisamment connue.
2° En 1822 un jeune homme âgé de dix-huit ans (Alexis Saint-Martin, dit le Canudien) reçut presque à bout portant, un coup de fusil chargé à plomb, qui pénétra dans l’estomac en détruisant les parties molles et en brisant plusieurs côtes. Le malade guérit en conservant, à 5 centimètres au-dessous du mamelon gauche, une ouverture d’environ 2 centimètres de diamètre. Il se maria peu après, et continua de nourrir sa famille de son travail. De 1822 à 1833 il a été' observé par M. Beaumont; par M. Dunglison en 1833; et beaucoup plus tard, en 185G, par M. Smith; il y avait alors trente-quatre ans qu’il avait sa fistule. Peut-être vit-il encore aujourd'hui. Un très-grand nombre d’expériences intéressantes ont été faites sur lui par les observateurs dont je viens de rappeler les noms.
3° Madame X.... (de Dorpat), âgée de trente-cinq ans, présentait au-dessous de la mamelle gauche, entre les cartilages de la neuvième et de la dixième côte, à la suite d’un abcès qui s’était ouvert spontanément, une ouverture fistuleuse, de 1 à2 centimètres de diamètre communiquant avec l’estomac. Cette femme travaillait pour vivre; sa santé était bonne. Elle allaitait un enfant, et portait son infirmité depuis trois années lorsqu’elle fut examinée par M. Otto de Grünewaldt, par M. Schrôder, et par MM. Bidder et Schmidt en 1852, 1853, 1854. Elle a été le sujet d'un grand nombre d’expériences.
4° Catherine Ross, âgée de trente-quatre ans, présentait une fistule à la région épigastrique à la suite d’un séton. L’ouverture de la fistule était énorme ; la malade la maintenait fermée par un obturateur en gutta-percha. Ce n'est qu’au bout de trois années qu’elle se décida (en 18G0) à entrer à l’hôpital d’Aberdeen. L’orifice de la fistule mesurait près de 10 centimètres en travers sur G centimètres de diamètre vertical. L’estomac avait une grande tendance à se renverser et à faire hernie au dehors; ce qui arrivait au moindre effort, quand l’obturateur était enlevé. Au reste, on pouvait le réduire facilement. La soif était vive, l’appétit excellent. La malade resta plus d'une année à l’hôpital. On ne tenta aucune opération, et quand elle en sortit son état était toujours le môme. Elle a été observée par M. Murchison.
5° 1L M. âgé de dix-sept ans, avale par mégarde une dissolution de potasse. Une œsophagite intense en est la conséquence, à la suite de laquelle la déglutition devient de plus en plus difficile. Le malade entre alors à l’hôpital de la Pitié. Les liquides peuvent encore franchir le rétrécissement œsophagien, mais au bout de deux mois, le malade ne peut plus rien avaler. Notre collègue M. Verneuil se décide à pratiquer la gastrotomie. L’opération réussit parfaitement. L’orifice de la fistule se régularise et présente une ouverture de 12 millimètres de diamètre par lequel on alimente le malade. Le jeune homme, très-amaigri au moment de l’opération, a repris aujourd’hui son ancien poids. Ce fait a été communiqué par M. Verneuil à l’Académie de médecine dans sa séance du 31 octobre 187G et M. Charles Richet en a fait l’objet d’une communication à l’Académie des sciences en mars 1877. Nous avons montré ce jeune malade aux élèves qui suivent le cours de physiologie de la Faculté, en avril 1877.