CHAPITRE I. DIGESTION
alimentsde nature variée, de les retirer à des moments déterminés, et d’étudier ainsi les transformations successives qu’éprouvent les substances alimentaires pendant leur séjour dans l'estomac.
De même que les liquides de la cavité buccale, les liquides de l’estomac ne viennent pas d’une source unique. Il existe dans l’épaisseur de la membrane muqueuse de l’estomac une multitude de glandes* en tube (glandes de Lieberkiihn), analogues à celles que l’on rencontre dans toutes les membranesmuqueuses. Dans l’estomac, les glandes en tube ne sont pas aussi élémentaires que dans les autres portions de l’intestin, et l’on constate, de plus, que ces glandes peuvent se partager en deux groupes distincts. Les unes sont destinées à la sécrétion du suc gastrique; les autres servent à la sécrétion du mucus, sécrétion caractéristique des membranes muqueuses. Les premières peuvent être désignées sous le nom de glandes du suc gastrique, les secondes sous le nom de glandes à mucus.
Les glandes du suc gastrique {X, B, flg. 15) existent dans toute l’étendue de la membrane muqueuse stomacale (homme et carnassiers), à l’exception de la portion pylorique de l’estomac1. Elles sont simples, A, ou composées, B (fig. 15). A leur embouchure dans l’estomac, elles sont recouvertes d’un épithélium, qui disparaît bientôt quand on pénètre dans leur intérieur, comme on peut le voir sur la figure 15. L’épithélium est remplacé par une masse de cellules (d’ environ 0mm,01 de diamètre) qui remplissent le calibre entier des tubes glanduleux, et que la glande écoule du côté de la surface libre de la membrane de l’estomac, avec le liquide qui leur sert de véhicule. Ces éléments vésiculeux contiennent la partie organique active du suc gastrique.
Les glandes à mucus (fig. 15, C) se rencontrent dans toutes les parties de l’estomac. Dans la portion pylorique, elles existent seules. Elles diffèrent des précédentes en ce que le revêtement épithélial qui recouvre leurs parois à l’intérieur peut être poursuivi jusqu’aux culs-de-sac terminaux. Ces glandes ne contiennent point les grandes cellules dont nous venons de parler précédemment ; on n’y
A, glande à pepsine simple. j B, glande à pepsine composée. C, glande à mucus.
1 On a dit et répété que la membrane muqueuse de la portion pylorique de l’estomac était la portion en rapport avec la sécrétion du suc gastrique. On a comparé la portion pylorique de l’estomac avec le dernier estomac des ruminants, et le grand cul-de-sac de l’estomac avec les premiers estomacs des herbivores; dès lors on a considéré la partie droite de l’estomac comme le véritable lieu de la digestion, „et la partie gauche comme une sorte de réservoir ou de lieu de dépôt. Les faits ne confirment pas cette supposition.
trouve qu’un liquide, avec quelques cellules muqueuses rares et de petite dimension l.
Dans l'état de vacuité, la membrane muqueuse de l’estomac est d’une couleur grisâtre. Au moment où les aliments s’accumulent dans le réservoir gastrique, cette membrane devient rose, par une modification de circulation qui détermine l’abord d’une plus grande quantité de sang, destinée à fournir les matériaux de la sécrétion du suc gastrique. Cet abord du sang explique l’élévation de température de l’estomac, observée parM. Smith sur le Canadien à fistule. Dans l’état de vacuité, la température de l’estomac était de 3fi°,7 à 37°, 2 ; pendant la digestion stomacale, sa température était de 37°, 8 à 38°, 3.
La quantité de suc gastrique sécrétée en l’espace de vingt-quatre heures ne peut être appréciée que d’une manière approximative. Nous avons dit précédemment que la sécrétion du suc gastrique est suspendue quand l’estomac est dans l’état, de vacuité, et qu’elle ne se manifeste que pendant le séjour des aliments ou sous rinlluence des matières excitantes de nature diverse. Quand les aliments sont dans l’estomac, comme ils y séjournent plusieurs heures et jusqu’à dissolution ou dissociation plus ou moins complète, le suc gastrique sécrété peut bien être recueilli en partie par la fistule; mais une autre partie imbibe et gonfle l’aliment, passe dans l’intestin grêle ou pénètre avec l’aliment dissous dans les voies de l’absorption. On peut se faire une idée approximative de cette quantité, en introduisant dans l’estomac des matières excitantes et insolubles, et en recueillant le liquide qui s’écoule par la fistule pendant un laps de temps déterminé. Un chien qui pesait 18 kilogrammes nous a donné ainsi, en moyenne, environ 72 grammes de suc gastrique à l’heure.
La quantité de suc gastrique sécrétée dans l’espèce humaine a été évaluée à plus de 500 grammes à l’heure par MM. Bidder et Schmidt, sur une femme atteinte de fistule gastrique. En tenant compte du poids, ce sont à peu près les mêmes proportions que pour les chiens. Il ne serait pas rigoureux sans doute de conclure de là que la quantité de suc gastrique sécrétée est la même pendant toute la durée du séjour des aliments dans l'estomac, parce qu’il est possible et même probable que cette quantité diminue à mesure que le travail de dissolution des aliments est plus avancé et à mesure que les portions dissoutes s’engagent du côté de l’intestin grêle. Mais il n’en résulte pas moins que la quantité de suc gastrique sécrétée est plus considérable qu’on ne serait tenté de le sup-
1 M. Goll (de Zurich) a montré, par une série de digestions artificielles, que la portion de membrane muqueuse voisine du cardia jouit d’un pouvoir digestif très-supérieur à toutes les autres portions de l’estomac. D'après M. Friedinger la porlion de l’estomac voisine du pylore ne donne par macération qu’un liquide qui ne jouit d’aucun pouvoir digestif.
MM. Grützner et Ebstein (1872-1873) ont repris dernièrement ces expériences, et il résulterait de leurs recherches que l’infusion de membrane muqueuse du grand cul-de-sac de l'estomac ^portion cardiaque) jouit d’un pouvoir digestif trois fois plus considérable que celui de l’infusion de la membrane muqueuse de la portion pylorique ; que par conséquent la portion pylorique de l’estomac n’est pas absolument privée du pouvoir digestif, et que par conséquent aussi les glandes à pepsine y doivent exister quoiqu’en moindre proportion.
A ces recherches M. de Wittich d’une part et M. Wolfhügel de l’autre, ont opposé (1873) de nombreuses expériences qui démontrent que l'infusion de la membrane muqueuse de la portion pylorique de l’estomac n’exerce, ainsi que l’avait bien vu Friedinger, aucune action digestive, et que par conséquent les glandes qui existent dans la portion pylorique de l’estomac ne sont point des glandes de digestion. M. de Wittich explique les résultats obtenus par MM. Grützner et Ebstein en ce sens qu’il est très-difficile d’éliminer de la membrane muqueuse pylorique le ferment gastrique qui vient des autres portions de l’estomac, et qui imprègne toute la muqueuse stomacale.