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CHAPITRE YI . SÉCRÉTIONS

Il est vrai que dans les lésions organiques du foie qui détruisent ou étouffent les éléments glandulaires (telles que la cirrhose atrophique ou hypertrophique) la quantité d’urée éliminée par l'urine est très diminuée Mais cet effet pourrait s’expliquer aussi par l’affaiblissement général des malades, c’est-à-dire par le ralentissement général de tous les actes nutritifs générateurs d’urée. Il n’est donc pas démontré que le foie soit le principal producteur d’urée, ou tout au moins qu’il se distingue d’autres organes où on trouve également de l’urée. Il paraît, toutefois, résulter des recherches récentes de M. Picard que le foie peut engendrer de l’urée et que cette production se fait non d’une manière continue, mais d’une manière intermittente, particulièrement pendant la période digestive des matières albuminoïdes.

Ainsi que l’a fait observer M. de Sinety, les animaux, tels que les grenouilles qui survivent pendant quelque temps à l’ablation du foie, donnent jusqu’au moment de leur mort une urine qui contient de l’urée, ce qui tend à prouver qu’il s’engendre de l’urée ailleurs que dans le foie.

M. de Sinety a aussi observé que chez la femme, la chienne, la lapine et les femelles des ruminants, pendant la période de lactation, les cellules hépatiques du foie, et notamment celles qui avoisinent la veine centrale intralobulaire (racines des veines hépatiques), se distinguent des cellules ordinaires du foie par une abondance exceptionnelle de gouttelettes graisseuses.

Lorsque la bile sécrétée s’est accumulée dans les canalicules hépatiques, elle s’écoule en dehors du foie par le canal excréteur commun ou canal hépatique. Arrivée dans le canal hépatique, labile peut suivre deux voies différentes : ou bien s’engager immédiatement dans l’intestin par le canal cholédoque, ou bien remonter par le canal cvstique dans la vésicule biliaire (voy. fig. 111, page 656, et fig. 112). Dans l’intervalle des digestions, la bile s’emmagasine dans la vésicule biliaire.

L’orifice intestinal du canal cholédoque est, en effet, assez resserré, et ne laisse écouler, en ce moment, dans l’intestin, que quelques gouttes de bile par minute, ainsi qu’on l’a constaté plusieurs fois chez les animaux vivants. L’excédant de la sécrétion s’accumule de proche en proche et de bas en haut dans le canal cholédoque B, et dans le canal hépatique A (fig. 112). A mesure que le canal hépatique se remplit, le liquide monte aussi dans le canal cystique C, qui s’abouche obliquement sur le canal hépatique. Du canal cystique, la bile gagne la vésicule biliaire D. 1

Tandis que dans l’intervalle des digestions la bile ne coule directement du foie dans l'intestin que goutte à goutte, ou par une sorte de suintement, au moment

1 Les contractions delà vésicule biliaire et des canaux biliaires peuvent être constatées directement sur les animaux vivants. Lorsqu'on met à découvert les voies biliaires par l’ouverture de l’abdomen, et qu on introduit dans le canal cholédoque ou le canal cystique un stylet ou une sonde, les canaux biliaires se contractent énergiquement sur le corps étranger. Des corps relativement volumineux (dont le volume dépasse 8 ou 10 fois le calibre des canaux biliaires), placés et maintenus dans la vésicvle, s’engagent dans les canaux et sont chassés peu à peu du côté de l’intestin.

A, canal hépatique.

B, canal cholédoque.

C, canal cystique I), vésicule biliaire.

E, duodénum.

de la digestion, la bile, accumulée dans la vésicule biliaire, et rendue un peu plus dense par son séjour dans ce réservoir, est expulsée activement parla contraction de la vésicule, et par celle des canaux cystique et cholédoque. Chez l’animal à jeun, la vésicule est remplie de liquide, tandis qu’elle est presque vide à un certain moment de la période digestive (voy. § 51).

L.a bile envisagée comme sécrétion excrémentitielle. — Quantité de la bile. — Oes fistules biliaires. — La bile n’est pas exclusivement destinée à exercer une action digestive l. Une partie de cette humeur est, en effet, régulièrement expulsée au dehors avec le résidu alimentaire, et contribue à la formation des matières fécales. Chez le fœtus, dont le foie est très développé, la sécrétion biliaire verse son produit dans l’intestin, quoiqu’il n’y ait pas d’aliments introduits dans l’intestin. La sécrétion du foie du fœtus, conduite dans l’intestin par les canaux biliaires, est destinée à l’élimination ; c’est elle qui constitue le méconium. Dans l’engourdissement de leur sommeil d’hiver, les animaux hibernants, qui passent des semaines et des mois sans nourriture, conlinuent néanmoins à sécréter de la bile, et la bile, versée dans l’intestin, constitue presque à elle seule les fèces. Enfin, la quantité de bile sécrétée dans les vingt-quatre heures, chez les animaux dont on a forcé la bile à suivre un autre cours que la voie du tube digestif, prouve encore que cette humeur n’est pas exclusivement en rapport avec la digestion, mais quelle joue bien réellement un rôle excrémentitiel non sans analogie avec la sécrétion de l’urine.

La quantité de bile sécrétée parle foie dans les vingt-quatre heures a été autrefois très diversement appréciée. Des évaluations plus exactes ont été faites, dans ces derniers temps, à l’aide d’animaux à fistules biliaires. L'établissement des fistules biliaires a surtout été pratiqué sur les chiens et sur les chats : c’est une opération qui n’est pas sans difficultés. Voici comment onprocède : onfait une incision de 5 centimètres le long de la ligne blanche de l’animal, en partant de l’appendice xiphoïde. La vésicule biliaire se laisse immédiatement reconnaître par sa couleur. La vésicule est attirée au dehors et maintenue avec une anse de fil ; après quoi, on cherche le canal cholédoque dans l’abdomen : on pose sur lui une double ligature, et on en fait la section entre les deux ligatures. Il ne reste plus ensuite qu’à ouvrir la vésicule biliaire par son fond, et à en fixer les tuniques sur les lèvres de la paroi abdominale par des points de suture. On conçoit qu’après cette opération la bile ne peut plus s’écouler dans l’intestin ; elle continue à être sécrétée par le foie, et, s’engageant dans le canal hépatique et le canal cystique, elle se rend dans la vésicule, et de là au dehors2.

1 La bile a été étudiée précédemment comme liquide digestif (voy. §51, page 129).

2 La bile qui s’écoule par une fistule est toujours moins colorée que celle qu’on trouve dans la vésicule biliaire d’un animal sain. Au lieu d’ètre vert foncé, elle est généralement jaune doré. Lorsque la bile ainsi obtenue est abandonnée au contact de l’air, elle se fonce en couleur et verdit.

Lorsqu’on pratique non plus une fistule biliaire, mais seulement la ligature du canal cholédoque, l'animal (chien ou lapin) succombe généralement au bout de quelques jours à une sorte d’empoisonnement biliaire. Le foie présente alors une magnifique injection (par la bile) des canaux glandulaires.

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