CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
Toute la bile sécrétée par le foie n’est pas, chez l’animal, évacuée avec les matières fécales ; une grande quantité est absorbée dans l’intestin et rentre dans l’économie. C’est en partie pour cela que les animaux à fistule biliaire finissent par succomber. La mort des animaux à fistule biliaire tient sans doute aussi en partie à ce que la bile, n’arrivant plus dans l’intestin, se trouve supprimée comme suc digestif. Il est vrai que quelques animaux survivent en cet état pendant plusieurs mois, mais tous maigrissent et meurent à la longue.
Dans quelques cas très rares, les animaux paraissent avoir survécu un très long temps (plusieurs années suivant M. Blondlot) à l’établissement d’une fistule biliaire ; mais il n’est pas démontré que l’écoulement de la bile ne se soit pas rétabli par l’intestin. On sait depuis longtemps que, chez les animaux auxquels on pratique la ligature du canal cholédoque, et qui survivent (ce qui est rare), les bouts du canal, divisés par la ligature, se cicatrisent l'un sur l’autre et rétablissent la continuité du canal, et, par conséquent, le cours de la bile. Le rétablissement des voies biliaires dans l’intestin s’opère aussi facilement -chez les animaux à fistule biliaire ; tous les expérimentateurs l’ont noté. La persistance de l’écoulement de la bile par la fistule est loin d’être une preuve que le cours de la bile ne s’est pas rétabli du côté de l’intestin l.
De la bile dans les excréments. — Nous avons dit (§ 56) que les excréments résultaient de deux parties différentes : 1° du résidu réfractaire à la digestion; 2° des éléments de la bile, des cellules épithéliales de la mue intestinale2 et du mucus intestinal.
Les éléments de la bile destinés à l’élimination ne parviennent pas à l’état intact jusqu’à l’extrémité inférieure du tube digestif. On retrouve dans les excréments l’acide glycocholique et l’acide taurocholique, mais modifiés ; ces acides se transforment dans leur parcours intestinal en acide cholalique, en acide choloïdiquè et en dyslysine.
La matière définie, cristallisable en aiguille (matière soluble dans l’alcool et insoluble dans l’eau), à laquelle M. Marcet donne le nom A' excrétine est une modification des principes de la bile, pendant leur parcours intestinal. M. Hinterberger a plus récemment étudié cette substance. Sa formule serait (G20H36O); elle n’existe qu’en assez faible proportion dans les matières fécales : M. Hinterberger a trouvé 0gr,16 d’excrétine dans 1 kilogramme d’excréments. Par sa composition l’excrétine se rapproche de la cholestérine qu’on ne retrouve pas dans
1 M. Mosler a recherché, sur des chiens à fistules biliaires, si l'on pouvait retrouver dans la bile, ainsi qu’on retrouve dans l’urine, des substances injectées dans le sang. Voici le résultat de ses recherches : 1° le sucre injecté en petite quantité dans le sang n’apparaît ni dans l’urine ni dans labile ; injecté en plus grande quantité, il apparaît dans l'urine et point dans labile ; injecté en plus grande quantité encore , il apparaît dans l’urine et aussi dans la bile, mais toujours en très faibles proportions dans cette dernière humeur ; 2° d’autres substances ont été encore injectées dans le sang (iodure de potassium, sulfate de cuivre) ; il faut également de fortes doses pour qu’elles apparaissent dans la bile, et elles ne s’y montrent pareillement qu’en très faibles proportions.
2 M. Küss a émis cette idée, au moins originale, que la bile exerce sur l’intestin une action analogue à celle que les apprêteurs d’étoffe recherchent dans la bile de bœuf, c’est-à-dire une action de nettoyage qui entraîne les cellules épithéliales détachées et accélère la chute de celles qui •tiennent encore. « C’est, dit-il, dans son langage imagé, un balayage de cet atelier où se produit le travail si laborieux de l’absorption. »
les matières fécales. Quant à la substance cristallisable soluble dans l’alcool et insoluble dans l’eau à laquelle M. Flint a donné le nom de stercorine, elle n’est autre que l’excrétine de M. Marcet1.
Ce sont les principes colorants de la bile qui donnent aux matières fécales leur couleur caractéristique. Ces principes colorants sont modifiés pendant le séjour des fèces dans l’intestin : de jaunes et de verts, ils sont devenus bruns. Les matières grasses qu’on retrouve dans les excréments proviennent en grande partie de l’excès contenu dans les matières alimentaires. Le mucus et l’épithélium, qui existent dans la masse fécale , proviennent des voies biliaires et de l’intestin.
Les matières fécales peuvent varier beaucoup dans leur composition. Outre les principes de la bile et les matières réfractaires à la digestion, on y trouve encore le superflu alimentaire. C’est ainsi qu’indépendamment des matières de la bile, du mucus et des substances réfractaires à la digestion, on y trouve parfois du sucre, de la fécule et même des matières albuminoïdes (voy. § 56).
Un homme adulte et bien portant rend, en moyenne, de 150 à 200 grammes de matières fécales dans les 24 heures. Dans le même temps, il y a une proportion plus considérable de bile sécrétée ; il est donc évident qu’une partie de cette humeur rentre dans les voies de la circulation, pendant son parcours intestinal.
Les 150 ou 200 grammes de matières fécales contiennent 35 ou 50 grammes de résidu sec ; par conséquent, environ les 3/4 d’eau. Dans les 35 ou 50 grammes de matières solides ou desséchées, les substances organiques existent pour 30 ou 40 grammes.
Les matières solides des excréments représentent, disons-nous, environ 25 pour 100 de la masse totale. Mais ce rapport répond à des matières fécales de consistance moyenne. On comprend qu’il peut varier dans des limites très étendues. Dans la diarrhée très liquide, qui ressemble à de l’eau sale, il y a à peine 2 pour 100 de matières solides ; d’une autre part, dans la constipation prolongée, une grande partie de l’eau a disparu, et la masse fécale, péniblement expulsée, contient au moins la moitié de matières fixes et souvent davantage. Les carnivores qu’on nourrit avec des os rendent parfois des excréments presque desséchés (cet Album græcum que les médecins donnaient autrefois comme médicament phosphaté), et dans lesquels les matières fixes l’emportent de beaucoup sur l’eau. Entre ces extrêmes, toutes les proportions peuvent se rencontrer.
Il y a donc, dans les 150 grammes de matières fécales évacuées chaque jour, des proportions très notables d’acides biliaires modifiés. Dans les calculs relatifs à la quantité de chaleur produite chez l’animal par les oxydations ou combustionsde respiration (voy. §§ 165 et 166), il ne faut pas oublier que ces matériaux azotés de la bile proviennent, comme l’urée, de l’oxydation des matières albuminoïdes. Une partie des substances albuminoïdes est donc évacuée, par la voie intestinale, à un état d'oxydation qui correspond à une certaine quantité de chaleur ou de travail produits.
1 La taurine, qu’on a également rencontrée dans les matières fécales, provient de l’acide taurocholique.
L’odeur désagréable des matières fécales tient à l’hydrogène sulfuré, à l’indol, au skatol (Brieger, Salkowski), et à la naphtylamine, lesquels se développent aux dépens des matières azotées de l’alimentation.
§ 186 bis.
Bile. — Sécrétion biliaire. — Action du foie. — Indications bibliographiques.
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