CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
(qui gagne la veine cave supérieure) par l’intermédiaire des vaisseaux chylifères et du canal thoracique ; qu’en d’autres termes, pendant tout le temps que dure l’absorption digestive, une partie des peptones et de la glycose, est, ainsi que la totalité des matières grasses, portée directement par les chylifères de l’intestin dans le sang. Ce fait, bien connu, a été mis hors de toute contestation par M. Colin, qui en pratiquant sur de grands animaux des fistules au canal thoracique a pu examiner des quantités considérables de chyle.
Le sucre contenu dans le sang provient donc (au moins pendant la période digestive d’un repas où les aliments féculents et sucrés sont représentés) de deux sources : du foie et de l’intestin.
Mais le sucre, qu’il soit versé dans le sang d’une manière continue par le foie ou d’une manière intermittente par le canal thoracique, disparaît peu à peu et au fur et à mesure qu’il y est versé, car il ne s'accumule point dans ce liquide, et dans les conditions physiologiques ses proportions n’oscillent que dans des limites peu étendues. Comme, d’autre part, on ne rencontre pas normalement le sucre dans les produits de sécrétion excrémentilielle, il en résulte que le sucre éprouve des métamorphoses dans l’intérieur même de l’organisme et que ce ne sont que les derniers termes de ses transformations, c’est-à-dire l’eau et l’acide carbonique, qui s’échapperont parles diverses voies de sécrétion et d’exhalation. Quant à la question de savoir quelles sont précisément les diverses phases d’oxydation par lesquelles passe le sucre pour se résoudre en eau et en acide carbonique, la science n’est pas en mesure de donner à cet égard une réponse tout à fait satisfaisante. Cependant on peut dire que le sucre ne subit pas nécessairement les mêmes métamorphoses. Une partie du sucre se transforme probablement en acide lactique avant de subir une oxydation plus avancée, de même que nous voyons souvent le sucre donner naissance dans l’intestin à de petites proportions de)cet acide. D’un autre côté, une partie du sucre peut, lorsque l’alimentation est suffisante en quantité et en qualité, subir la transformation adipeuse. Chez les animaux herbivores à l 'engraissement, les aliments féculents (en définitive la glycose) représentent évidemment la principale origine du tissu adipeux qui se dépose dans ses lieux d’élection : c’est ce qui ressort de beaucoup d’expériences (voy. chap. Nutrition).
Mais ce sont là des conditions spéciales ; dans l’état ordinaire, c’est-à-dire quand l’animal est dans un état d’équilibre parfait, le sucre disparaît au fur et à mesure qu’il est versé dans le sang et ne traverse certainement pas la métamorphose adipeuse avant de se résoudre définitivement en eau et en acide carbonique. Cette consommation, cette oxydation se fait sans doute dans des tissus divers.
. Parmi les tissus, il en est un, le plus abondant de tous, le tissu musculaire, qui paraît jouer sous ce rapport un rôle tout à fait spécial. Mais ceci demande quelques explications. Rappelons d’abord que la matière désignée sous lenom de glycogène a été signalée ailleurs que dans le foie. M. Sanson avait trouvé, il y a longtemps déjà, dans les muscles des grands animaux une substance qu’on a reconnu depuis n’être autre que le glycogène l. Depuis cette époque, le glycogène a été signalé dans les muscles par beaucoup de physiologistes et d’histologis-
* Pendant la vie intra-utérine, à l’époque où le glycogène n’existe pas encore dans le foie,
M. Bernard a signalé, dans les annexes de l’embryon, entre le placenta maternel et le placenta fœtal, une couche de cellules remplies de matière glycogène, qui disparaît avec les progrès du
tes, tels que MM. Kiihne, Rouget, Bizio, Nasse, Weiss, Bôhm et Hoffmann, etc.
D’où vient le glycogène qu’on trouve dans les muscles? Yient-il du muscle lui-même, est-il, en d’autres termes, un produit collatéral de la nutrition des muscles, ou bien provient-il du sang? S’il provenait du sang, on devrait le rencontrer dans le sang qui arrive aux muscles par les artères. Or le sang ne contient pas de glycogène. Ce que le muscle reçoit avec le sang, c’est du sucre et non du glycogène. Mais, d’un autre côté, lorsqu’on analyse le sang qui sort des muscles par les veines, on y trouve moins de sucre que dans le sang que les muscles reçoivent (voy. page 433). 11 semble donc que les muscles arrêtent en quelque sorte le sucre comme le foie lui-même, et qu’une fois dans le tissu du muscle le sucre se constitue à l’état d’élément de réserve sous forme de glycogène. Remarquons d’ailleurs que la glycose qui arrive aux muscles par la circulation, c’est-à-dire par l’intermédiaire du plasma sanguin, ne vient pas nécessairement du foie. Chez l’homme, chez le bœuf, le cheval, le mouton, le lapin, chez tous les animaux, en un mot, qui consomment des aliments amylacés et sucrés, une partie de la glycose digestive versée dans la veine sous-clavière gauche par le canal thoracique se rend directement dans la masse du sang et parvient au système musculaire sans passer par le foie.
Toujours est-il que le glycogène musculaire présente les mêmes propriétés que le glycogène hépatique. Ce qui prouve d’ailleurs qu’il vient de l’alimentation, comme le glycogène du foie, c’est qu’il disparaît des muscles quand l’animal jeûne, et de toutes les expériences tentées dans ces dernières années il résulte que chez les animaux soumis à l’inanition le glycogène disparaît beaucoup plus vite des muscles qu’il ne disparaît du foie. Yoici un tableau que j’emprunte aux recherches de MM. Bohm et Hoffmann (1878), et qui renferme plusieurs évaluations sur la totalité du sucre et du glycogène contenue dans le foie et les muscles du chat.